RABELAIS
RELIURE DE MERCIER (doublure)
elles-mêmes leur beauté, des belles-matières natives, qui n'ont besoin d'aucun apprêt : carnation humaine, fourrures et plumages des animaux, nacre des coquilles, épiderme des fruits, coloration des fleurs. D'autres matières ne dégagent leur beauté latente que grâce à l'industrie humaine : l'effort ouvrier est nécessaire pour dégager la beauté des métaux, du bois, des marbres. Mais il est des matières dépourvues de toute beauté intrinsèque, et qui passant sous l'action des arts se transforment et s'illuminent : l'art décuple, centuple la vibration lumineuse spéciale aux matières. Un seul exemple, mais concluant : la couleur à l'huile contenue dans des tubes. Par elle-même, matière vulgaire s'il en fut, et qui reste matière terne, plate, triste, dans la main des peintres non peignants, même de premier ordre. Dans la main des peintres peignants, cette matière devient un admirable émail. Ainsi la main de l'exécutant crée la belle-matière. Voici par exemple votre relieur, avec ses feuillets imprimés, son carton, son moi'ceau de peau.... — Entendu. Vous allez donner de la reliure IV. 26
cligne de ce nom cette définition mathématique : La reliure est une opération qui a pour but, étant donnés trois facteurs matières vulgaires, papier imprimé, carton et peau, d'en obtenir un produit d'ensemble qui soit une « belle-matière » spéciale. Le résultat de l'opération, l'objet nouveau créé, s'appelle « le livre relié ».
— Parfaitement. Eh bien! maintenant, se pénétrer de cette vérité fondamentale : le livre