LES MECOMPTES UU PUSEYISME U
par ailleurs, le personnage était médiocre. Si docile que lut le clergé, la mesure lui fit FelTet d'un afïront. De toutes parts, les protestations s'élevèrent. Pusey, Keble et leurs amis ne furent pas les seuls à s'indigner; comme en 1836, ils eurent avec eux beaucoup d'evangelicais et même cerlains partisans des idées Broad C'hu7'ch qui ne pouvaient s'empêcher de trouver la nomination tout au moins impertinente. On vit ce l'ait, inouï depuis la Réforme, de treize évèques adressant au chef du ministère une remontrance collective. D'autres prélats, dont le primat, exprimèrent leur désapprobation, avec moins d'éclat, dans des lettres particulières à lord John Kussell.
Ce soulèvement n'aboutit qu'à rendre plus manifestes la servitude de l'Eglise et la faiblesse des évêques. Le ministre écarta tout d'abord les réclamations avec une raideur hautaine, et y opposa le droit supérieur de la suprématie royale ; dans les plaintes faites, il affectait de ne voir qu'une manœuvre de w cette partie du clergé qui partageait les opinions de M. Newman, mais qui n'avait pas eu l'honnêteté de le suivre dans son changement de profession»; il n'était pas étonné, ajoutait-il, que « de telles personnes redoutassent de voir, sur le banc épiscopal, un homme résolu à maintenir les doctrines protestantes ». Ainsi rebutés, les mécontents tentèrent les voies judiciaires et voulurent poursuivre le docteur Hampden, pour enseignement hérétique, devant son évêque qui était Wilberforce ; mais celui-ci, très animé au début contre la nomination du nouveau prélat s'adoucit tout d'un coup et, après avoir paru accueillir
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la poursuite, tiiiit par s'y opposer; beaucoup virent là une palinodie et la jugèrent sévèrement'.
Y avait-il du moins, dans la procédure de l'élection épiscopale, quelque point par où l'opposition put faire obstacle à la volonté ministérielle ? N'était-il pas dit que, quand un siège était vacant, le successeur devait être élu par le chapitre qui recevait de la couronne un « congé d'élire », et ensuite confirmé par un conseil représentant le métropolitain et les évéques de la province? Oui, mais ces reliques de l'ancienne indépendance n'étaient qu'un trompe-l'œil. La lettre royale qui envoyait au chapitre le « congé d'élire », contenait le nom du personnage qui devait être élu; aucun autre choix n'était possible, et les membres du chapitre qui s'y fussent refusés, ainsi que les évèques qui ne l'eussent pas confirmé, auraient encouru toutes les pénalités d'un prsemunire, ce qui impliquait confiscation des biens. Comprend-on maintenant que des anglicans aient dénoncé eux-mêmes ce qu'ils ont appelé «la farce du congé cV élire »? Dans de telles conditions, lord John Russell s'inquiétait peu des démarches des opposants. Au doyen du chapitre d'Hereford, qui lui annonçait que sa conscience l'obligerait à refuser son vote au nouvel évéque. il se bornait à répondre par ces quelques mots d'une ironie froide : « Monsieur, j"ai eu riionneur de recevoir votre lettre, dans laquelle vous me signifiez votre intention de violer la loi. » Au jour du vote, les membres du chapitre, intimidés, n'osèrent
' Snr re qui a été dit pour excuser et expliquer cette conduite, voyez Life o/ BisJiop WUbei/'orce, t. 1, p. 417 et sq.
