‹ La renaissance catholique an Angleterre au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 15 sur 69 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

demeurés étrangers à la vie publique et privée de leurs compatriotes, d'avoir subi une proscription sociale plus sensible encore que la légale, ils s'étaient habitués à une situation de parias ; on eût dit une autre race, sans mélange ni relations avec l'autre, résignée à son infériorité, et en ayant gardé je ne sais quoi de déprimé, ainsi qu'il arrive aux peuples depuis longtemps vaincus et dominés. Quelques-uns de ces catholiques en devenaient comme embarrassés et presque honteux de leur foi ; ils cherchaient à la dissimuler à leurs voisins ou à se la faire pardonner, en la minimisant, notamment en affichant à l'égard du Pape une indépendance qui frisait la révolte. Chez beaucoup d'autres, il est vrai, l'épreuve et l'isolement n'avaient fait que rendre cette foi plus profonde et plus résistante; loin de vouloir rentrer en grâce auprès de la société qui les excluait, ils s'en détournaient avec méfiance et ressentiment ; mais, chez eux, aucune pensée de revanche et d'offensive ; obstinés, nullement entreprenants, plus préparés à souffrir qu'à engager le combat, ils ne songeaient pas un seul moment qu'il pût être question pour Rome de reprendre possession du royaume d'Henri VIII et d'Elisabeth, bornaient leur ambition à sauver leur âme et à garder leur honneur, vivaient de souvenir, non d'espérance.

Tel était le catholicisme en Angleterre dans le premier quart du siècle. Aujourd'hui, quel changement ! Au lieu de 160.000 catholiques, on en compte, dans la seule Angleterre, en dehors de l'Irlande et de l'Ecosse, environ 1.500. 000. En place des quatre

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pauvres vicaires apostoliques et de leurs quatre cents prêtres, une hiérarchie normalement constituée avec dix- sept évêques, dont un archevêque, trois mille prêtres, des ordres religieux de toute sorte. Les conversions, bien qu'un peu ralenties par les derniers incidents, sont encore, au témoignage du cardinal Vaughan, d'environ six cents par mois1; sans doute elles sont en partie compensées par la défection de familles catholiques d'origine, généralement pauvres, transplantées dans des milieux exclusivement protestants : déchet douloureux que le zèle du clergé se préoccupe d'arrêter ; mais ce qui se perd ainsi ne saurait, tout au moins comme importance sociale et intellectuelle, se comparer à ce qu'on gagne par les conversions. Les églises, les chapelles, les couvents, partout multipliés, loin de se dissimuler, se dressent au milieu des cités, proclamant hautement, par leur ornementation extérieure, la foi des tîdèles. En ce moment, au cœur de Londres, à quelques pas de l'abbaye de Westminster, s'élèvent les murs d'une grande cathédrale qui sera l'un des principaux édifices de la ville. Toutes les splendeurs liturgiques dont il avait fallu se priver pendant plusieurs siècles s'épanouissent à l'intérieur de ces églises. Bien plus, le culte déborde au dehors, et, dans les rues des villes ou à travers la campagne, les processions, avec bannières, crucifix, prêtres et acolytes en costumes, se développent librement, comme elles ne pourraient le faire en beaucoup

Lettre «lu cardinal Vaughan au P. Ragey. (U Anglo-catholicisme, par le P. Ragey, p. 29.)

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