‹ La Rémunération du Travail dans la Viticulture MéridionaleChapitre 6 sur 35 · PE D ER · texte numérisé non relu

PE D ER

On peut donc évaluer à 50 0/0 environ (1), les dépenses de main-d'œuvre dans les frais d'exploitation, chiffre relativement élevé; et l’on comprend dès lors que certains propriétaires fassent des tentatives pour en restreindre le montant. Et, cela ne leur est guère possible que par une diminution de salaire ; le viticulteur ne peut guère espérer d'économies notables en réduisant le nombre de ses ouvriers: la vigne réclame des soins qui sont toujours sensiblement les mêmes, qu’on ne saurait négliger sous peine de compromettre les récoltes futures ; supprimer quelques labours, quelques raclages est encore possible ; mais ce serait abandonner complètement ses terres que de ne pas sulfater, de ne pas soufrer, de ne pas faire un

nombre minimum de façons culturales (2).

(4) La proportion de 75 0/0 indiquée par le Comice agricole de Narbonne dans sa pétition au Sénat et à la Chambre des députés nous parait exagérée (Bulletin de la Société des viticulteurs de France, mars 4906, p. 167). Par contre, M. Gabriel Hérail est certainement plus près de la vérité lorsqu’il dit: « On peut admettre comme preuve que la vigne est de toutes les plantes, les légumes potagers mis à part, celle qui exige le plus de main-’dœuvre : 50 0/0 au minimum des frais de culture (Zd., p. 171). »

(2) Le machinisme ne peut être en cette occasion d’un grand secours pour le propriétaire, bien que son aide ne puisse être entièrement negligée. Les caractéristiques de la machine et les exigences de la viticulture sont en effet inconciliables. La machine agit toujours automatiquement, elle répète toujours le même geste avec la même inlassable uniformité. Au contraire, il n’est peut-être pas de culture qui exige un travail plus diversifié que celui de la vigne: une même opération, la taille par exemple, s'effectue de façon différente, non seulement selon le cépage, selon l'exposition, mais aussi selon chaque cep en particulier. Chaque pied de vigne demande des soins autres que les pieds voisins. C'est à la science, à l’habileté de l'ouvrier qu'il convient de trouver les méthodes les plus appropriées aux résultats à obtenir ; la

Getteimportance considérable de la main-d'œuvre a pour le propriétaire cette autre conséquence qu'elle le rend peu disposé à accorder des augmentations de salaire, puisque, si minimes que celles-là puissent être, elles n’en élèvent pas moins dans des proportions très appréciables le prix de revient.

C'est là Le premier grief des propriétaires contre ce régime de salariat; ils se plaignent des changements brusques et considérables que la moindre augmentation ou variation du salaire amène dans le prix de revient.

Et ce n’est pas le seul grief. Le propriétaire se plaint encore du mauvais rendement du travail salarié. Sous ce

régime, faute d'être intéressé au produit de son travail,

machine ne saurait avoir la souplesse nécessaire. On n’en pourrait guère trouver d'application utile que pour le labourage, le sulfatage et le soufrage à traction animale ; et encore faut-il remarquer que ces moyens mécaniques sont impossibles, dès que la végétation atteint une vigueur suffisante pour empêcher la circulation des animaux de trait.

Il est cependant une branche de l'exploitation viticole où la machine a pris et parait destinée à prendre une extension notable ; c'est en matière de vinification. Les caves des grands domaines sont devenues aujourd’hui de véritables usines avec machines élévatoires de vendanges, pressoirs et pompes à moteur, fouloirs ou turbines, vis sans fin..., etc. Mais cette transformation ne présente guère d'importance au point de vue économie de main-d'œuvre qui nous occupe ici, et cela pour deux raisons : 4° les opérations de cave ne sont guère actives qu'au moment de la vendange, c’est-à-dire pendant 25 jours au maximum ; 2° l’économie de main-d'œuvre réalisée est compensée par les dépenses d'achat, d'entretien et d'amortissement assez considérables, En réalité, la substitution du moteur à l'homme dans les celliers a pour but la commodité et la rapidité plutôt que l’économie, En tous cas, l’économie, si elle existe, est bien peu de chose en fait vis-à-vis des autres dépenses de vendange (coupeuses et porteurs), à plus forte raison vis-à-vis de l’ensemble des dépenses annuelles.

