‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-VédaChapitre 85 sur 335 · Voir pins haut, p · texte numérisé non relu

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2. !èid., p. iOi. Cf. auMÎ Soma « tête » et son i nombril », I, kZ, 9.

Bbkoaionb, ia Religion védique. II. 10

Navagvas. Et en effet le nombre neuf est celui des mondes dans la division de Tunivers en trois ciels, trois atmosphères et trois terres, et le nombre dix a pu en être form^ par addition d'une unité.

Pour en revenir aux sept prêtres, la répartition dans des séjours divers de ces personnages <x qui ont distribué la parole en divers lieux», X, 71, 3^ n'est peut-être nulle part mieux indiquée qu'au vers X, 64, 5. Il y est dit d'Aryaman qu'il a sept sacrificateurs (ou peut-être qu'il résume dans son unité le groupe des sept sacrificateurs) ^ a dans les différentes races ».

En regard du « septième » prêtre, on peut placer la rivière céleste Sarasvatî, quand elle est également appelée <x ^ep^ tième », en même temps que mère des rivières, VU, 36, 6. Il semble bien que la septième rivière, conune le septième prêtre, appartient à un septième monde, à un monde suprême, opposé aux trois terres et aux trois ciels*.

\. Saptahotri, Cf. répithète saptasvasri donnée à SarasvaU, ci-deMous, p. 147.

2. La formation du nombre de qaatre-Tingt-dix-neuf rivières n*e8t p»s sans quelque analogie avec cette formation ou cette décomposition du nombre sept, et généralement avec la formation d*un nombre quelconque par addition d*une unité. Elle y peut être rattachée par Tintermédiair^ d*iiiie multiplication par dix. Le nombre 99 serait formé par Taddition, non plus d*une unité, mais d*une ennéade à dix ennéades , Tennëade primitive étant donnée par la division de l'univers en neuf mondes. Eq fait, nous voyona le nombre 90 alterner avec le nombre 99, et tous les deux s*appliquer à dM rivières dont le nombre est ailleurs fixé à sept, je veux dire à celles qai sont à la fois le théâtre et le prix des victoires ordinaires d*Indra sur Im démons. Ces êtres malfaisants qui retiennent les 90, I, 80, 8; lit, 13 et 1m 99 rivières, 1, 32, 14; X, 104, 8, dans 90, 1,130, 7; III, 12, 6, on 99 forteresses, I, 64, 6; II, 19, 6; IV, 26, 3; VII, 99, 6; VIII. 82, 2; IX, 61, i, tODt eux-mêmes au nombre de 99 dans les vers I, 84, 13; X, 49^ 8, comme ila sont ailleurs au nombre de sept, ou bien le groupe se condense en un umil personnage à 99 bras, II, 14, 4, en un démon Çambara qui a 99 corps, deki, cf. dehOf VI, 47, 2, en un serpent à 99 replis, V, 29, 6. Le nombre 99 une fois consacré, comme le nombre 7, forme à son tour, par addition d*ane unité, le nombre cent, d*où les cent forteresses, I, 53, 8; VI, 31, 4, renfermant sans doute autant de riyières prisonnières : au vers VII, 19, 5, la centième parait formellement opposée aux 99 premières. A propos de ces 99 rivières, remarquons qua le nombre de 33 dieux, III, 6, 9 ; VIII, 28, 1; 30,9, semble formé de la même manière par addition d'une triade à dix triades, la triade primitive étant donnée par la division de Tunivers en trois mondes. Il est vrai qu'aux vers I, 34, 11; VIII, 35, 3; 39, 9; IX, 92, 4; Vàl. 9,2, les 33 dieux forment trois onzaines. Mais je ne puis voir là qu'une répartitk« secondaire du nombre 33 entre les trois mondes, I, 139,11. Il n'y a dans le /Kg-Veda aucun autre exemple de l'attribution d'une valeur mythique an nombre onze, et l'analogie des nombres 33 et 99 est trop grande pour qa*on puisse songer à les expliquer de (Jeux manières différentes. En fait, le nombre 30 «le dieux, s'il ne se rencontre pas dans les hymnes, a été conservé dans

Daim l'hymne VI, 61, consacré en entier à Sarasvatî, entre le vers 10 où elle reçoit l'épithète sapUumsvi « embrassant, renfermant les sept sœurs », et le vers 12 qui rappelle « septuple D et lui attribue trois séjours, il est dit au vers 11 qu*elleremplitles espaces terrestres, Tatmosphère, etunmonde appelé rajas qui pourrait bien ici, comme en plusieurs autres passages, désigner le ciel ou même le monde invisible \ On voit tout au moins par ce passage que la « septuple » Sarasvatî n'est pas une rivière purement terrestre. U va d'ailleurs nous fournir Toccasion de deux nouvelles séries de remarques.

