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CHAPITRE IV

Jules Guyot (D'). — Etude des vignobles de France.

Revue de viticulture. — Mai 1904: Le vigneronnage dans le Midi. F. Convert.

Seulliet (P.). — Le métayage, thèse 4905.

Statistique agricole de la France. Enquête décennale de 1892,

On peut définir le métayage : « un contrat par lequel le propriétaire qui fournit le capital d'exploitalion, se réserve la haute direction et la haute surveillance, et par lequel l'exploitant, qui apporte les bras et les forces, exécute le travail sous la condition mutuelle que les produits éventuels seront partagés par moitié entre Les deux contractants » (1). |

Cette définition, exacte pour l’ensemble de l'agriculture, appelle pour la viticulture quelques observations en ce qui concerne la proportion du partage et les apports des parties. En général, en viticulture, la part prélevée par le propriétaire est un peu plus forte que celle du métayer, à raison des avances particulières que nécessite la culture de la vigne, et des risques tout spéciaux qu’elle comporte ;

(1) Définition de M. de Tourdonnet : La situation du mélayage en France, p. 12,

on voit alors le partage se faire dans la proportion du tiers seulement pour le métayer ; ceci quand il ne fournit que les bras ; c’est le cas du Jura. Mais souvent, le métayer fait, outre la main-d'œuvre, un certain apport: la moitié du bétail et du matériel d'exploitation ; parfois aussi, il paie la moitié des échalas et la moitié des dépenses de vendange ; ces apports compensent alors les avances du propriétaire, et ramènent à la moitié Le taux du partage ; c’est la situation du vigneronnage dans le Beaujolais, le Mâconnais, le Châlonnäis, la Hte-Saône.

Dans le Languedoc, le métayage appliqué à la culture de la vigne a été et est encore une exception. On ne l’a guère employé, — et encore dans une mesure restreinle, — qu'après la crise phylloxérique pour la reconstitution des vignobles. Le propriétaire fournissait la terre et une partie des plants de vignes ; parfois aussi, l'habitation du métayer. Celui-ci se chargeait de la plantation et de tous les travaux d'entretien et de culture. Le partage de la récolte ne commençait qu’à la quatrième année (1) ; il se faisait selon Les cas sur les bases de la moitié ou des trois quarts ; rarement des deux cinquièmes au profit du colon.

Pareillement, et avec des conditions analogues, le métayage a servi à la constitution du vignoble dans les sables du littoral et les étangs desséchés de la Crau. Le partage

avait lieu par moitié, avec une prime de 100 à 400 francs

(4) Une vigne nouvelle ne commence guère à produire qu'avec sa quatrième feuille ; elle peut cependant avec la culture intensive donner une petite récolte dès la troisième année après la greffe.

par hectare de vignes planté à la fin du bail; quand la prime n'était pas promise au métayer, il touchait les trois cinquièmes de la récolte (1).Ce mode de culture dans ces régions à disparu en grande partie, soit que les propriétaires aient repris l'exploitation directe de leurs vignes, soit que le vignoble ait élé arraché à la suite de la mévente ou de la remonte du sel.

L'enquête de 1892 fournissait les chiffres suivants pour la région viticole :

Culture directe (biens cultivés par le pro-

priétaire seul ou avec l’aide de sa famille

DUREE in lire rs 2980.200.hect:

Métayage pEcolonat. . ..... . sr 11 484400 .» Fermages et locations verbales . . . . 18.600 »

On le voit.le métayage était alors à l’état d'exception ; et encore le peu qu'il y en avait ne s’appliquait-il que très rarement à la culture de la vigne : on ne l’employait guère que pour les cultures pastoraies dans les montagnes des Pyrénées-Orientales, pour les céréales dans la Montagne- Noire etle Lauraguais (Aude), pour l'élevage du mouton et des oliviers dans la partie est de la région languedocienne.

La situation a fort peu changé depuis 1892, bien que la crise de mévente des vins ait ramené l'attention sur ce mode d'exploitation plus économique qu'aucun autre. De nouveaux essais de métayage cependant ont été tentés :

Citons par exemple M. Causse qui traitait en 1903 à

(1) Le métayage, thèse de M. F. Seulliet, 1905.

