Bulletin du Bibliophile, mai
lée VArt nouveau?* insiste, entre autres points, sur celui-ci. « Les productions de M. Grasset doivent leur succès à la science, à l'habileté toute personnelle de leur auteur; dans les interprétations qui en ont été faites, les dessinateurs ou copistes ne recherchent avant tout, n'ont en vue que les formules d'apparence facile dont le genre se compose. »
Réponse du journal la Reliure à la « violente diatribe » de Bosquet. « Quelle époque fut plus favorable à la décoration du livre? Quelles merveilles elle nous a montrées aux expositions! Il y a des choses affreuses, monstrususes, c'est vrai. Le grand mal, parce que quelques individus tapent bien fort sur des casseroles pour arrêter la foule devant leur baraque!... »
11 me semble que nous commençons à être pas mal excités. Mais si des discussions suscitées par les concours de reliures, le grassétisme et a l'art nouveau », ce mot inoffensif et légitime en principe, mais « qui a contre lui sa
1. L'Art nouveau? lettre ouverte adressée à l'auteur de la notice sur le Style dans les arts décoratifs appliqués h la reliure des livres, par Emile Bosquet, Paris, cliez l'auteur, 1896.
trop prétentieuse précision » ', si de ces sujets nous passons aux reliures de Nancy, aux reliures des peintres, nous atteindrons le comble de la colère. Sans doute c'est en termes mesurés que les critiques d'art leur reprochent leur violence, leur allure d'affiches, mais voici comment s'exprime le journal ouvrier le Relieur, dans un compte rendu de l'exposition du Champ-de-Mars de 1896. Nous citons à titre de curiosité :
a II faut voir l'exposition de M. René Wiener, rien que pour la voir, car elle est inénarrable.
« Oui, il faut la voir, mais bien se garder de la copier: c'est une supplique que nous vous adressons, les deux genoux dans la poussière ; ne faites pas de pareilles ignominies, ou vous ferez de la reliure un métier perdu, oui, entièrement perdu. Amun amateur, s il n'est pas démoniaque, ne voudra laisser un seul de ces volumes franchir le seuil de sa maison, à plus forte raison de sa bibliothèque.
1. Victor Champier, les Expositions de l'Art nouveau (dans la Revue des Arts décoratifs, 1896).
« Jamais, non jamais, nom n avons vu quelque chose d'aussi laid et d'aussi atroce. . . .
« Les personnes qui ont quelque tendance à V ophtalmie feront bien, ou de ne pas regarder cette vitrine, ou bien de porter des lunettes avec des verres complètement noirs.
« C'est de la démence pure et simple : c'est tellement criard que cela en est hurlant : des jaunes, des bleus, des rouges absolument crus, se coudoyant, séparés par un seul trait de pyrogravure, c'est horrible à voir. Et puis des sujets comme n'importe quel homme, — pas un homme de goût sûrement — en trouverait des centaines à la seconde : le chameau du Jardin d'Acclimatation indigéré pour avoir avalé l'Obélisque! et combien d'autres !
« Nom ne savons pas à qu'elle sorte d'amateurs de pareilles polychromies peuvent s'adresser, mais je sais bien que si nous, à Paris, nous pondions de pareilles élucubrations, un cabanon d'aliénés à Sainte-Anne, à Ville-Évrard ou à Charenton serait sitr de voir finir nos jours\ »
i. Journal le Relieur du 22 juin 1895, sous la signature « Dendaureui'e », qui désigne en effet deux doreurs.