I, p. 88 et suiv
malheureusement aucune autre donnée dans le /?ig-Veda, n'a guère pu représenter pour les /Jishis que la prière terrestre. De plus, je crois découvrir dans Thymne X, 10, un troisième personnage dont la présence semble avoir passé jusqu'ici inaperçue. Ce ne serait pas à un autre époux quelconque que Yama renverrait Yamî aux vers 10, 12 et 14, mais bien a un pieux sacrificateur, vedhàs, qui, venu à travers l'océan, c'est-à-dire sans doute descendu de la mer atmosphérique, est en prière, didhyànàh, sur la terre (vers 1). Yamî souhaitait que ce sacrificateur, représentant sans doute le feu même du sacrifice, fût récompensé par la venue du fils du père S c'est-à-dire du feu séjournant encore dans le ciel de Yama*. Mais celui-ci a reconnu dans Yamî, sous la forme nouvelle, vishurûpâ (vers 2), que, comme Urvaçî, elle a prise sur la terre, sa sœur céleste, née comme lui dans les eaux (vers 4), et formant avec lui un couple de jumeaux. C'est même de là que viennent leurs noms de Yama et Yamî, « jumeau » et « jumelle ». Yamî prétend que les jumeaux doivent s'unir « dans le ciel » et « sur la terre » (ou peut-être que les deux jumeaux dont l'un est dans le ciel et l'autre sur la terre doivent s'unir, vers 9). Mais bien que les personnages de la mythologie védique, et en particulier ceux qui représentent Agni ou Soma, ne reculent pas devant l'inceste, Yama saisit ce prétexte pour justifier sa résistance à l'appel de Yamî. ft Puissé-je », avait-elle dit (vers 1), « amener mon ami à me témoigner son affection! » — « Ton ami », répond Yama, « ne veut pas de ce genre d'affection, lors même que celle qui est sa pareille aurait pris une forme différente^. » Il y a là peut-être un témoignage curieux
1 . Napât signifie certainement « fils » dans les formules mythiques du Itig-Veda. 11 ne s^agit donc pas d'un « petit-fils » du père, c'est-à-dire d'un fila du personnage en question, lequel personnage ne serait autre que Yama lui-même, que Yamî voudrait rendre père. Au vers 3 que j'avais précédemment traduit (I, p. 90), avec la plupart des interprètes, » Les immortels veulent que l'unique mortel ait une postérité », je crois qu'il vaut mieux, en laissant au mot tyajas oxyton le sens du mot tyaj'as paroxyton, au lieu de donner au premier un sens purement hypothétique, entendre que Yama est le seul mortel auquel les dieux permettent un inceste qui^ en lui-même, est un a acte coupable », cf. X, 79, 6.
2. Le texte du même vers dans le Sàma-Veda est encore plus favorable à cette interprétation. Yama y est invité à venir {fagamyâh, au lieu de j'aganvdn qui semble se rapporter à vedhâh) à travers l'océan qui n'est autre que la mer atmosphérique.
3. Pour la construction de yad avec le subjonctif, dans le sens de c quand môme », cf. I, 52, 11. Ce membre de phrase parait être devenu une formule
BsROAioMB, La Religion védique^ II. 7
des scrupules tardifs qu'ont pu inspirer aux Aishis certi^iis points de leur mythologie. En tout cas, il ne faut, je crois, garder de notre mythe que le fait même du refus opposé par Yama à Yamî, et ce refus, venant d*un personnage qui, sous le double nom de Yama et d'Agni, est appelé cependant (( le mari des femmes » et a Tamant des filles », I, 66, 8, l'assimile au feu qui se dérobe dans le monde invisible, appelé ailleurs expressément le monde de Yama, I, 35, 6, cf. X, 123,6; 135,7.
La mère de Yama, sous le nom de Saranyû* qu'elle porte au commencement de l'hymne X, 17 (vers 1 et 2), se dérobe comme lui, ou du moins est cachée par les dieux aux regards des mortels, et c'est son image seulement qui est donnée à Vivasvat, père de Yama, représentant là sans doute le feu du sacrifice. Cette image ne peut être que l'offirande ou la prière, et l'union que Vivasvat contracte avec elle rappelle celle de Purûravas avec la forme terrestre d'Urvaçî, tandis que la vraie Saranyû ressemble fort à l'Urvaçî céleste, séparée de Purûravas. On sent toujours, ce me semble, qu'on a affaire à un même cercle mythique. C'est toujours l'opposition du mâle ou de la femelle célestes qui se dérobent passagèrement, d'une part, et du mâle ou de la femelle terrestres, toujours présents et passagèrement délaissés, de l'autre. Entre le personnage céleste et le personnage terrestre, la forme mythique des relations varie : mais les mythes de répoux et de l'épouse dédaignés expriment au fond la même idée que celui du fils abandonné par sa mère.
SECTION VII