LES MECOMPTES DU P.USEYISME 117
suivre le doyen, ot deux seulement sur seize refusèrent leurs voix. L'élection devait ensuite être confirmée à Boni Church par une commission composée du vicaire général, déléo-ué par le primat, et de deux légistes laïques. Là encore, la « farce •> continua. Au jour \\\C\ suivant Tancienne procédure pieusement conservée, l'appariteur invita les opposants à se présenter; ceux-ci s'y étaient préparés, mais quand ils voulurent exposer leurs griefs, la commission décida, après débat et délibération qu'elle ne pouvait les entendre. La Cour du Banc de la reine, saisie en apptd de cette décision, la confirma. La question fut portée à la Chambre des lords, par l'évêque d'Exeter; on lui répondit, au nom du gouvernement, « qu'il ne pouvait être un moment supposé que la couronne voulût appeler à Tépiscopat un personnage indigne », que l'invitation faite aux opposants était de « pure forme », qu'il n'avait jamais été fait usage de la faculté ainsi offerte, qu' « autrement, la prérogative de la couronne serait très sérieusement atteinte » et qu'on <( préservait l'Eglise d'un grand mal et d'un dangereux scandale, en ne permettant pas aux objections de se produire ». Un suprême effort auprès de l'archevêque de Canterbury, pour obtenir de lui une enquête ecclésiastique, n'eut pas plus de succès. Le primat se déclara « obligé, par sa charge, d'obéir à l'ordrtî de Sa Majesté », et, le 26 mars 1848, il procéda à la consécration de l'évêque imposé par lord John Russell.
Le plus grave, en cette aiïaire, n'était pas encore le plus ou moins d'orthodoxie du nouvel évêque, d'autant
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que, sur ce point, l'obscurité mémo de ses écrits permettait de discuter à perte de vue ; c'était la manifestation criante de l'absolue dépendance où se trouvait l'Kg-lise par rapport au pouvoir politique. Ne voyait-on pas, en efïet, les évèques choisis par le ministre suivant ses préférences ou ses antipathies de parti, et ces évèques, une fois nommés, réduits à n'être que les instruments du gouvernement, les meilleurs même habitués à considérer cette obéissance comme le premier devoir de leur fonction ' "i* Certes, rien n'était plus fait pour démontrer que D'église anglicane manquait des conditions que la conscience religieuse, mieux éclairée, commençait à juger essentielles à toute Kglise véritable. Les catholiques se rendaient compte de ce qu'une telle constatation avait de favorable pour eux, et M*-'"' Wiseman y insistait dans un article publié, en décembre 1847, par la Revue de Dublin.
Pusey souffrait du tort fait ainsi à son Eglise. C'était, disait-il, o le plus grand coup qui lui eût été porté depuis la sécession de Newman ». La conduite des évèques l'attristait et l'indignait. « Ils sont tous contre nous », écrivait-il. Leur défaillance lui paraissait bien plus fâcheuse que le choix fait par le ministre d'un Ilamp-
' L'un des mieux iutcntioniifs [laimices évèques, le IV Moberlj', disait un jour à un clerr/i/nian au(juel il se croyait obligé, en applii'ation des décisions de cours de justice, de faire des injonctions (|ue sa propre conscience napjirouvait pas: « Puissé-je nie conduire envers vous en évètiue ! Mais je ne le puis pas Je suis convaincu qu'il est impossible à un évêque anglican de désobéir à la loi, quoique le jour puisse venir où il aui'a à renoncer à son siège. » [L'Aine anr/licane, par M. Chapman, ministre anglican converti, traduit par le l». Ragey, p. 240, 241.)
LES MECOMPTRS DU PUSRYFSME 119
den. « Un acte de tyrannie, déclarail-il, ne nuit pas à rÉp^lise; il n'en est pas de même de la trahison de ses propres gardiens. » Il ne cachait pas les inquiétudes qu'il en concevait pour beaucoup d'àmcs, déjà hésitantes, mais il tenait à bien marquer que, quant à hii, sa fidélité n'en était pas ébranlée. « Je ne suis pas troublé, écrivait-il, parce que je n'ai jamais attaché aucune importance aux évêques. C'était peut-être la différence entre Newman et moi ; il s'appuyait sur les évêques, et ceux-ci lui ont manqué; je m'appuyais sur l'Ksflise anglaise et sur les Pères, considérés, audessous de Dieu, comme son soutien '. » Pusey n'expliquait pas, il est vrai, ce que pouvait être une Kglise ainsi considérée en dehors de ses chefs et de sa hiérarchie.
