‹ La reliure du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 28 sur 39 · Communiqué par M. Greppo · texte numérisé non relu

Communiqué par M. Greppo

Le gothique à ces gens a fasciné les yeux!... Le gothique aux beaux-arts a déclaré la guerre, Il met l'effronterie au rang de ses exploits, Il brave le dessin, le goût....

Vraiment, mon cher Simier, je suis à concevoir Comment dans notre siècle il a tant de pouvoir !

Il n'est pas bien sûr que le brave relieur ne vise pas, en même temps que le faux gothique de la Restauration, le vrai gothique lui-même, celui de Notre-Dame et de la Sainte-Chapelle, que tant de gens encore croyaient très naïvement être un art « barbare ». Quoiqu'il en soit, Lesné a raison de dire qu'il ne conçoit rien à ce qui se passe. Hypnotisé par son éternelle querelle avec l'anglomanie à laquelle il rapporte tout, et d'ailleurs aussi peu archéologue que possible, il n'est pas de force à démêler que l'Anglais n'a rien à faire ici, et que la répercussion antiartistique du gothique sur la reliure de son temps tient à une cause générale, des plus intéressantes au point de vue de l'art.

ATLAS DE LAPIE ( exemplaire de louis Philippe )

P^LIURE DE SCHAVYE

Le gothique de la Restauration. — Les reliures « à la cathédrale u.

Disons-le immédiatement : il ne s'agit pas de réhabiliter comme goût les reliures néo-gothiques de la Restauration. Elles ne constituent pas une tentative d'originalité, pas même une reconstitution, mais bien une singerie.

Mais on ne peut les éliminer de l'histoire de la Reliure, où elles resteront comme un document important et très curieux.

L'intérêt du décor à la cathédrale, en effet, c'est d'avoir été la manifestation locale et passagère d'un état d'esprit général.

Il se produisit sous la Restauration un fait

très original. La France, qui, sous l'Empire, avait découvert les Romains, se mit à découvrir le Moyen Age !

Dès 1811, le jeune Taylor, qui n'était pas encore baron, avait conçu, à la suite de ses premiers voyages, la pensée de réhabiliter, de remettre en lumière l'art barbarement appelé gothique, et qui n'est autre que l'art français dans une de ses périodes de grande floraison.

La lithographie lui fournit quelques années plus tard un moyen pratique de repi'oduction, et en 1820 paraissait le premier volume des Voyages romantiques dans l'ancienne France.

Puis en 1823, Chapuy, ex-élève-ingénieur des constructions navales, mis à la retraite d'office en 1815 comme bonapartiste, s'était appliqué à l'archéologie et à la lithographie et publiait une série de monographies de nos cathédrales, avec texte de Jolimont et de Du Mège.

La poussée vers le Moyen Age fut irrésistible. Et elle s'est continuée à travers le xix^ siècle entier, sous diverses formes.

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L'accident primitif du moyenàgisme, de l'étude du Moyen Age, fut sa dégénérescence en goût moyenâgeux. Non content d'admirer le Moyen Age, on fit joujou avec lui, et l'on créa le faux Moyen Age, le gothique dit de la Restauration, troubadour, ou de pendule.

Dans le livre, le gothique de pendule se manifesta par la publication à la Janet de force ballades , livres d'amour , folàtreries du vieux temps, contes du gay sçavoir , histoires du petit Jehan de Saintré, chroniques, poésies de Clotilde de Surville, fabliaux, etc., imprimés souvent en caractères gothiques, avec illustration de tailles -douces troubadouresques coloriées et entourées de cadres ogivaux et flamboyants.

Ici se révèle le tempérament mystificateur et pince-sans-rire de Charles Nodier. Il en fut, certes, Nodier, de la réhabilitation et de la réédition du gothique ! Et , en même temps , quitte à se gouailler lui-même, il traitait le goût moyencàgeux et toutes ces amusettes ogivales avec un souverain et juste mépris. « Il s'est manifesté nouvellement, dit-il, une propension de retour effrayante pour la

perfectibilité. Je ne sais où celle-ci nous mènera si nous persistons à aller en sens contraire. Ce qu'il y a de pis, c'est que c'est au milieu des hommes nourris de fortes études que s'est déclaré surtout cet essor inverse de la pensée. Le peintre dessine les vieux monuments que l'architecte cherche à relever, et le poète se pénètre de l'inspiration naïve et hardie que la typographie réimprime. Il y a des acheteurs pour les meubles du Moyen Age, et des lecteurs pour ses chroniques ! » Et en veine de raillerie, Nodier, le Nodier des Voyages romantiques et de la préface des chroniques , constate que des libraires, — dont Téchener, qu'il appelle agréablement un ingénie^ix émule du bon Galliot du Pré , — ressuscitent à la satisfaction des connaisseurs, en les exhumant de la poudre, ce que Boileau appelait dédaigneusement le fatras des vieux romanciers. Et leurs entreprises prospèrent ! soupire-t-il .

La reliure suivit le mouvement : à de tels livres il fallait la plaque néo-gothique. Mais cette plaque — que Lesné appelait avec horreur

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