l’ouvrier travaille mal et lentement. En veut-on un exemple ? La vendange nous en fournit une preuve des plus frappantes par la comparaison du travail à la journée et du travail à forfait : on à pu constater que pour obtenir un rendement égal, il fallait dans Le premier cas deux fois plus d'ouvriers que dans le second.

Il ne saurait du reste en être autrement ; car iln ya plus actuellement chez la plupart des ouvriers qu’une seule pensée, une seule crainte plutôt qui les stimule : celle d’être congédié. De quel effet minime peut être ce sentiment sur la productivité du travail ? Quant au sentiment du devoir,ilest,dans la viticulture languedocienne comme partout ailleurs, malheureusement trop rare.Du rsete,l'organisation du travail par équipes entrave les louables intentions de ceux qui voudraient donner tout leur effort ; les oblige à se soumettre à l'indifférence ou à la mauvaise volonté de leurs camarades. Cet état de choses est d'autant plus à regretter que la bonne volonté des ouvriers a une grosse importance dans la culture de la vigne. Pour être bon vigneron, il faut plus d'intelligence et d’habilité que de force ; l’attention joue un rôle plus considérable que la vigueur. Malheureusement, le bon vouloir se fait de plus en plus rare ; la bonne exécution et la rapidité du travail s’en trouvent diminuées.

Que gagne l’ouvrier à agir ainsi ? Personnellement rien du tout; au contraire. Il force le propriétaire à employer plus de bras, ce qui fait indirectement baisser son salaire.

En élevant le prix de revient, il le rend moins à même de

résister à la crise ; et par là, il se fait du tort à lui-même car il est bien certain qu'à ce point de vue patrons et ouvriers ont des intérêts identiques.

Ce mauvais rendement du travail salarié oblige à une surveillance constante, pénible pour celui qui surveille, irritante pour celui qui est surveillé. Surveillance difficile dans les travaux des champs à raison de l'étendue des exploitations. Surveillance dispendieuse, à cause des nombreux chantiers qui sont ouverts simultanément : outre le régisseur, il faut sur une grande exploitation un « païre » ou « ramonet » pour diriger et contrôler les travaux des domestiques ; il faut un patron pour stimuler les journaliers ; une patronne pour les femmes ; parfois un surveillant général pour aider l’homme d’affaires.

Enfin et surtout, le propriétaire reproche au régime du salariat de développer l’idée d’un antagonisme d’intérêts entre le patron et l’ouvrier. Que cherche l’ouvrier ? obtenir pour son travail la rémunération la plus élevée possible avec le minimum de peine. Le reste, que lui importe ? que le patron se ruine, cela ne saurait le toucher ; qu'il fasse de bonnes affaires, cela ne lui laisse qu’un regret, c'est de n’avoir pas demandé davantage pour sa part. Et alors, pendant que « sa machine travaille, lentement et mal, à une œuvre indifférente, l'homme se nourrit de pensées de jalousie et de vengeance contre le riche et contre la société ; ni son esprit, ni son cœur, ni son intérêt, n’ont rien à faire là pour bien diriger sa machine ; son esprit,

son cœur, son intérêt, enfiévrés par la fatigue, engendrent

de singulières idées et des sentiments peu bienveillants et peu doux » (1). Au village, les plaintes s'échangent, se grossissent, enflent démesurément autour des tables de cabaret et des verres d’absinthe. Le patron autrefois respecté, estimé, devient l’exploiteur, l'ennemi, le capitaliste abhorré. Le terrain est prêt pour le socialisme ; il suffit aux Bourses du travail de jeter la bonne semence dans une terre si bien préparée. Elle fructifiera. — C'est là l'histoire et la genèse des dernières grèves. C'est le défaut capital du salariat.

