‹ La reliure du XIXe siècleChapitre 54 sur 69 · MONUMENT' DU COSTUME · texte numérisé non relu

MONUMENT' DU COSTUME

La plupart de ces plaques ont été interprétées dans le célèbre atelier de Souze.

Auguste Souze, né à Paris en 1829; d'abord apprenti, ouvrier graveur, puis chef d'atelier dans la maison Tambon, fonda son atelier en 1857, au moment où le décor, voué pendant un temps aux fers mobiles, coins et milieux à combinaisons, revenait à la plaque pleine représentant un sujet tiré du livre. Puis les tirages des plaques dites mosaïques, en or et papiers de couleurs, firent place vers 1872 aux plaques or et noir, et vers 1880 aux plaques à plusieurs couleurs. Souze personnifie brillamment cette époque de transformation. Il s'est retiré en 1892.

Le nombre des plaques qu'il a gravées ou fait graver sous sa direction est immense. On ne peut les énumérer toutes. Citons seulement : Rabelais de Garnier, Les Ardennes illustrées, Les Promenades de Paris, Les Croisades, Les Évangiles, La Bible de Marne, La Peinture italienne, L'Algérie, L'Exposition de 1878, toutes plaques gravées par Souze sur ses propres arrangements ; — Le Livre de Ruth, Les Femmes de Gœthe, Les

Bords de l'Adriatique d'après Rossigneux, — L'Egypte, Les Arts au xvif siècle, etc., d'après Racinet, — et les plaques illustrant les volumes d'étrennes des librairies Hetzel, Fume, Pion, Didot, Marne, Lemerre, Decaux, etc.

Concluons qu'à l'époque où nous sommes arrivés, — vers 1880, — la reliure industrielle a fait, elle aussi, une poussée des plus remarquables. D'une façon générale, et malgré des erreurs, c'est la reliure industrielle, avec la liberté absolue dont elle peut jouir, qui s'est, en somme, dégagée la première et d'une façon absolue, des copies et des réminiscences du passé, et qui s'est montrée franchement nouvelle, franchement xrx\ Elle a eu sur la reliure de bibliophiles une répercussion considérable; en accoutumant l'esprit et l'œil des amateurs et des relieurs à des données absolument imprévues, en poussant les uns et les autres vers la liberté du décor, vers la fantaisie, — et aussi, vers l'anecdote et l'image en maroquin.

Marius. — Reliures emblématiques. — Les petites fleurs.

Le décor non symétrique.

Rapport sur l'Exposition des Arts décoratifs de 1882.

Pour réussir, une révolution doit avoir la complicité d'hommes d'une certaine tenue extérieure, afin de rassurer les masses. De même en reliure, il ne suffisait pas d'enfants perdus risquant du nouveau avec une exécution par à peu près. Pour tranquilliser et ramener à soi le bibliophile de marque, prompt à s'effarer, il fallait un relieur d'un mérite indiscutable et d'un goût retenu, qui ne tombât pas dans l'extravagance, le mauvais excentrique et le ridicule Ce relieur fut Marius.

Nous l'avons vu ne pouvoir faire accepter en 1878 ses tentatives de grands décors à flore ornementale, guère mieux ses premiers cuirs incisés, même être absolument condamné par les trautzistes. Puis, peu à peu se ressaisir, renaître, décocher à ses adversaires un coup de pied par-ci, un coup de dent par-là.

Enfin il rallie autour de lui quelques clients non rebelles à l'originalité et il se remet à créer des modèles de décor, sur les idées suivantes :

1° Recherche de nouveaux entrelacs de filets, le filet restant toujours, dans sa pensée, l'âme du décor du relieur-doreur ;

2° Emploi de la flore ornementale. Marius a donc été un des premiers à « styliser » la plante ;

5° La « stylisation » et la raideur n'étant pas du goût de tous les clients, création de décors dits « à petites fleurs », roses, œillets, clochettes, muguets, exécutés près de nature, et souples ;

4° Adoption du décor emblématique modéré. Création d'un modèle de reliure emblématique

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