‹ La Renaissance catholique en Angleterre au XIXe siècle (volume 4)Chapitre 3 sur 33 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

. Accueil fait aux convertis dans le monde catholique. Leur attitude. — II. Écrits dans lesquels les convertis expliquent leur changement. Newman et son Essai sur le développement de la Doctrine chrétienne. 11 publie un article sur un livre de Keble. Sa réserve vis-à-vis de ses anciens amis. Sa correspondance avec Pusey. — III. Que vont devenir les convertis ? Newman à Rome. 11 se décide à établir l'Oratoire en Angleterre. Faber et ses disciples se joignent à lui. — IV. Wiseman vicaire apostolique du district de Londres. Il y développe la vie catholique. Newman publie Loss and Gain. Grand effet de sa prédication. Son action sur les individus. Sa correspondance avec Allies et Hope.

La conversion de Newman et de ses compagnons, à la fin de 1845 et au commencement de 1846, était, pour le catholicisme en Angleterre, un gain tel qu'il n'en avait pas connu depuis la Réforme; mais elle était aussi un embarras. En général, quand l'Eglise acquiert de nouveaux fidèles, ce sont des hommes qu'elle est allée chercher, le plus souvent un à un, qu'elle a instruits, guidés, et qui se sont accoutumés peu à peu à 11.^ 4

devenir ses disciples. Ici, rien de pareil. Les convertis se sont formés eux-mêmes, sous l'action mystérieuse de la grâce divine; dans leur évolution tliéologique, aucune intluence des prêtres catholiques. De plus, ils arrivent en nombre, par une sorte d'afflux soudain, tout échauffés des controverses par lesquelles ils ont passé. Ils sortent d'une Eglise puissante et aristocratique et d'une Université fière de sa prééminence intellectuelle. Ils ont conscience de leur importance ; quelques-uns sont des esprits supérieurs, de ceux que Dieu a marqués pour guider les autres. Or la communion à laquelle ils se joignent, est, en Angleterre, petite, mal assise, affaiblie et humiliée par trois siècles d'oppression, résignée, semble-t-il, à n'occuper qu'une situation sociale subalterne, représentée par un clergé dont l'origine et la culture sont inférieures à celles des ministres anglicans. Dans ces conditions, n'est-il pas à craindre que les nouveaux venus n'entrent dans cette Église, en conquérants qui prétendent imposer leur influence, plutôt qu'en vaincus qui font leur soumission, et que, volontairement ou non, ils n'y fassent pénétrer des idées ou tout au moins des habitudes d'esprit se ressentant de leur formation protestante ?

Tels que nous connaissons les catholiques anglais de cette époque, avec ce que les siècles de persécution leur avaient laissé d'impressions craintives, de vues parfois étroites et routinières, ces inquiétudes devaient se présenter naturellement à leur esprit. Dès l'origine, ils avaient tenu en suspicion le Mouvement d'Oxford, quand ils ne l'avaient pas complètement ignoré Les

conversions qui en ont été le couronnement et qu'ils s'étaient refusés à espérer, ne leur ouvrent pas les yeux. Plusieurs sont même disposés à croire le danger plus grand, parce que Tennemi a pénétré dans la place. Il est des prêtres qui se félicitent, comme d'une heureuse chance, de n'avoir pas de convertis dans leur paroisse. Le prélat qui est alors à la tête du clergé catholique en Angleterre, M^"" Griffiths, vicaire apostolique du district de Londres, est le type de cette vieille école : de vie grave et digne, mais sans intelligence du mouvement contemporain, en méfiance de toute entreprise nouvelle, ne s'inquiétant que de garder religieusement les traditions des années de persécution et de préserver son petit troupeau des influences mauvaises du dehors; quand l'un des néophytes, M. Ward, se présente à lui, impatient de savoir quelle tâche sera proposée à son zèle, l'évêque se borne à lui dire : « Nous sommes heureux de vous souhaiter la bienvenue, monsieur Ward. Du reste, nous n'avons rien à vous donner à faire ^. »

Heureusement, il est, pour ouvrir largement leurs bras et surtout leur cœur aux nouveaux convertis, des catholiques à vues plus larges • tels des laïques î.cfluents comme lord Shrewsbury et M. Phillipps de Lisle, ou un saint religieux comme le P. Spencer; tel, par-dessus tous, M^' Wiseman qui, pour n'être encore que président du collège d'Oscott, n'en a pas moins une autorité de jour en jour plus considérable sur ses

> W. G. Wardatid the Catholic rev'wal,çà.t Wilfrid Ward, p. 8

coreligionnaires. Avec quelle émotion triomphante il salue, dans ces conversions sans précédent, la réalisation des espérances qu'il avait conçues dès le début, et auxquelles il était demeuré fidèle, en dépit de ceux qui les traitaient d'illusions ! C'est, à ses yeux, l'ouverture d'une ère nouvelle qui lui paraît pleine de promesses^.