St-Laurent d’'Aigouze (Gard) aux conditions suivantes : trois hectares sont cédés à ferme à colonat partiaire pour la durée d’une année. Le vigneron fournit toute la maind'œuvre, les attelages et les instruments, notamment un cheval et une charrette, Le propriétaire, qui garde la haute direction de l'exploitation, fournit la totalité des engrais et des traitements contre les maladies cryptogamiques. La rémunération du vigneron, — payée en argent et non pas en nature, la vente du vin étant réservée au propriétaire, — consiste dans ‘la moitié du produit net ; pour déterminer le produit net, on défalque du produit brut, chiffre total des ventes du vin, le montant des frais d'achat de toutes les manières. Lorsque le propriétaire mélange le vin du métayer avec le reste de sa récolte, — chose qu'il se réserve le droit de faire, — on calcule Ia quantité de vin provenant des terres amodiées sur la base de 7 hectolitres de vin pour 900 kilogs de vendange. Le contrat prévoit, pour le cas où la vente ne serait pas immédiate, que des acomptes pourront ètre donnés au colon, jusqu à concurrence de la moitié approximative de sa part,et avec maximum de mille francs.

Le système était intéressant ; et l'essai valait d'être tenté. Il semblait bien en effet que le métayage ainsi compris dût supprimer tous les inconvénients que nous avons critiqués dans le salariat. Le métayage pour l’ouvrier, c’est la permanence de l’emploi, la suppression du chômage ; pour le patron, c’est sinon une diminution de frais de

main-d'œuvre, au moins une économie de surveillance ;

LE MÉIAYAGE 141

c'est une communauté intime d'intérêts enfin acquise avec l’ouvrier ; c'est une sorte d'assurance contre les réclamalions, une manière de digue élevée à l'encontre des prétentions plus ou moins justifiées des syndicats (1). C'est probablement aussi une augmentation de production : l’ouvrier, intéressé au résultat de son travail, donnera non seulement toute sa force musculaire, mais aussi son activité et son intelligence. Bien dirigé par un propriélaire instruit, exécutant de son mieux, il obtiendra des produits certainement plus abondants et plus constants que ne le fera jamais une main-d'œuvre salariée.

Quelque réels que soient ces avantages, le métayage ne paraît cependant pas susceptible d'une grande extension dans la viticulture méridionale. La culture de la vigne en effet est une culture industrielle, généralement intensive, nécessitant en tout cas l'apport de gros capitaux et des avances considérables. Aussi se trouvera-l-il sans doute peu de propriétaires pour consentir à donner à l’ouvrier une part de la récolte, importante, puisqu'elle s’élèvera au tiers ou même à la moitié ; ce qui engagera par là

mème une grosse part des bénéfices éventuels. La majo-

(1) Ine faudrait pas croire cependant que le métayage soit une ssurance d'une efficacité absolue contre la grève : M. de Rocquigny signale des grèves de métayers en [lalie, Mais il convient de remarquer à ce sujet que ces grèves ont été concomitantes de celles des ouvriers agricoles, que ceux-ci en ont été les véritables instigateurs, et que du reste la situation des mélayers élait assez précaire, les abus des propriétaires assez nombreux (Le prolétariat rural en Italie, p.110 et suiw.).

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rité préférera sans doute assumer la totalité des risques, mais aussi bénéficier de la totalité des bénéfices.

Là n'est pas cependant l’écueil le plus grave que le métayage trouvera en viticulture ; plus fréquemment, il se heurtera aux reproches de l’ouvrier vigneron. Avec le système du métayage tout d’abord, l'ouvrier n'est rémunéré de son travail qu’à la fin de l’année. Il est obligé d'autre part de faire des avances pour l'achat des instruments et des matières qu'il doit fournir ; et si même le propriétaire se charge de toutes les dépenses de matières, comme chez M. Causse, il n’en reste pas moins à sa charge le matériel d'exploitation, les frais de main-d'œuvre au moins pour la vendange, son entretien personnel et celui de sa famille ; de telles ressources lui font défaut le plus souvent. Au reste, le métayage n'offre pas à l’ouvrier de garanties suffisantes. Sans doute, ce peut être pour lui une source de gains inespérés ; et l’on a vu dans certains cas les recettes d’un métayer vigneron tripler le salaire qu'il touchait antérieurement, mais ce peut être aussi pour lui une cause de misère absolue ; le métayage peut mettre l'ouvrier dans une situation plus précaire que celle du simple salarié ; car il peut se faire, à raison de la baisse des prix ou de la faiblesse de la récolte, que sa part dans le produit soit infime, inférieure à la somme qu’il eût gagnée comme simple journalier, ne lui assurant même pas sa subsistance de tous les jours.

