‹ La reliure du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 17 sur 103 · ZADIG-, 1Ô · texte numérisé non relu

ZADIG-, 1Ô

RELIURE DE MARIUS MICHEL

baume dans le cœur. Un peu, pas beaucoup, sa nature ne comporte pas davantage : Marius est né un inquiet, il le restera; les mécomptes du début de sa carrière semblent l'avoir voilé pour toujours de tristesse et d'angoisse. Mais enfin le voici, en 1885, non pas moins convaincu, mais moins âpre et moins contrariant dans les discussions sur la reliure; on le voit moins disputer chez les libraires : les adversaires d'ailleurs lui manquent, puisque les trautzistes disparaissent l'un après l'autre. Il ne se calme pas, mais il se retient, se montre moins intransigeant, fait des concessions, devient presque clément à la mémoire de Trautz. Maintenant qu'il a des clients, il fait ce qu'il faut pour les garder, et subit certains de leurs désirs. Ainsi, il adopte, pour leur être agréable, les fameux composteurs gras, à la Bauzonnet et à la Trautz, dont il a tant médit! Sentez-vous l'énormité de l'effort sur soi-même? Enfin, comme il a à s'occuper de la direction d'ensemble de son atelier, où tous les détails d'exécution sont minutieusement soignés, et comme son fait est spécialement la recherche de nouveaux décors,

de nouvelles idées, il renonce à pratiquer de sa main la dorure, qu'il menait un peu vite, comme un nerveux qu'il est, et prend des doreurs de profession qui sous son contrôle exécutent, avec la patience voulue, une dorure de première vigueur — voyez, par exemple, les volumes dorés par Maillard fils. — Oui, chez Marins, maintenant, on dore nourri, brillant, appuyé, repassé, j'oserai même risquer le mot d'enfoncé. — Mais il se réserve l'exécution des cuirs incisés : comme cette exécution est travail, non pas d'ouvrier, mais d'artiste, il y conserve une écrasante supériorité.

Comme courant d'idées, nous savons ce que Marius représente : l'audace dans la recherche du nouveau, mais toujours combinée avec la constrmtion de l'ornement et la qualité de l'exécution matérielle.

Nous savons aussi que dès 4885 il a un style à lui, et que pour chaque nouveau livre qui paraît il crée un décor spécial, basé sur l'emploi remarquablement habile d'une flore ornementale très personnelle et de l'emblème discret, c'est-à-dire de l'emblème maintenu dans l'or-

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