INTRODUCTION XI
produisit et que l'Angleterre protestante commença avoir honte de son intolérance, il ne restait plus qu'un petit nombre de catholiques pour jouir de la paix et de la liberté qu'on se montrait enfin disposé à leur rendre. De ces catholiques, les uns s'enfermaient et s'isolaient dans leurs manoirs, les autres étaient dispersés et comme noyés dans la population des grandes villes. Combien étaient-ils? Les éléments manquent pour donner un chiffre certain. D'après les évaluations les plus sérieuses, vers 1814, on n'en comptait guère, dans l'Angleterre proprement dite, qu'environ 160.000. Pas d'évêques, mais, comme en pays de mission, de simples vicaires apostoliques, alors au nombre de quatre. A peine quatre cents prêtres, vivant presque cachés, par souvenir des persécutions, et n'osant porter aucun costume qui révélât leur caractère. Les églises, ou, pour parler plus juste, les chapelles étaient rares, sans signe extérieur, dissimulées dans les coins les plus obscurs des villes. Quelque téméraire s'oubliait-il à élever une croix sur la porte de l'une de ces chapelles, la police la faisait aussitôt supprimer, par crainte d'une émeute. A l'intérieur, presque pas de ces ornements symboliques auxquels s'est plu de tout temps la piété catholique ; le culte était comme empêché de s'épanouir; rarement un oftice solennel, une grand'messe, une bénédiction du Saint-Sacrement; on eût dit que la prière n'était permise qu'à voix basse. Dans beaucoup d'églises, on ne célébrait la messe que deux fois par semaine ; ce seul mot de messe faisait peur ; on ne disait pas « aller à la messe », mais « aller aux prières ».