IN W
/JJpOflAM 3HUL13H
-.a nevoiunon 1
gJiteq xujs te .gsd-iuoo te giicnb atelfi xug 9èJjJDèx3
aire que ic mouvement du l< #*IPÎ eiiïaq
., 13 IS/t ,'1K/KA
poignée de moyen-âgistes et de partisans de la Renaissance avaient profité de la circonstance pour remettre en lumière les chroniqueurs, les fabliaux, les poètes et les prosateurs de la Renaissance. On les avait quittés depuis deux cents ans; ceux qui n'étaient pas détruits étaient dans un état pitoyable. Les belles reliures qu'ils ont aujourd'hui datent de là. Ce sont les relieurs de la Restauration et de la Monarchie de Juillet, bons et mauvais, qui les leur ont données. L'affaire est faite, et la plus-value qu'ils ont acquise alors, ils l'ont gardée et augmentée.
L'éclipsé de l'Ecole Romantique vers 1810, fatale un moment à ses œuvres littéraires, devait plus tard leur procurer une revanche. On en fit d'abord des paquets de poivre; le reste échoua dans les boîtes du quai. On se reprit à relier les Classiques démodés la veille, et parmi eux les Classiques français du Siècle de Louis XIV. L'éparpillement du goût à propos du fond se traduisit dans le domaine de la Reliure par une incohérence absolue. Amateurs et relieurs, et le nombre des uns et des autres s'était beaucoup accru, étaient fort perplexes. Les Romantiques, qui n'avaient provisoirement pas réussi à se donner de crédit auprès des Bibliophiles, avaient par contre réussi à rendre aux œuvres du passé, quelle qu'en fût l'origine, une vogue inattendue. Ceux qui les avaient reliées jadis en avaient bénéficié. Il n'était question parmi les
Bibliophiles que des reliures de Grolier, de Maioli, de de Thou. Les relieurs des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles se formèrent chacun un groupe de disciples posthumes. On se mit à les imiter, à copier non seulement leur goût, mais leurs procédés, leurs genres de décoration. Ils eurent désormais, dans le monde des amateurs, la gloire jetée par les Romantiques sur l'ancien mobilier, l'ancienne architecture, l'ancienne orfèvrerie. Les relieurs anonymes de Grolier, de François Ier, de Diane de Poitiers, les Eves, les Ruettes, Le Gascon, du Seuil, Boyet, Pasdeloup, Enguerran, Derome père et fds, furent chefs d'école. Ils ne l'avaient pas été de leur vivant, où on faisait à peine attention à leurs travaux. La plupart n'avaient même pas laissé leur nom en pâture à la curiosité, tant les contemporains l'avaient cru petit et inutile à transmettre. C'était misérable, mais ce fut ainsi. Amateurs et relieurs firent leur choix, à l'aventure; on erra de maître en maître depuis les anonymes de la Renaissance jusqu'à ceux qui avaient obscurément relié les livres des Grands, à la veille de la Révolution. Ce fut un bariolage infini. On se figure une oraison funèbre de Bossuet revêtue d'une reliure à la Grolier; une reliure janséniste de Boyet, placée sur une édition originale de Rabelais, un Victor Hugo, car il avait quelques adhérents, déguisé sous une livrée de Le Gascon. Nodier, témoin de cette discordance baroque, en est
Pl. VIII et IX. LA RELIURE DE LUXE 34 et 35
RELIURE MAROQUIN
Quinze filets parallèles dont un perlé au milieu et entrelacés six fois.
DAVID, RELIEUR
38 la *C
[CI aHUIJafl AJ .XI ta 1117 .\1
/juooflAM arruuan
J9 U9ilira jjjb èheq nu înob aalétla^Bq gi9lfl 9xniuÇ)
.aio't y.ig eèoBf9iJna
effrayé : « Si on persiste à se disperser ainsi en sens contraire, tout est perdu, » dit-il ; « la manie de l'imitation à contre-sens, cet essor inverse de celui de la pensée — pourquoi inverse, puisque la pensée, elle aussi, regardait du côté des vieilles traditions nationales jugulées par l'Humanisme? — sont des signes d'impuissance. » Eh! du moins on se remue, et c'est bien quelque chose. Thouvenin donne à Nodier des consolations. Le bonhomme s'écrie avec un enthousiasme naïf : « Thouvenin est mort quand il arrivait au plus haut degré de son talent; Thouvenin est mort en rêvant des perfectionnements qu'il avait obtenus, qu'il aurait seul obtenus peut-être; Thouvenin est mort pauvre comme tous les hommes de génie qui ne sont pas hommes d'affaires.... Mais la reliure n'est pas descendue tout entière dans le tombeau de Thouvenin; son exemple a inspiré d'heureuses émulations, son école a formé d'industrieux élèves; son art, au point où il l'a ramené, est, de tous les arts du pays, celui qui reconnaît le moins de rivalités en Europe. L'Angleterre même, qui nous était encore si supérieure en ce genre il y a moins d'un quart de siècle, ne soutient aujourd'hui avec nous une sorte de concurrence que dans le choix des matières premières. »
Nodier espère que la Reliure Française est à la veille d'une rénovation complète. Il nomme ceux qui seront illustres demain. L'événement a démenti ses pronos-
tics. On a continué d'imiter les maîtres du passé. Les successeurs de Thouvenin, y compris ses disciples, ont fait comme leurs confrères.
Ce n'était pas du relieur que pouvait venir une réforme du goût. Il préférait naturellement avoir un modèle à suivre et s'y tenir. Il n'avait point envie de changer de moyens périodiquement, de renouveler son outillage chaque année, d'avoir à tracer dix fois un nouveau sillon, quand il était si commode et si avantageux de s'en tenir à la bonne routine; d'avoir à recommencer plusieurs fois une éducation faite, difficile à remplacer par une autre. L'amateur était dans des dispositions analogues. S'il n'est ni poète, ni lettré, ni artiste, et il arrive fréquemment que l'amateur n'est aucune de ces trois personnes, l'amateur suit le courant. Le courant était à l'Imitation des Anciens. Les Romantiques avaient donné l'exemple d'admirer le Moyen Age, la chevalerie, l'architecture gothique, les meubles gothiques, les idées gothiques, puis la Renaissance, son architecture, ses meubles, ses idées, ses livres, La tentation était plus originale qu'elle n'en avait l'air. On voulait arracher le présent aux souvenirs du dix-huitième siècle et des Classiques anciens, renouveler la pensée. Nodier, qui s'en plaint, prend les choses par les petits côtés, même en 1830 : « Le peintre, dit-il, dessine les vieux monuments que
Pl. X. LA RELIURE DE