Keble, lui aussi, s'ap[)li([ua à rassurer ceux que les hérésies épiscopales faisaient douter de leur Eglise. Il leur rappelait que les formulaires condamnant ces hérésies subsistaient, malgré tout, comme la règle de l'Église ; puis il ajoutait :
Bien loin do se retirer parce que de telles doctrines sont malheureusement tolérées, c'est, pour chacun, une raison de plus de rester à. son poste et de faire de son mieux, comme il me semble qu'ont fait saint Basile et d'autres, avec les évêques semi-ariens de leur temps. Aussi longtemps que les formulaires de l'Eglise demeurent sans changement, je ne puis voir comment la tolérance de l'hérésie chez un évêque ou chez laulre, ou même dans tout l'épiscopat, peut être autre chos(; qu'une question de dis-
' l.iff ûf Pm^pi/. t. III. ir.l ,"i Ifi.").
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cipline, nou de doctrine, et Jo pensais qu'il avait (Hé toujours de l'ègle, depuis les jours de Donatus, que les questions de discipline affectent le bien-être et non l'êti'e de l'Église... Quant à l'érastianisme', plus j'y pense, plus je crois voir que nous sommes sur un meilleur terrain que nous n'avons été au moins depuis la Révolution, et si les gens veulent être maintenant patients et persévérants, nous avons toute chance de rendre ce terrain bon. Iâi seule cliose qui nous ruinerait serait l'impatience-.
Si les laits contredisaient Pusey quand il voulait prouver aux catholiques que l'Eglise anglicane n'était pas, par essence, entacliée d'hérésie protestante, ils ne lui apportaient pas un moindre démenti quand il défendait le puseyisme d'être un acheminement à Rome. Tels, entre plusieurs autres, les incidents qui se produisirent, en 1846 et 1847, à l'église de S. Saviour's, à I.eeds. Cette église avait été construite dans le quartier le plus populaire de cette ville industrielle, aux frais de Pusey qui n'y avait pas dépensé moins de six mille livres. Il s'était décidé à cette fondation, en 1839, lors de la mort de sa femme, pour expier, disait-il, les péchés qui lui avaient mérité cette grande douleur. Soucieux, du reste, de cacher sa libéralité, il s'était donné comme l'intermédiaire d'un bienfaiteur ano-
> On sait ([ue lÉrastianisme Otait la doctrine qui subordonnait l'Église à rÉtat. Le mot vient de Thomas Érastus f152:Mo8:i). théologien protestant rie Râle
-' John hefde. pnr Lock. ]•. loi à 153.
LKS MKCO.MPTES DU PUSEYISME 121
nyme qui demandait seulement à faire inscrire sur \o porche ces mots : « Vous qui entrez dans ce lieu saint, priez pour le pécheur qui l'a bâti. » La construction s'était poursuivie de 1839 à IHi.'i, non sans se ressentir de la crise que traversait alors le Mouvement d'Oxford. Le vicaire de Leeds, le révérend Ilook. d'abord très favorable à cette fondation, n'avait pas tardé à en concevoir quelques inquiétudes. Esprit généreux mais passionné, aussi prompt aux animosités qu'aux engouements, il était de cette école High chvrch qui, tout en ayant sympathisé à l'origine avec le tractarianisme, gardait de violentes préventions contre ce qui, de près ou de loin, sentait le papisme ; de là, l'esprit ombrageux avec lequel il avait surveillé tous les détails de la construction. L'évèque de Ripon, dont dépendait Leeds, n'était que trop disposé à s'associer à ces méfiances : ainsi avait-il interdit le vocable primitivement choisi de Holy cross ; il n'avait permis l'inscription du porclie que sur l'assurance donnée que le « pécheur » dont il y était question, vivait encore; il avait exigé qu'on substituât une table en bois à l'autel en pierre projeté ; enfin, il avait refusé l'usage d'un calice sur lequel Pusey, après la mort de sa fille, avait fait graver ces mots : Propilius esta, Du)nine, Lucise ' .
En dépit de ces petites difficultés, l'église était terminée à la fin de 1845; restait à en faire la consécration qui était fixée au 28 octobre, et, à l'occasion de
I l.i/e of l'iispi/. t. II. p. ifif. à 4RG.
