IV
« Tout cela est confus, incohérent, presque malsain. Tantôt chose mal venue d'homme qid ne sait pas son métier, tantôt caricature de Vart anglais.
« Tout cela sent V Anglais vicieux, la Juive morphinomane ou le Belge roublard, ou une agréable salade de ces trois poisons — »
La discussion générale étant montée à ce ton, vous pensez bien que les conversations spéciales sur la reliure vont se mettre au diapason. L'apparition de « l'art nouveau » dans le décor de la reliure déchaîna un mouvement violent.
« Sous prètexle de créer un style décoratif propre à notre époque, on arrive à n'enfanter que des choses incompréhensibles et qui, à force de vouloir être originales, deviennent grotesques. La reliure, en tant que décoration de surfaces, est un art bien français qui jusqu'ici a passé à travers les siècles, laissant sur sa route des chefs-d'œuvre.... Eh bien! je crois que si l'on continue de la sorte, on n'obtiendra qu'xin résultat burlesque. On oublie le principe de r application technique.... Les professeurs des
élèves qui participent aux concours ne se sont pas préoccupés de la question d'exécution matérielle et les guident mal. »
C'est ainsi que, sous la signature Alexandre Geoffroy, un petit journal, la Curiosité îiniverselle, pose, dès 1893, la question de l'enseignement dans les écoles de dessin.
Sur ce, guerre de plume.
Léon Gruel publie une étude : le Style à la fin du XIX' siècle dans les arts décoratifs appliquas à la reliure des livres'.
Son but, au fond, — et à travers la courtoisie de la forme, courtoisie excessive, qui finit par rendre l'attaque difficile à saisir, — son but, disons-nous, était de déclarer nettement atroces les reliures de l'art nouveau et les projets envoyés aux concours, et d'en faire retomber la responsabilité sur l'enseignement donné dans nos écoles d'art décoratif. « Ne trouvez-vous pas que les maîtres qui ont guidé les élèves n'aient pas été un peu coupables? Assurément, leur responsabilité est grande aujourd'hui, puisque,
\. Bulletin du Bibliophile, février 1896.
tablant sur ce qu'on leur a laissé faire, les artistes ont surenchéri sur des principes d'élucubration erronée et souvent exempte d'études et de savoir. . . . Notre enseignement fait fausse route. . . lejaponisme est prodigué som toutes ses formes.. . . Nous sommes de ceux qui veulent aller franchement en avant. ... On ne fait pas sortir de terre un style nouveau... c'est en étudiant le passé qu'insensiblement la transformation nous amènera à un genre nouveau. ...»
Aussitôt, contre-brochure de Marius qui dans sa Lettre à Léon Gruel' contredit vivement : « S'inspirer des anciens? mais c'est dans la pratique leur emprunter le canevas ou les détails de leur ornementation, et alors c'est la continuation de l'ère de la copie! L'insensible transformation des types? C'est aux faibles, aux impuissants, que l'on doit ces mélanges de styles dont anciens et modernes nous ont donné tant d'exemples, tandis que chacun des forts a été à son tour révolutionnaire. Il faut rompre hardiment, brutalement, la chaîne. Pour cela, deux