‹ La reliure du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 96 sur 103 · RELIURE DE CHAMBOLLE · texte numérisé non relu

RELIURE DE CHAMBOLLE

payant largement, et, dans certains cas, ne limitant pas le prix. Alors, sans doute, arrivera-t-on à des reliures remarquables.... :•> Ah \ grâce! Mais il existe, le client aux œufs d'or ! Toute la question est, au contraire, de ne pas le tuer. L'inquiétant, c'est précisément la tendance de ce client à faire faire des reliures de plus en plus chères, mais de moins en moins nombreuses.... L'exceptionnel est la tendance de la reliure, parce que l'exceptionnel est la tendance actuelle de la bibliophilie. Les livres ordinaires sont tombés au néant : ils n'ont même plus de cote. Les livres exceptionnels montent à des hauteurs vertigineuses. « On ne fait plus que le bibelot ! » clament dédaigneusement les survivants de la bibliophilie accumulatrice ! Bibelot, entendez le livre objet d'art, les beaux spécimens de reliure ancienne, les provenances émouvantes, l'objet de curiosité. Eh ! ce n'est déjà point mal ! « Il n'y a plus de bibliothèques, il n'y a plus que des étagères! » Mais l'étagère coûte autant et plus que ce que coûtèrent maintes bibliothèques d'autrefois, et contient souvent plus de morceaux précieux que telle collection célèbre en 1860 ou

en 1870! « Le bibliophile actuel ignore trop souvent le livre ancien I » Cela est vrai et regrettable. Chaque amateur de livres modernes devrait avoir au moins une vitrine de livres anciens reliés : quand ce ne serait que pour se raccorder luimême à la glorieuse chaîne des bibliophiles du passé, et acquérir plus d'autorité pour faire de la reliure moderne. « // se spécialise trop dans le livre illustré! » Il a tort, il devrait s'appliquer à relier les éditions originales des livres marquants, des livres de littérature. C'est là le devoir du bibliophile, c'est là la vérité. Leconte de Lisle, ou Daudet, ou Maupassant, reliés par les relieurs de leur temps, c'est cela qui deviendra, plus tard, le livre de haute curiosité. C'est par là d'ailleurs que le bibliophile jouit de la plénitude de sa puissance : les écrivains deviennent ses justiciables; c'est lui qui dispense la gloire, et qui la dose : dieu, table ou cuvette. Toi, couvert d'or; toi, janséniste; toi, deux mille francs de mosaïque ; toi, condamné au bradel à perpétuité, ou à la relégation dans la « demi-toile » ! Oh ! le jugement dernier ! Flaubert, Concourt, Zola, passez au tribunal du bibliophile!

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