‹ La reliure du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 70 sur 103 · IV · texte numérisé non relu

IV

Rien de tel que ces discussions féroces pour stimuler la production. C'est cette fièvre, c'est la lutte, c'est la contradiction qu'il faut aux créateurs pour produire.

La violence des reliures de Nancy avait exaspéré Marius au point de le rejeter pour quelques jours dans le calme et de lui inspirer l'idée de ne plus faire que des filets ; la violence des attaques contre elle le reporta sur l'autre bord, elle le rendit wiénérien au moins un moment, le temps de penser à publier une brochure en réponse, où il eût dit : « Doucement, doucement ! mais avec leurs défauts et leurs outrances, ces décors ont une qualité que vous n'apercevez pas : la qualité d'art ! Ce sont souvent des erreurs, oui : mais on sent que ceux qui les commettent se trompent en artistes ! »

Et c'est là, en effet, qu'est l'intérêt de la tentative de Nancy.

(Pour obtenir plus qu'une tentative, il faut cesser d'être novice comme corps d'ouvrage,, et arriver à la perfection de l'exécution matérielle.)

La reliure des peintres n'est ni louable, ni

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RELIURE DE WIENER (DF.ECiN DE GUINGOT )

blâmable en soi, pas plus que la peinture des peintres. Il faut apprécier ce que vaut chaque reliure prise isolément. Elle vaut ce que vaut le peintre, et surtout vaut à proportion du compte que ce peintre se rend de ce qu'est un livre relié, et de ce qu'est la technique du décor de reliure.

(Il y a une question préliminaire, et qui prime tout : la reliure elle-même; les artistes, pour si artistes qu'ils soient, ne sont pas dispensés de la donner avec la perfection qui aujourd'hui est de règle absolue. Ils doivent donc, en premier lieu, SAVOIR RELIER, savoir faire un janséniste parfait, savoir exiger que le livre qu'ils vont décorer soit par lui-même une « belle matière » . C'est difficile, c'est vrai, mais il le faut!)

Comme leur peinture, la reliure des peintres peut aller d'un extrême à l'autre, de l'excellent à l'exécrable, en passant par tous les degrés intermédiaires. Elle y est allée.

Sur les reliures de Nancy, le décor des peintres, pour ses débuts, s'est en général montré d'une violence cherchée et irritante, qui ramène chez tous les critiques le mot d'affiches. Cette école a traité le li\Te non

comme un livre, mais comme un panneau ou comme une toile de six sur laquelle on peint en maroquin des jeunes filles genre « âme sœur » qui se promènent dans des parcs, ou bien des locomotives, des ballons, des bateaux à vapeur, avec la fumée en maroquin noir et l'écume des lames en maroquin blanc. D'autres fois, après s'être donné beaucoup de mal, elle est arrivée à évoquer à grands frais l'aspect d'une simple reliure commerciale à plaque; puis, tout en soulevant des protestations, elle a intéressé par sa couleur ou son étrangeté; enfin, quelquefois, abandonnant l'extravagance et l'imagerie, et rentrant dans la décoration pure, elle a donné des œuvres parfaitement remarquables, et de goût français.

C'est donc à Nancy même que nous demanderons les premières preuves de réaction contre l'excentrique et l'exotique.

Camille Martin. Reliure de buvard connue sous le nom de le Buvard aux ronces : feuilles sèches en relief. Le relief n'a pas d'inconvénient pour un buvard, si on le considère non comme

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