‹ La reliure du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 85 sur 103 · RELIURE DE LORTIC FILS ( DOUBLURE · texte numérisé non relu

RELIURE DE LORTIC FILS ( DOUBLURE

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bibliophiles ont toujours à la bouche), que le fer à dorer, ce timbre à répétitions sans nombre de la même forme, accuse déjà un commencement de dégénérescence dans le goût du relieur et de l'amateur de livres qui en abusent. La répétition identique de la même forme est monotone, elle crée une matière déjà vue, quelque chose

de raide, d'anglais, je veux dire mécanique

Je n'oublie pas, certes, les semis, qui font des reliures admirables, mais enfln sur lesquelles l'invention est à l'état de repos. Je n'oublie pas non plus qu'avec le fer à dorer la reliure du xvm^ a fait des merveilles, que par son moyen elle a jonglé avec les proportions, avec la grâce que donne la désinvolture d'exécution....

— Marins a dit : Le fer est outil d'ouvrier, le filet est outil d'artiste. . . .

— 11 va sans dire que les proportions ne sont pas contenues toutes trouvées dans les outils que le doreur-relieur appelle « un jeu de filets ». L'outil n'est pas une proportion. Mais rien n'empêche que cet outil la fournisse, et après celle-ci une autre qui fera valoir la première. Tandis que le fer à dorer fournit toujours la même. Je suis

loin, encore une fois, de dédaigner le fer à dorer, mais il faut ici le remettre à sa place et lui dire son fait; sauf à l'employer — avec discernement.

Si les artistes s'expriment ainsi, vous étonnerez-vous maintenant de voir les bibliophiles fermer leurs portes à la reliure-modelée — ce n'est pas de la reliure! — pour n'accepter que le livre décoré logiquement — c'est de la reliure I (ceci est, transporté dans la région bibliophile, le fameux Ça, ce n'est pas d\i théâtre! Ça, c'est du théâtre! de Sarcey)?

Vous étonnerez-vous de la fatigue, de la lassitude, causées par les données excentriques?

« Pourvu que tout cela ne nous ramène point à la copie des Grolier! » écrit Marins Vachon. Non, nous ne revenons pas à la copie : mais des hommes comme Bracquemond, comme Alexandre Charpentier, comme Thesmar, en arrivent à soupeser et palper un Boyet, un Padeloup, un Bauzonnet, un Trautz janséniste, avec la même joie que faisaient un Lacarelle ou un Bauchart. Et revoici Trautz au pinacle, et avec lui les relieurs sachant relier. C'est le livre belle-

HéliGS.Eordj

HERODIAS, 1892

RELIURE DE RUBAN ( DOUBLURE

matière! Quant aux bibliophiles, ce n'est point seulement de la sculpture, du tableau et de l'affiche qu'ils sont las, c'est du simple emblème.

La couleur d'abord : on a écrit, depuis Jules Janin, depuis Charles Blanc, des volumes sur la couleur que l'on doit choisir pour un livre. On nous recommande les couleurs pleines d'intentions et de sous-entendus : mauves troublants, violets déliquescents, jaunes narquois, bleus mourants, rouges insidieux, tons de chair suggestifs, etc., etc. Tout ça, des mots. Quand vous allez choisir des peaux chez le relieur, il commence par vous apprendre que la plupart des tons déliquescents, insidieux, troublants et mourants, n'ont aucune solidité, et s'en iront après quelques mois d'exposition à la lumière, — ce qui est la pire manière de déliquescer. Et vous retombez sur un certain nombre de couleurs, très connues, mais sûres. Retour aux idées simples. Il y a une vague indication d'ensemble qui consiste à ne pas mettre les maroquins foncés sur les livres gais, et les maroquins clairs sur les livres graves. Et encore où est la

sanction? Les gens du xvi° étaient insensibles à cette donnée : ils auraient mis une oraison funèbre dans du maroquin citron, et aujourd'hui cela se vendrait dix mille ! Mettez aujourd'hui une polissonnerie dans du maroquin noir, doré aux « fleurs du mal » ! Six mille !

Les étoflies de garde? Depuis plusieurs années, cela a été une passion. On les a recherchées variées, curieuses, au besoin appropriées au sujet du livre, et emblématiques, autant qu'une étoff'e peut l'être. Puis tout à coup, on leur a découvert un défaut capital, aujourd'hui que presque toutes les reliures sont doublées et richement décorées sur la doublure. Les étoffes à dessins tuent le décor de la doublure, et plus le ramage de l'étoffe est considérable, plus il est incompatible avec la dorure de la doublure qui lui fait face : il y a deux décors en antagonisme, c'est celui de l'étoffe qui tue net celui du doreur, obtenu à tant de frais! L'étoffe riche convient sur les reliures doublées jansénistes; c'est alors le décor de l'étoff'e qui devient le décor du livre relié! Voilà pourquoi il se produit en matière d'étoffes un retour aux idées simples.

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