Les convertis donnent, par leur attitude, raison à ceux qui se sont portés leurs garants. Tous, les plus illustres en tète, se montrent, dès la première heure, enfants humbles et soumis de l'Église dont ils ont reconnu la divine autorité. Ce n'est pas qu'ils y soient arrivés sans préventions et que tout ce qu'ils y trouvent, choses et hommes, convienne à leurs habitudes d'esprit. Longtemps, par exemple, ils seront gênés et humiliés de ce que le clergé catholique n'a pas la même éducation sociale, la même culture intellectuelle que le clergé anglican ; Ward, avec son habitude de tout dire, ne s'en cache pas, même dans ses conversations avec des protestants^. Du moins, Newman et ses amis sont-ils

1 Voyez un article publié dans la Revue de Dublin de décembre 1845. Vers la même époque, dans une sorte de Mémorandum écrit pour lui-même, M^"' Wiseman laissait voir tout ce que l'opposition des vieux catholiques contre les convertis éveillait en lui de sentiments amers et attristés. {Life of Wiseman, par Wilfrid Ward, 1, 447). — Je suis heureux d'annoncer aux lecteurs français, que M. labbé Gardon a publié chez LecoÛ're, une traduction bien faite de cette Vie de Wiseman.

2 « Les catholiques anglais, disait un jour M. Ward à M. Jowett, ne savent pas ce que c'est que l'éducation. Beaucoup d'entre eux ne peuvent écrire l'anglais. Quand l'un d'eux entre en controverse avec un protestant, c'est un barbare se rencontrant avec un homme civilisé.» {W. G. Ward and the Çatholic revival, p. 'ÎS.)

profondément touchés de ce qu'ils découvrent, chez les membres de ce clergé, de foi profonde, de désintéressement, d'esprit de dévouement et de sacrifice. Ils sont, notamment, tout surpris de les trouver simples, droits, ouverts, sans trace de cette hypocrisie onctueuse et rusée qu'on leur avait appris à considérer comme la marque de tout prêtre romain^. Ce qui les aide plus encore à prendre leur parti de manières d'être qui peuvent, au premier abord, les effaroucher chez quelques-uns de leurs nouveaxix coreligionnaires, ce qui les console aussi des sacrifices parfois cruels qu'il leur a fallu accomplir, — brisement de carrière, ruine financière, rupture avec leurs familles et leurs amis, — c'est la paix intérieure dont ils jouissent. Dans les longues angoisses des années précédentes, aux heures où ils se sentaient le plus attirés vers le catholicisme, ils se demandaient avec terreur, si le pas fait, ils ne découvriraient pas qu'ils s'étaient trompés. Tant de fois déjà, ils avaient dû reconnaître la fragilité des idées sur lesquelles ils s'étaient appuyés ! Eh bien, au témoignage de tous, la conversion accomplie, ils se sentent pleinement heureux; c'est la lumière, après tant d'obscurité; le repos, après tant d'agitation. Un protestant qui les observe alors, ne peut s'empêcher de constater

• « Lorsque je suis devenu catholique, a écrit plus tard Newman dans son Apologia, rien ne m'a plus frappé, dès le premier abord, que la manière d'être tout anglaise et la franchise des prêtres catholiques. Elle était la même à Oscott, à Old Hall Green et à Ushaw; elle n'avait rien de ce caractère doucereux ou affecté qu'on leur impute d'ordinaire. Ils étaient plus naturels et moins affectés que beaucoup de ministres anglicans. »

avec quelle sécurité les convertis se sentent sous une véritable autorité religieuse, la joie qui les inonde à la pensée qu'ils font désormais partie du u tout de la chrétienté^ ». Plus tard, Newman comparait ce qu'il avait alors éprouvé, au sentiment « du voyageur qui entre au port après la tempête », et il ajoutait : « Du jour où je suis devenu catholique..., j'ai été dans une paix et un contentement parfaits. Je n'ai jamais éprouvé un seul doute 2. » Faber écrivait, au lendemain même de son abjuration : « Une nouvelle lumière semble répandue sur toutes choses et plus spécialement sur ma position passée, une lumière si claire qu'elle me surprend, et, bien que je n'aie plus ni home ni situation et que mes perspectives mondaines soient faites pour me troubler, j'éprouve un tel repos de conscience que cela fait plus que compenser le rude combat qui a commencé mardi et n'a fini que le lundi suivant. » Et après avoir dicté une autre lettre que la maladie Tempêchait d'écrire lui-même, il ajoutait, de sa main, ces mots : « Paix, paix, paix^ ! »

