SOUS BOIS
RELIURE DE CHAMBOLLE (doublure)
morts récalcitrants, et, se regroupant, ont formé récemment la société des Cent Bibliophiles, présidée par Eugène Rodrigues (Erasthène Ramiro), un des bibliophiles d'aujourd'hui qui savent confectionner un livre.
Pour la revue le Livre moderne, Uzanne la remplaça au bout de deux ans par l'Art et l'Idée, publication déjà moins spécialement consacrée à l'étude du livre actuel et qui cessa elle-même de paraître au bout de deux ans. Grand- Carteret fonda alors pour les bibliophiles une nouvelle revue mensuelle, le Livre et l'Image, qui elle aussi mourut au bout de deux ans. A quoi tient donc, pour ces publications, l'impossibilité de vivre? Tout simplement à ceci que la bibliophilie en général, et à plus forte raison le livre illustré contemporain, n'est pas à lui seul un sujet assez copieux pour fournir matière tous les mois à un fascicule de revue.
Des articles spéciaux, quand l'occasion les demande, voilà tout ce qu'il faut. Telles sont les Tablettes du Bibliophile de d'EyIac (le baron de Claye), publiées dans le Moniteur selon les nécessités du moment et qui, réunies, forment
une très intéressante Année bibliophile. Tels sont les articles de critique publiés, à l'occasion, par le traditionnel Bulletin du Bibliophile, par la Revtte des Arts graphiques de Paul Bluysen, le Courrier du Livre du libraire Rondeau, la Revue des Arts décoratifs de Victor Champier, l'Image, puis l'Estampe et l'Affiche, etc., enfin l'intéressante Revv£ biblioiconographique de Pierre Dauze, laquelle ne paraît pas pendant les quatre mois de « mortesaison bibliophile » (juin à octobre).
Ainsi, la bibliophilie nouvelle ne manque pas d'un des organismes indispensables : des tribunes pour la discussion publique sur les livres.
Un autre organisme indispensable est un ensemble de bibliographies : là encore, le nécessaire est fait. La Bibliographie des Livres illustrés du XIX' siècle, par Brivois, a commencé ce mouvement d'études, qui s'est développé par maintes bibliographies monographiques et se résume aujourd'hui dans la belle et curieuse Bibliographie du XIX" siècle, de Georges Vicaire. C'en est donc fait, notre xix^ siècle est mort, puisqu'on le catalogue. Hélas, comme tout passe !
Les auteurs qui hier encore étaient les contemporains, les « modernes », prennent, une fois catalogués, un petit air rétrospectif.... Il semble qu'Augier, Dumas, Hugo, soient vieux de cent ans ;■ Balzac et George Sand, de deux cents.... Et que de livres, tout frais hier à la devanture des libraires, et devenus déjà de vieux bouquins ; déjà quelle odeur de papier piqué!...
Et les livres illustrés continuent à naître.
Quelques dessinateurs et graveurs sur bois se sont associés récemment pour publier Paris Vivant (le Journal et le Théâtre).
Leur formule de livre était fort jolie ; elle vient d'être adoptée comme donnée première par un éditeur, Edouard Pelletan, épris de belle typographie, qui commence aujourd'hui toute une série de livres illustrés avec des bois.
Un jeune libraire, Floury, ouvrant boulevard des Capucines sa librairie d'aimable accueil, se met à éditer. Déjà il tient un « morceau », la revue des graveurs sur bois : L'Image.
Enfin, on voit tel bibliophile isolé faire imprimer des livres illustrés, spécialement pour
lui.... C'est le comble de la passion créatrice.
Ainsi, voilà toute une bibliophilie nouvelle, très vivante, ardente, — très bibliophile, quoique ne ressemblant en rien à la bibliophilie rétrospective — non accumulatrice, mais créatrice ; il le fallait, et il le faudra bien longtemps encore, et même toujours, sous peine de mort pour la bibliophilie. Il a fallu trois cents ans de création pour fournir aux quarante ou cinquante années de frénésie collectionnante de notre siècle. Il faudra maintenant des siècles de création pour refaire une autre matière collectionnable aux amateurs i-étrospectifs qui vivront dans trois ou quatre cents ans d'ici.
Nos bibliophiles d'aujourd'hui ont mis leurs forces au service de cette œuvre de création et de rénovation, laquelle rénovation n'est qu'un retour à la bibliophilie primitive. On peut dire qu'avec eux la bibliophilie a évolué de De Thou vers Grolier.
De Thou, c'est déjà le livre à consulter, le livre recherché par séries, de omni re scibili, l'entassement : la « forêt des livres », comme dit
CONTES REMOIS, 185$
RELIURE DE CUZIN
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