La première se rattachera à Tidée d'une Sarasvatî « septuple » ou « embrassant les sept sœurs ». Ces sept sœurs sont naturellement les sept rivières. Il ne sera pas sans intérêt de remarquer à ce propos que la plupart des groupes d'êtres ou d'objets mythiques peuvent ainsi se réduire à un seul être ou objet à formes multiples qui résume le groupe dans son unité. Les éléments de chaque groupe se trouvent ainsi ramenés à autant de manifestations d'un principe unique, et la multiplicité de ces manifestations ne saurait mieux s'expliquer, dans la système général de la mythologie védique, que par la multiplicité des mondes. C'est ainsi que nous avons vu déjà les ilishis parler tour à tour de trois mâles ou de trois femelles, et d'un mâle ou d'une femelle qui a trois formes, trois membres» etc.

De même, les sept prières ne sont que sept formes de la prière qui, considérée à la fois dans son unité et dans ses différentes manifestations, devient la prière ou l'hymne à sept têtes, X, 67, 1 ; Vâl. 3, 4. Ces sept têtes rappellent les trois têtes d'Agni, I, 146^ 1, et de Soma, IX, 73, 1, correspondant aux trois mondes. L'idée qui a donné naissance au mythe des sept prêtres a aussi trouvé une expression équivalente dans un personnage unique à sept bouches, IV, 50, 4 ; 51 , 4, à sept vaches, X, 47, 6, ou à sept rênes, IV, 50, 4, qui

un nom classique des dieux, tridaçay qu*on regarde comme un substitut du nombre trente-trois, mais qui signifie en réalité trente. Aux Ters III, 9, 9 et X, 5t, 6, il est question de 3,339 dieux. Ce nombre paraît s*étre formé par Taddition successive de mille, cent, dix triades, et, caprice bizarre, d*une ennéade an lieu de la triade finale. Une formation plus intéressante est celle da nombre 34, par addition d*une unité au nombre 38, rappelant l'addition d*nne unité au nombre 99. Nous avons déjà expliqué ainsi les 34 côtes du cheral du sacrifice en les rapprochant des 34 splendeurs d'un dieu unique qni paraît être Soma (I, p. 271-872).

I. Voir pluA haut, le troisième n^jas et le i*tt;/i5 suprême, \\. 118.

aux vers lY, 60, 4 et X, 47, 6, n*est autre que Brihaspati lui-même. Les sept vaches du maître de la prière sont naturellement les sept prières sortant de ses sept bouches, et ses sept rênes lui servent apparemment à conduire le char du sacrifice septuple. Chacun des groupes de neuf et de dix prêtres désignés par les noms de Navagvas et de Daçagvas peut également se fondre en un personnage unique du même nom, le Navagva, IV, 51, 4; IX, 108, 4; X, 62, 6, ou le Daçagva, IV, 51 , 4 ; VIH, 12, 2 ; X, 62, 6.

Les /{ishis combinent aussi l'idée de Tunité d*un même élément et celle de ses rapports avec les différents mondes en donnant par exemple à un seul mâle deux et trois mères, deux et trois épouses. Ici encore, aux emplois des nombres deux et trois, nous pouvons comparer des emplois analogues du nombre sept. Agni, honoré à lui seul par les sept sacrificateurs, VIII, 49, 16 S est le fœtus unique des sept chants, ni, 1, 6.

Dans la conception d'un Brihaspati à sept bouches ou à sept vaches, les deux idées de Tunité du principe et de la multiplicité de ses manifestations étaient exprimées, la première par l'unité du prêtre, la seconde par la multiplicité des prières. C'est au contraire la prière qui est une et le personnage du prêtre qui est multiple au vers VIH, 61, 7, si les sept qui traient une seule femelle sont, comme il est vraisemblable, les sept prêtres répandant les bienfaits de la prière.

Mais dans le même passage de l'hymne VI, 61, qui vient de donner lieu à une première série d'observations de nature à confirmer notre interprétation du nombre sept, Sarasvatî, avec l'épithète saptadhdlu a septuple », recevait encore celle de trishadhasihà « qui a trois séjours ». Si ces trois séjours sont les trois mondes du ciel, de la terre et de l'atmosphère, dont deux au moins figurent en efi*et au vers précédent comme « remplis » par Sarasvatî, n'y a-t-il pas quelque difficulté à admettre que, dans le même vers, l'épithète ce septuple » renferme une allusion à la présence de Sarasvatî dans sept mondes distincts ? L'emploi simultané, et à ce qu'il semble indifi'érent, des nombres trois et sept n'est-il pas une objection contre notre tentative d'attribuer à chacun de ces nombres une signification déterminée ? Je ne le crois pas. Le

1. On pourrait être tenté d^expliquer de même le vers IX, 10, 7, contaeré à Soma. Voir cependant pins haut, p. 144-145.

rapprochement de deux ou de plusieurs nombres mythologiques dans une même formule, comme Tusage analogue qui en est fait dans des formules distinctes, ne prouve qu'une chose, leur parfaite équivalence. Mais cette équivalence est ellemême entièrement conforme à notre théorie. Les divers nombres que nous avons vus employés les uns pour les autres» parce qu'ils expriment tous, dans différents systèmes de division, la somme des parties de l'univers, ont pu, pour la même raison, être employés, par une sorte de pléonasme, les uns à côté des autres. Et, en effet, ils Tout été souvent.