Telles sont les principales critiques que l'on peut adresser au régime du salariat dans la viticulture. Si nous essayons de les résumer,elles se ramènent aux points suivants : Pour l’ouvrier :

1° Insuffisance des salaires.

2° Fréquence des chômages.

3° Variabilité des salaires

Pour le patron :

1° Cherté de la main-d'œuvre.

2° Mauvaise productivité du travail.

3e Nécessité d'une surveillanee onéreuse.

&° Antagonisme d'intérèts entre patrons et ouvriers,

Il nous reste, maintenant que nous sommes en possession de données suffisantes, à rechercher s'il n'y aurait pas quelque remède à ces défauts, si on ne pourrait pas

faire subir au régime du salariat quelques modifications

(1) De Jules Guyot, Etude des vignobles de France, p. 283.

qui le rendraient plus souple et moins irritant, ou même si on ne pourrait pas le remplacer par quelque autre forme mieux appropriée de rémunération du travail.

Certes, les propositions n’ont pas manqué à ce sujet ; et depuis les pessimistes qui, tout en reconnaissant volontiers les vices du système, le déclarent inéluctable, jusqu'aux enthousiastes qui ne parlent de rien moins que de supprimer le salariat, on trouve toutes les gradations, — Pour permettre une exacte compréhension des idées, nous avons ramené les divers procédés qui ont été ou qui pourraient être mis en avant,à deux catégories très générales (1) ; et il nous a paru bon de nous attacher à ce sujet au vice le plus grave du salariat, que nous avons reconnu être l’antagonisme d’intérêts entre Le patron et l’'ouvrier.

Dans une première division, qui formera la seconde partie de cette étude, nous étudierons les formes améliorées du salariat qui laissent subsister cet antagonisme d’intérèts.

Dans une seconde division, nous exposerons les modes de rémunération du travail qui s'efforcent d'atténuer ou de supprimer cette opposition, en s'appuyant sur une idée d'association effective entre le propriétaire et le journa-

lier.

(4) Nous ne pouvons avoir la prétention de passer en revue tous Îles systèmes possibles de rémunération du travail ; nous voulons seulement indiquer les types principaux auxquels se rattachent les mille combinaisons particulières adoptées par les patrons.

De même, nous laisserons de côté tous les systèmes, tels que la coopération, la socialisation des moyens de production, basés sur la suppression du patronat. Ce sont les rapports du patron et de l'ouvrier que nous envisageons ; et non Ja suppression du patron,

ess EE ox ee es L à = Ps 3 Ê * = ERA T 0e en CALE . r'?

4 f PE. 5 (NET LU La = , v Cr ” = Au LL CRUE] Ph D LA s :

+ Lai :

EUX TRE be” LA CES [RC Le LE E " - * “ tu # CL CS 2 RAA. - i PL —

| np‘ Le æ Le

: , rl Pas EU kr Fa .. + «= tt d : : SD LEE Po 5e 3 « : , ; 23 4 L : o Fe das { sa E NE me i vor 1 Sp A dis - L : ss » C2 A a 0 g- +, << el 0 73 es À :

Fr cp 47 E sd à k -. .

ne / :

- à F « 2 À * a. " ; È nr » ‘ L4 0 Ce CR PR ET h. 12 x. = A." LA a TE LRO | - + — 204 , a ta ne le "412 rs 0272 09 «0006 à COIN . Ê "+ : :

| LE on s L Fo = L TARA". ++ A oh . L (AU Es st RL V RES € L L … s : CA se OA CR Le —— L e L : ; | AT 13 2e EL L’ 4

D ONE D LENS ES + 0 + * -. ts . 7 RAI LL ‘ C4

È : : fes LT .

| : À ; 27 1 2 COR IE à A, L à { 1 2 \ , CAES A : LM Ju 2 . « "Et à 0 te . £ dE =

vis

airs FEUO

di ETES de

Page 1