‹ La renaissance catholique an Angleterre au XIXe siècleChapitre 17 sur 38 · II · texte numérisé non relu

II

se faire à l'id^'C qu'il n'est pas prêtre et qu'il n'entre pas de piano, avec ce caractère, dans la communion romaine. Il ne se rend qu'après une ardente discussion de plus de cinq heures avec un théologien catholique. Ce sacrifice n'est pas le moins douloureux de ceux qu'il fait sur l'autcd de sa foi nouvelle. Enfin, le <i avril IJS'ii, diuianclio de la i^assion, lui et Hope, fidèles à leur engagement d'agir ensemble, font leur abjuration aux mains d'un Père jésuite, « avec la plus entière conviction à la fois de raison et de conscience », ècrit-il, le jour même, à Robert Wilberforce '. De là, les deux convertis vont à l'église Saint-Georges où ils sont reçus par le cardinal Wiseman.

En accomplissant l'acte devant lequel il avait si longtemps hésité, Manning avait conscience de sacrifier non seulement toutes ses ambitions, mais tout ce qui avait fait l'intérêt et le charme de sa vie, et jusqu'à ses plus chères amitiés ; il s'attendait à se retrouver le lendemain, dépouillé, brisé, isolé, sans aucun avenir devant lui. « Après cela, écrivait-il à Robert Wilberforce, je n'aurai plus qu'à couler à fond et à disparaître. » Et plus tard, évoquant le souvenir de ces jours, il a pu écrire: « Je pensais que ma vie était finie-. » Il ne se doutait pas alors que Dieu lui réservait, avant peu, dans l'Eglise romaine, un rôle plus considérable et plus éclatant, même au point de vue humain, que celui qu'il eût pu jamais trouver dans l'anglicanisme. Ajoutons que, sur le moment même, aussitôt l'abjuration

' Life of Manning, t. I. p. 620.

- Ibid.. [). 628 et 632.

consommée, il reçoit, de son sacrifice, une récompense plus précieuse que tous les honneurs : c'est la paix et la lumière intérieures dont, comme tous les autres convertis, il se sent inondé. Les lettres qu'il adresse, sur le moment même, à ses amis, protestants ou catholiques, témoignent d'une sérénité et d'une confiance qui contrastent avec le trouble douloureux des lettres précédentes. Il écrit à son ancien curate., Laprimaudaye, récemment converti: « Dieu m'a conduit au travers de sa grande fournaise, et je suis en paix, la raison, la conscience, le cœur remplis à déborder. » A son frère aine, protestant tenace et irrité de sa défection : <i Je vous dirai que, par la miséricorde de Dieu, je suis dans le calme et la paix, chagriné seulement d'un chagrin humain, et surtout du chagrin ({ue je cause à ceux que j'aime si profondément. » A Robert Wilberforce, toujours hésitant, il annonce que Dieu l'a comblé: « J'ai, dit-il, plus que tout ce que j'ai pu jamais demander ou à quoi j'ai pu pensera » Peu après, il écrit à Hope, en rappelant le souvenir de leur commune abjuration : « Quelle fin bénie! Comme l'àme le disait à Dante: E venni dal martirio a questa pace - ! »

Dans le monde anglican, la « sécession » de Manning parait une catastrophe presque égale à celle de la conversion de Newman. Pendant que des protestants fanatiques s'écrient, avec le futur comte de Shaftesbury: u Seigneur, purge l'Eglise de ces hommes

1 Life of Munninç], t. I, p. G20 à 624.

" Memoirs of J.-R. Hope Scott, t. II, p. 93.

qui, tandis que leurs ca'urs sont dans le Vatican, mangent encore le pain de l'I^^lahlissement et minent celte l^glise M » d'autres se lamentent, et Gladstone, désespéré, écrit : « Il me semble que j'ai perdu mes deux yeux. » L'émoi est d'autant jdus grand que beaucoup d'autres conversions accompagnent celle de Manning ; plusieurs l'ont précédée ; un plus grand nombre devait la suivre. Cet exode dépasse encore celui de 1845. C'est à se demander où il s'arrêtera et si l'Eglise établie résistera à cette perte si abondante de son sang le plus précieux. « Hélas! écrit Tévêque Wilberforce, le 28 mai 1851, tout est très sombre autour de nous. Je crains que nous ne perdions quelques-uns de nos hommes vraiment les meilleurs, et mon cœur saigne par tous les pores à cette pensée"-. »

i Life of Shafleshnv'j, \). 435.

- Life of bishop Wilberforce, t. II, p. 4o.

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