122 LA RENAISSANCE CATHoMQT^E EN ANGI-ETERRE
laqiicllt', Pusi'v cl des hoiMiiirs plus ou moins engagés dans le Mouvement Iractai-ien, Kol)le, Marriott, Manning, Isaac Williams, Copeland, Richards, Dodsworth, CImrton, devaient prêcher toute une neuvaine de sermons. Iva sécession de Newman, survenant à ce moment, mit tout en question; Hook et son évoque, plus inquiets et plus nerveux que jamais, voulaient qu'on renonçât aux prédications ou tout au moins qu'on y fît <les déclarations nettement antiromaines. Parmi les prédicateurs annoncés, quelques-uns, découragés, se retirèrent d'eux-mêmes. Pusey, néanmoins, tint bon. Il fit observer qu'on ne pouvait supprimer les cérémonies projetées, sans confesser par cela même le désarroi de l'Kglise anglicane. Quant à une déclaration antiromaine, il s'y refusa absolument. « Je suis persuadé, écrivait-il à Hook, que notre Eglise n'aboutira à rien par des vues protestantes. » Et, après avoir montré la nécessité de s'appuyer sur la primitive Eglise non divisée, il ajoutait : « Dans la proportion où nous le ferons, je suis sûr que notre protestation contre Rome en sera atténuée, et que nous verrons qu'elle est catholique, en quelques points, au moins, oîi l'on nous a enseigné à la considérer comme non catholique. Mon désir est de traiter de la vérité positive, sans controverse, et de m'abandonner à Dieu pour ce qui en sortira '. » Hook céda devant la persistance de Pusey. Tout s'accomplit, dans les premiers jours de novembre, suivant le plan convenu. Durant neuf jours, dix-neuf sermons se suc-
I Life of Puse;/, t. II, p. 489. 490.
LES MECOMPTES DU PDSEYISME 123
cédèrent, où, les idées ang^lo-catholiques lurent prêchées, sans y mêler de controverse contre Rome. A la fin, seulement, les ecclésiastiques, réunis à cette occasion, signèi-ent une adresse à révê(|ue où, faisant allusion à la « détresse du moment >> et au « profond chagrin que leur causait le départ de ceux qui venaient de quitter leur communion », ils affirmaient leur i-t'solution de ne pas s'abandonner au « d(''eourag'ement », leur confiance (jue la main paternelle de Dieu serait toujours sur leur i^glise » et leur volonté de <■ se donner plus g-énéreusement aux devoirs auxquels il avait plu au Seigneur de les appeler dans cette portion de sa vigne ». De cette u semaine bénie », comme il l'appelait, Pusey sortit heureux et consolé. 11 se flattait d'apporter, dans sa chère église de S. Saviour's, une démonstration concrète et vivante de l'anglicanisme tel qu'il le rêvait, d'un anglicanisme qui revenait aux croyances et aux pratiques catholiques, sans se soumettre à Rome. Les révérends ^Yard, Mac-Mullen et quelques autres ecclésiastiques, appelés par lui à desservir cette église, se mirent aussitôt à l'œuvre, avec une grande ardeur et non sans succès. Mais leur enseignement doctrinal et le genre de vie religieuse qu'ils cherchaient à susciter, inquiétaient et irritaient les protestants. Des dénonciations furent adressées à l'évèque. Le vicaire de Leeds, Hook, toujours impétueux, reprocha violemment à Pusey d'avoir implanté, à f.,eeds une « colonie de papistes » qui venait y défaire son œuvre de dix années; il donnait même à entendre qu'il soupçonnait là je ne sais quel dessein de trahi-
I2i LA RENAISSANCK OATIIOT.IQrp: KX ANGÎ.RTERKE
son. Pusey répondit, avec une douceur attristée, ({u'il ne pouvait voir là, entre Hook et lui, qu'un « terrible malentendu » ; il rappelait que tout ce qu'il avait fait dans la détresse de la récente crise, il l'avait fait pour retenir dans l'Eglise les âmes tentées d'en sortir; et c'était lui (|u'on soupçonnait de traîtrise! il protestait humblement, mais fermement, contre cette injustice; il >-e refusait du reste à rien modifier à sa conduite, se portait garant que le clergé de S. Saviour's ne comptait que des serviteurs dévoués de l'Eglise d'Angleterre, et terminait en invitant son correspondant à s'unir à lui pour demander au Dieu de toute paix que cette affaire finît par la paix. Hook ne fut pas désarmé