Après la formule relative aux sept formes et aux trois séjours de la rivière par excellence, qui de plus « fait prospérer les cinq races », VI, 61, 12 S nous citerons celle qui donne « sept têtes » à l'hymne « triple », Vâl. 3, 4, et celle qui mentionne un a quatrième » hymne en même temps qu'une prière a à sept têtes », X, 67, 1. Le quatrième hymne peut être la forme suprême de la prière. Ce serait un nouvel exemple de la formation du nombre quatre par addition d'une unité au nombre trois.

Le sacrifice est <c triple », il a « cinq voies » et « sept chaînes (d'étoffe) », X, 52, 4 ; 124, 1.

Les cinq voies et les sept chaînes du sacrifice correspondent aux ciuqadhvaryus et aux sept vipras, également rapprochés au vers III, 7, 7. Au vers III, 4, 7, ce sont les deux sacrificateurs divins qui figurent à côté de sept chevaux représentant les septprêtres. Les sept prêtres sont aussi rapprochés des Navagvas, VI, 22, 2, ou même à la fois des Navagvas et des Daçagvas, 1,62, 4, c'est-à-dire des neuf et des dix prêtres. Les personnages du Navagva et du- Daçagva qui peuvent, comme nous l'avons dit, se substituer à ces derniers groupes, figurent de même, au vers IV, 51, 4, à côté de celui qui a sept bouches, c*est-à-dire à côté d'un personnage identifié ailleurs à Brihaspati et remplaçant les sept prêtres'.

Les prêtres mythiques sont considérés tour à tour comme les fils ou comme les formes multiples du prêtre par excellence, d'Agni. C'est Agni qui, au vers I, 164, 1, est appelé le « chef de tribu qui a sept fils ». Mais dans le même vers, à côté de ces sept fils, on voit figurer irais

4* Cf. au vers X, 104, 8, le rapprochement des « sept eaux j> et des 99 rÎTièrei (et au vers X, 49, 8, celui des 7 et des 99 ennemis d*Indra).

S. Las groupes de sept, huit, neuf et dix héros du vers X, S7, 15 sont peut-être aussi des groupes de prêtres.

frères qui ne sont pareillement que trois formes d'un élément unique, le feu. Les nombres trois et sept sont encore rapprochés au vers VIII, 39, 8, où Agni reçoit à la fois Tépithète tripasiya « qui a trois demeures » et celle de sapiamiànuêha <c honoré par les sept races » S et au vers I, 146, 1, qui lai attribue tout ensemble trois tètes et sept rênes '.

La figure des rênes nous rappelle l'assimilation du sacrifice à un char. C'est ainsi encore qu'on attelle Soma à un char à trois fonds avec les sept prières des Aishis, IX, 62, 17. Au vers II, 18, 1, le char qui représente le sacrifice a trois fouets, sept rênes, et çuo/re jougs '.

Au vers 12 de l'hymne I, 164, le apèrcY) qui a douze formes correspondant aux douze mois de Tannée, et cinq pieds correspondant aux cinq points cardinaux, a de plus sept roues et six rayons ^. Nous retrouvons là les nombres six et sept rapprochés dans le même hymne dont les vers 6 et 15 nous ont servi à établir la formation mythologique du second de ces nombres par addition d'une unité représentant l'espace invisible à la somme des trois terres et des trois ciels. Le « père » à sept foues et à six rayons équivaut sans doute à lui seul aux six Aishis et au septième /{ishi du vers 15 '.

Signalons encore^ au vers Y, 35, 2, la mention successive de quatre, de trois et de cinq races. Les trois races doivent correspondre aux trois mondes qui figurent ailleurs sous le nom de paràvala\ï, à côté des cinq races, VHI, 32, 22.

Quelquefois, en effet, l'un des nombres rapprochés est donné comme un nombre de divisions de l'espace, ou même expressément comme un nombre de mondes. Agni, qui a deux naissances, s'élève au-dessus des trois ciels, I, 149, 4. Les deux sacrificateurs divins sacrifient sur les trois a plateaux », dont l'un est le « nombril de la terre », II, 3, 7 *. Les sept chants pénètrent dans les deux « mères », III, 7, 1, c'està-dire dans les deux mondes du ciel et de la terre. Les dieux sont priés d'accorder leur protection « selon les sept lois », des différents séjours correspondant aux trois pas de Vishnu,

1. Littéralement « par les sept races humaines » Voir pins haut, p. 140.

2. Les épithètes a à trois tètes v> et « à sept rênes » sont données an vers X, 8, 8 à une sorte de démon plus ou moins confondu avee Agni caché.

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