‹ La reliure du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 53 sur 103 · Musée des Arts décoratifs · texte numérisé non relu

Musée des Arts décoratifs

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Ij'ESPAGNE reliure de v/iener

(dessin XIE CAMILLE MARTIN)

« une chose ignoble et sans nom » {sic, dans le journal le Relieur). « Ces messieurs de l'Union centrale sont étranges, » disaient-ils. <f Passe encore, si leur musée contenait une collection très complète et nombreuse de reliures, pour y infuser quelques singularités, h titre même de singularités : mais ils n'ont rien, et c'est par là qu'ils commencent! Ils se ruent sur l'excentrique et sur la reliure aux cactus pour faire les braves, parce qu'on les a accusés d'être des collectionneurs rétrogrades ; les voilà de véritables « enragés de modérés » ! La reliure aux cactus ! quel modèle à proposer aux jeunes ! quelle voie pour y lancer les débutants!... » etc., etc.

Précisément, on se flattait alors d'obtenir des décors de reliure par la voie des concours. En 1892, une société d'encouragement à l'art avait ouvert un concours de reliure : l'exposition des projets des jeunes concurrents, élèves des écoles de dessin, eut lieu à l'école des Beaux- Arts. Résultat : rien de pratique, une ignorance absolue de la technique spéciale à la reliure et du fer à dorer; tendance à confondre le

buvard et l'album avec le livre; mais des élans vers le nouveau cherché dans la flore décorative, et aussi dans « un japonisme sans raison «, figures bizarres, monts que coupent des nuées, soleils où vont passant des oiseaux et des fleurs, etc.; tendance d'un jury non-bibliophile à récompenser les projets les plus chargés et les plus inexécutables. (Article de Marins, dans le journal la Reliure de mai 1892.)

L'année suivante, en 1895, ce fut au tour de l'Union centrale des Arts décoratifs de mettre au concours des projets de reliure. Son but, disait-elle, était de combattre « la gaucherie et l'incohérence de composition » de certains relieurs en leur fournissant des modèles conçus dans la technique de l'ornementation des reliures, et exécutables dans la pratique.

Le résultat ne fut point dans ce sens. Les relieurs, les ornemanistes professionnels s'abstinrent absolument, ne voulant pas se risquer dans cette bagarre et mettre leur réputation dans la main d'un jury qu'ils suspectaient a priori. Restaient les élèves des écoles de dessin; ils arrivèrent en masse, habiles dessinateurs et

aquarellistes, mais sans la première idée de ce qu'est un fer à dorer.

Pas un ne répondit à cette question si simple : si je veux relier mon Dumas, mon Augier, mon Hugo, mon Daudet, mon Maupassant, comment l'ornerai-je pratiquement? Comme réponse à tout, des masques japonais ; un concurrent en mettait sur le théâtre de Racine, — ce qui n'est même pas nouveau, puisque, au xvui" siècle le relieur Monnier, qui a tout essayé en reliure, sauf peut-être de mettre des boîtes à musique dans les cartons, avait relié Malherbe dans un décor chinois. — Puis, comme reliure de Salammbô, par exemple, des affiches : la scène des lions mis en croix en maroquin. Par une licence bien grande, dit le rapporteur général Falize, les concurrents s'égarèrent dans des compositions décoratives et tapageuses dénotant un réel talent, plaisant à quelqu£s-uns et répondant à la mode du jour, mais qui n'étaient pas dans le programme. Bref, on avait demandé des reliures, il venait des affiches. Le jury, débonnaire, divisé en bibliophiles et en critiques d'art, deux catégories d'hommes qui ne parlent pas la même

langue, eut la faiblesse de ne pas déclarer le concours nul et de décerner les prix. Sur ce, attaques très vertes des bibliophiles et des relieurs sur le danger de faire de la reliure une sorte de frontispice, de « parade fantastique et brutale qui convient aux livres d'étrennes et aux cartonnages d'album, mais non aux livres de bibliophiles » ; sur la recherche des « excentricités », du « japonisme décadent », du « morbide » et de l'inexécutable; sur « les serpents entrelacés, les cieiix nimbés, les pélicans s'ouvrant le ventre, les paons, les canards, les poissons à demi sortis de l'eau et plantés en quinconce, d'autres nageant dans le feuillage, etc. » A côté du japonisme, en effet, on avait vu des concurrents proposer pour la reliure tout le matériel iconographique « symboliste » , « esthète » et « décadent » : les branches d'arbres convulsées sur fond de nuages spasmodiques, les femmes asexuées sur semis d'artichauts agressifs, les masques « rosses », les animaux en bois, les plantes en champignons sur des tiges raides comme des pals, les feuilles à l'air « mauvais », les fleurs « perverses » à prétentions « trou-

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