par ces déclarations. Ses lettres à Pusey se succédèrent, chaque jour plus alarmées, plus agressives. Il l'accusait de « jésuitisme » non, disait-il, qu'il le crût lui-même un jésuite, mais il le croyait « sous l'influence des Jésuites »; il le menaçait de faire un éclat, s'il ne mettait fin aux trahisons de la « colonie semi-papale » installée par lui au cœur de Leeds; menace d'autant plus sérieuse que l'évèque paraissait vouloir intervenir et prendre des mesures de rigueur. D'autre part, l'attitude du clergé de S. Saviour's n'était pas pour apaiser la querelle : échauffé par la lutte, poussé à bout par les attaques, il accentuait encore davantage, dans son enseignement et dans le culte de son église, tout ce qui effarouchait les protestants, et il ne craignait pas, en plus d'une circonstance, de prendre publiquement position contre le vicaire de Leeds. Malgré tout, Pusey, avec sa tran-
LES MECOMPTES DU PTSKVISME 125
quille obstination, rerusail de rien céder aux criailleries des mécontents, aussi bien qu'avec son optimisme un peu trop confiant, il persistait à affirmer la fidélité anglicane de ses collaborateurs. A toutes les plaintes, à toutes les récriminations, il répondait par un appel à l'esprit d'union, de charité et de paix, à l'obligation où étaient les membres d'une Eglise si divisée « d'avoir patience les uns avec les autres ' ».
Tandis que la controverse se prolongeait ainsi sans aboutir, la logique des situations et des idées agissait. Chez le membre le plus distingué de S. Saviour's, le révérend Mac-Mullen, l'évolution de la croyance fut précipitée par la violence même des attaques dont il était l'objet de la part des représentants de l'anglicanisme, et, dans les premiers jours de 1847, il passa à l'Eglise romaine, avec plusieurs laïques de sa paroisse; il ne faisait du reste que devancer la plupart de ses confrères de S. Saviour's qui devaient le suivre à intervalles plus ou moins éloignés. Ce fut avec une sorte de cri de triomphe que Hook s'empressa d'annoncer à Pusey que « Mac-Mullen et ses dupes s'en étaient allés rejoindre la Mère des Abominations », et il le mit en demeure de licencier ce qui restait d'un clergé si suspect -.
Le coup fut rude pour Pusey. « C'est un brisement de cœur, écrivait-il à un ami, mais on n'a pas à choisir son propre châtiment. » 11 sentait que l'édifice était à
' Sur cette correspondance de Hook et de Pusej', voyez Life of l'use;/, t. III, p. H2 à 128.
- Life of Pusey, t. III, p. 128.
t26 LA RENAlSSAiNCK CATHuLlyLi: KS ANGLETERRE
reltàlir entièrement, « après cet ouragan qui avait tout balayé ' ». Il ne voulut pas cependant abandonner son œuvre, ni renoncer à choisir lui-même, dans le même esprit, le nouveau curé de S. Saviour's. Seulement oii le trouver y Ceux à qui il s'adressa d'abord se dérobèrent; il lui fallut frapper à plusieurs portes. Quand, enfin, il réussit à trouver un candidat (|ui acceptait ce poste, il ne put lui remettre en main ([u'une œuvre absolument désorganisée et où tout était à recommencer. Il fallait s'attendre que les conversions de S. Saviour's fussent exploitées par les adversaires du Puseyisme. Ils n'y manquèrent pas et redoublèrent de violence. 11 n'était pas jusqu'aux amis de Pusey. dont plusieurs reculaient, tristes et inquiets, en doute, sinon sur sa loyauté, du moins sur sa prudence el sur sa clairvoyance, soig-neux, en tout cas, de ne pas se laisser trop compromettre en sa compagnie. Ceux là même qu'il croyait les plus proches de ses idées, lui tenaient un langage qui n'avait rien de consolant. Manning, qu'il avait appelé à son secours, lui répondait qu'il ne pouvait, en présence de de tels faits succédant à beaucoup d'autres, s'étonner de la méfiance croissante dont les hommes du Mouvement étaient l'objet. Sans aucun ménagement pour les illusions où Pusey se complaisait, il proclamait que '< la tendance directe et certaine de ce qui restait du Mouvement originaire, était vers l'Eglise romaine » ; il montrait <> combien faibles et fragmentaires étaient
