RELIURE DE PURG.OLD
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On ne les retrouverait peut-être plusl ajoute Nodier. Doute qui semblerait incompréhensible aujourd'hui , mais doute alors bien permis. Quand vint la vente Nodier, la dernière, celle de 1844, sur douze cent cinquante articles, onze cents restèrent au-dessous de cent francs, même deux cents au-dessous de vingt francs ! Cent cinquante seulement dépassèrent les cent francs. Un seul et unique, le clo^i de la vente, comme on dirait aujourd'hui, monta vertigineusement : un Montaigne de De Thou. Il fît cinq cents francs !
Et voici que, cette année même, en 1894, à la vente Lignerolles, un livre sans valeur de texte cette fois, car c'est un Crapelet de 1830, voici que Les Cérémonies des gages de bataille, en reliure doublée de Thouvenin, empoignées aux enchères par deux libraires dont aucun ne veut céder, donnent lieu entre Morgand et Conquet à une de ces luttes qui font l'étonnement et la joie des spectateurs (lesquels n'ont point à payer), et montent finalement à 2600 francs et les frais! Et ce n'est point un décor original de conception ou d'exécution, car il s'agit d'une réminiscence I. 15
de fanfare faite à gros petits fers ! 0 surmenage et danger des ventes publiques !
Et Thouvenin refit non seulement des Eve, mais encore des Du Seuil et des Le Gascon.
Et l'exaltation de Nodier allait croissant.
Et Thouvenin-Fanfare, à coup de copies, entrait tout vivant dans un rayonnement d'apothéose, lorsqu'il mourut, le 3 janvier 1834.
Et Nodier , trempant sa plume dans les larmes, écrivit dans le Bulletin du Bibliophile, alors naissant , publié par Téchener , que « Thouvenin, rêvant de perfectionnements qu'il aurait peut-être seul obtenus, avait été consumé par deux ou trois années de perfection presque achevée... ».
Ces phrases-là font toujours de l'effet, et, lancées dans la circulation, deviennent comme articles de foi. Mais il faut rabattre de la légende de Thouvenin mourant de consomption dans l'élaboration géniale d'une fanfare copiée.
Le Thouvenin vrai, beaucoup moins absorbé par son art, fut, paraît-il, un homme de plaisir,
LOUISE LABE, 1556 (exemplaire de nodier j
RELIURE DE THOUVENIN (auxeCUSSONS )
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I32ASr.
1 ,ABE, 1556 {■ EXEMPLAIRE DE NODIER) -lURE DE THOUVF.NIN (DOUBLURE)
et fort désordonné. Par les doyens de la reliure d'aujourd'hui arrive jusqu'à nous le vague (oh ! très vague!) souvenir d'un Thouvenin « féteur », et même montant à cheval, ce qui pour un relieur est quelque chose d'énorme ! Et aussi d'un Thouvenin ayant, dans un de ses derniers établissements (celui de la rue Mazarine?), une installation stupéfiante pour le temps, oii ses seize ouvriers pouvaient être vus à la fois, dans une sorte de hall en hémicycle divisé en deux étages : les relieurs en bas, les doreurs en haut!
Si l'on pouvait s'en rapporter à Jules Janin, Thouvenin aurait fini par prendre quelque pointe d'importance et de solennité. On connaît d'ailleurs ce mot fameux de Thouvenin jugeant une de ses reliures : Elle unit à la solidité d'une pyramide d'Egypte le fini d'une montre de BréguetI Mais avec des mots isolés, on ferait pendre un homme.
Thouvenin était gai, et l'on jugera de sa manière par une lettre dont nous donnons copie', et qu'il adresse à son confrère, voisin et ami