Pareil inconvénient du système du métayage ne se

trouve, il faut Ie remarquer, que dans les pays de mono-

culture. Partout ailleurs, il estrare, à cause de la diversité des cultures, que le désastre soit général. Et en tous cas, le métayage assure toujours au moins le logement et la nourriture, même les années de très mauvaises récoltes. Le métayer pourra ne pas faire de gains, subir même quelques pertes pécuniaires, s’il a eu à payer des journées de main-d'œuvre ; mais il pourra tout au moins attendre la récolte suivante.

Aussi, ne peut-on guère comprendre le métayage de la vigne que lorsque la métairie englobe d’autres cultures. « Si la vigne n’occupe qu'un quart de la métairie, un hectare et demi sur six, deux hectares sur huit, la vie matérielle de la famille rurale étant assurée par les autres cultures, la vigne à moitié fruits reprend tous ses avantages. dans tous les pays,même avec deux ou trois années de mauvaises récoltes ; car ce n'est plus qu’un temps à attendre les compensations données par les moyennes récoltes (1). »

En réalité, le métayage appliqué à la culture de la vigne serait encore possible en dehors de ces conditions particulières, si le propriétaire garantissait au métayer un bénéfice annuel minimum correspondant au salaire normal d’un ouvrier vigneron: et M. Causse notamment, transformant son système de métayage, s'est arrêté à cette solution ; mais alors, on abandonne en fait le système du mélayage pour revenir au salariat, ingénieusement tempéré par le système de participation aux produits.

(1) D' Jules Guyot, Æfude des vignobles de France, t. 5, p. 672,

En définitive, le métayage, malgré ses avantages incontestables, n’est applicable à la viticulture méridionale que sur les parties du littoral méditerranéen où d’autres cultures se mêlent à celle de la vigne ; il est permis pour ces régions d'en prévoir et d'en souhaiter le développement. Partout ailleurs, il serait pour j’ouvrier viticole très dangereux ; à cause Justement de ce caractère de monoculture qu'affecte la vigne dans le Bas-Languedoc (1).

Cette forme d'association parfaite étant impossible (2), nous sommes ramenés à l'idée d’une rémunération forfaitaire du travail de l’ouvrier ; mais il nous reste à examiner si l’on ne pourrait pas, mêlant le salariat et l'idée d’association, parer aux inconvénients de l’un en gardant les avantages de l'autre. En ce sens, on a proposé Îa partiei-

pation aux bénéfices et la participation aux produits.

(1) Pour la même raison, et parce que le vin n’est qu'un appoint de l'alimentation journalière, le salaire en nature n’est pas applicable sur une large échelle à la viticulture méridionale, bien qu'il puisse présenter pour le propriétaire cet avantage de proportionner ses dépenses de main-d'œuvre au prix de ses produits. Le salaire en nature ne s2 trouve actuellement dans le Bas-Languedoc que comme appoint du salaire or: dinaire: les journaliers touchent dans certaines régions un ou deux litres de vin par jour suivant les époques ; les domestiques et les mésadiers sont nourris ou bien reçoivent quelques hectolitres de blé ou bénéficient de la jouissance gratuite d’un petit jardin. Les vendangeurs reçoivent, outre leur salaire journalier, la soupe quand ils rentrent le soir du travail ; dans certaines régions, ils sont entièrement nourris.

(2) Nous ne parlons pas du fermage, très rare dans la viticulture languedocienne. Au reste, il ne modifie rien au régime du salariat.

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