1 Ll/e of Pusey, t. 111, p. 134.
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les raisons |)ar lesquelles les hommes de ce Mouvement avaient fait une halte sur la pente où ils se trouvaient, tout en continuant peut-ôtre insensiblement à la descendre »; il déclarait évident que ces « hommes étaient en train de réviser la Kéforme », <|ue « la doctrine, le rituel etla pratique de l'Eglise de l'Angleterre ne leur suflisaient pas ». « Tout cela me prouve, continuait-il, que les eaux ont outrepassé les bornes de l'Eglise d'Angleterre, telles (ju'eiles ont pu être établies à n'importe quelle époque depuis Henri VllI... Je ne dis pas cela à titre de reproche, mais en le déplorant. Comment l'aire pour y remédier, je ne prétends pas le dire. » Manning ne se trompait pas, quand il ajoutait en terminant : « Je crains que cette lettre n'ajoute encore au poids de vos tristes pensées; mais comment pouvoir nous en libérer ' ? o Si attaqué ou si délaissé qu'il fût, Pusey se refusait cependant à écouter ceux de ses amis qui, comme Gladstone, le pressaient de desarmer les préventions par quelque déclaration publique contre le romanisnie; il tenait toujours à garder ce qu'il appelait sa « neutralité » à l'égard de Rome, et il ne voulait pas acheter un retour de popularité par des « déclamations vagues » qu'il jugeait contraires à la justice, à la charité, à l'intérêt des âmes.
La persistance de Pusey à demeurer sur le terrain où il s'était placé, témoignait à la lois de son courage et de son aveuglement; il tenait aussi peu de compte
1 Life uf Fuseï/, t. III, p. 135.
lies clameurs hostiles que des legoiis données par les événements. Ce n'était pas qu'il se fît aucune illusion sur l'étendue des suspicions dont il était enveloppé. « Toute confiance en moi s'en est allée, écrivait-il à M. Gladstone ; je ne dis pas que cela n'a pas été mon t;iil; mais elle s'en est allée, excepté chez quelquesuns qui m'aiment, et elle est même ébranlée chez plusieurs de ceux-ci. Tout semble donc fait pour me détourner de chercher à faire quelque chose pour l'Eglise, je veux dire de chercher à agir sur elle dans son ensemble. Je me sens une personne suspecte; je ne vais à aucun rtieelincj^ je ne participe à aucune société; je ne pourrais que rendre suspecte la chose à laquelle je prendrais part. » Il déclarait se rabattre sur l'action individuelle qu'il se croyait appelé à exercer sur nombre d'àmes qui s'adressaient à lui : c'est le travail qu'il lui semblait que Dieu lui avait donné, en lui retirant l'autre ; il voulait s'y consacrer et espérait « en avoir fini avec les controverses qui avaient rempli jusqu'alors la plus grande partie de sa vie théologique, controverses au dedans ou au dehors de l'Église d'Angleterre » ; il se flattait maintenant de pouvoir « descendre en paix à son tombeau ». Du reste, s'il avait le « cœur brisé », il se défendait d'être abattu et découragé. « J'ai, disait-il, pleine foi dans l'Eglise d'Angleterre, même quand cette tempête est sur elle et qu'elle semble aller à la dérive, parce que personne ne peut et ne veut la guider. Malgré tout, « le vent et la tempête accomplissent la parole de « Dieu»; ils porteront cette Église où II veut la conduire, et porte-