Reliure reproduite dans Estampes et Livres
Enfin, nous tiendrons pour une des perles de notre exposition fictive une reliure en maroquin orange janséniste mise par Purgold sur les quatre volumes in-12 d'un Désaugiers de 1827.
Nous n'avons pas à distribuer de récompenses. Purgold, Simier, Thouvenin ont obtenu de la renommée tout ce qu'elle peut donner : la réputation maxima, l'illustration. Des jurys de la Restauration ils reçurent des mentions honorables, et même des médailles d'argent. Les relieurs n'en étaient pas encore à la médaille d'honneur et à la croix.
Mais notre célèbre triumvirat eut une récompense d'un genre très particulier et nouveau. Il fut chanté en vers, et par un relieur.
Haio^.Ch:
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RELIURE DE THOUVEMIN
Un relieur versificateur et didactique.
Lesné', né vers 1775, ne se mit à relier qu'en 1802, à vingt-sept ans. La Révolution ayant interrompu ses études, il avait dû manier d'abord la lime et le marteau. Il reliait comme la moyenne des relieurs, comme un Meslant ou un Ducastin, et d'ailleurs était sans autre prétention sur l'article. Mais il avait la passion de la reliure (qu'il appelle un art sublime), plus encore de la reliure proprement dite, du corps d'ouvrage, que du décor; et aussi la passion
1. François-Antoine-Désiré Lesné : 5, rue des Grès; — rue d'Enfer; — 19, rue de Tournon; — rue Saint-Jacques?
des améliorations, d'où le Mémoire sur les moyens de conserver les reliures et de retarder de plusieurs siècles leur renouvellement, et l'invention des « cartonnages conservateurs » pour relier provisoirement le livre sans l'abîmer et sans le grecquer, en attendant la reliure définitive. Cartonnages dont, par parenthèse, les bibliophiles ont fait de nos jours un usage de plus en plus fréquent.
Bref, Lesné est un type : il connaissait son métier et en a bien parlé.
Dès son jeune âge il avait taquiné la Muse, faisant chaque jour une ou deux chansonnettes à la brune et à la blonde. Lui-même dit que
...ces transports amoureux N'étaient pas toujours peints en vers harmonieux.
En même temps qu'il se fit relieur, il se maria, en 1803, et dès loi^s sa lyre eut d'autres ambitions.
Fort intéressant, un relieur qui conçoit l'idée d'un poème didactique, La Reliure, et, après huit ou dix ans de travail, le mène à bien !
Quelques-uns ont cru devoir en rire, ou le
dédaigner. Ils ont eu tort : ce sont peut-être ceux-là, et non Lesné, qui ne sont pas intéressants à lire. Mais pour qui aime vraiment la reliure et veut connaître son histoire, le travail de Lesné est curieux. Il faut y voir, en dehors de la partie technique très développée et d'ailleurs fort saine, ce qui a une saveur du moment : une bataille contre la reliure anglaise et pour nos relieurs, et surtout, un énergique plaidoyer pour le travail bien fait.
Comme forme, Lesné n'est point un poète, mais un versificateur. Ceci nous dispense d'être exigeants. Son but, en parlant par douze syllabes, est seulement, dit-il, de fixer mnémoniquement les principes fondamentaux du métier.
11 y a d'ailleurs un élément assez plaisant et d'un effet sûr dans la solennité de la forme appliquée à des conseils techniques et terre à terre, dans les ad angusta per angusta de ces apophtegmes pince-sans-rirc :
J'aime mieux des filets pousse's d'une main sûre Qu'un livre mal tourné tout couvert de dorure...
...Un beau granit sur un livre mal fait Ne produira jamais qu'un détestable effet....
Un livre sur tous sens doit se trouver d'équerre, En tête, en queue, au dos, au mors, à la gouttière.... En un livre toujours que le bon goût réside. Qu'il soit simple, élégant, élastique et solide.
Solide ! solidité ! voilà la vraie devise de Lesné. Le corps d'ouvrage avant tout. Comme fond, Lesné est intéressant, honnête, aimant le bien fait , l'élégant , et somme toute ne disant que de bonnes choses. Ces choses sont banales aujourd'hui que nous vivons au milieu du travail remarquablement exécuté. Au commencement du siècle, elles étaient une réaction nécessaire contre toutes les défectueuses pratiques.
Mais, encore une fois, ce n'est pas cela que nous lui demanderons, parce que d'autres que lui, et même de son temps, nous décriront sèchement les opérations matérielles de la reliure (nous avons déjà parlé du précis technique de Mairet, 1824, qui a évidemment servi de première base au Manuel Roret). Ce qui nous intéressera chez Lesné, c'est la manifestation de l'état d'esprit de son temps, de la manière de penser des hommes de la Restauration sur la reliure et les relieurs de la Restauration. C'est