Plusieurs des convertis se font un devoir de donner des explications publiques à leurs anciens coreli-

1 Lettre de F. D. Maurice, de janvier 184G. {Life of F. D. Maurice, par Fred. Maurice, 1. 1, p. ■iSS.)

2 Apologia, 5° partie.

3 Life and LettersofF. W. Faher,^ax J.-E.Bowden, p. 239,240.

gionnaires. Dès août 1845, Ward a donné l'exemple, en faisant circuler, parmi ses amis protestants, une lettre où, avec ses formes accoutumées de dialectique, il présente son abjuration comme la conséquence logique des idées qu'il a toujours soutenues. Dans les derniers mois de cette même année, Oakeley publie une lettre où, après avoir rappelé qu'il s'était longtemps flatté de concilier les deux systèmes anglican et romain, il déclare avoir enfin reconnu qu'essayer d'infuser l'esprit romain dans le corps anglican, c'était mettre le vin nouveau dans les vieilles outres, et que l'effet était de rompre les outres et de répandre le vin. A la même époque, un autre converti, Marshall, expose « les vingt-deux raisons » qu'il a eues « d'entrer dans l'Eglise catholique ». Peu après, c'est Faber qui, sous forme d'une lettre à un ami, démontre l'inanité des raisons que certains esprits allèguent pour demeurer dans l'anglicanisme, et repousse, en passant, le reproche adressé aux convertis de s'être montrés ingrats envers leur ancienne Eglise. Dans l'ardeur de leur zèle, quelques-uns de ces néopliytes engagent des polémiques dont le ton n'est pas toujours fait pour gagner ceux à qui ils s'adressent. La conscience qu'ils ont d'avoir trouvé la vérité, donne à leur parole une exaltation qui semble mêlée de quelque orgueil. Aux anciens amis qui ne les ont pas suivis, ils témoignent une compassion dédaigneuse, appuyant durement sur les points faibles de l'anglicanisme, sur l'inconséquence de ceux qui prétendent le catholiciser : tel, par exemple, un article où Oakeley prend à parti Pusey, sans les mena-

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gements que semblaient commander et le caractère du personnage et leurs anciens rapports ^ Les catholiques éclairés ne tardent pas à s'apercevoir de la faute ainsi commise; en janvier 1847, l'un des convertis, J.-B. Morris, publie, dans la Revue de Dublin^ un article sur « les raisons qui commandent l'indulgence à l'égard de quelques-uns de ceux qui ne se sont pas encore convertis » ; il y blâme l'âpreté de certaines brochures : « Que savons-nous de l'état de ces âmes? dit-il. Nous avons, non le droit de les juger, mais le devoir de prier pour elles. »

Le plus illustre de ces convertis, Newman, semble, à cette première heure, avoir aussi peu de goût à entretenir de soi le public qu'à batailler avec ses anciens amis. Il croyait s'être suffisamment expliqué, en publiant, au moment même de son abjuration, cet Essai sur le développement de la Doctrine chrétienne^ auquel il travaillait depuis deux années et dont la composition même avait déterminé progressivement sa conviction : livre extraordinaire qui se trouvait apporter à l'Eglise catholique, en dehors de laquelle il avait été écrit, un système nouveau d'apologétique, le plus efficace qu'elle pût opposer aux attaques modernes. L'effet en fut considérable. La première édition fut enlevée aussitôt que parue. Un ministre anglican, qui devait, cinq ans plus tard, se faire catholique, a raconté avec quelle curiosité impatiente lui et beaucoup d'autres avaient attendu ce livre, où ils

* Revue de Ditllin, de mars 1846.

comptaient trouver la direction et la lumière dont ils sentaient le besoin ; ainsi écrivait-il, dans son journal, à la date du 27 novembre 1845 : « Venu à Oxford pour acheter le livre de J. H. N., si anxieusement attendu, avec un mélange de sentiments contraires : amour, crainte, curiosité ; retourné le soir avec mon trésor ^ » Les fidèles de l'Église établie n'étaient pas les derniers à saisir l'importance, redoutable pour eux, de ce livre ; Gladstone pressait ses amis théologiens d'y répondre; mais la tâche leur paraissait malaisée; ils étaient désorientés par une thèse si nouvelle, et tel qui, comme Manning, entreprenait une réfutation, ne tardait pas à y renoncer.

Si désireux que fût Newman de ne pas se mêler aux polémiques, il ne put refuser à Wiseman, qui l'en pressait vivement, d'écrire un article pour la Revue de Buhlin. Il prit pour sujet un volume de poésies pieuses, récemment publié par son ancien ami Keble, Lyra innocentium, sorte de complément du Christian Year. Dans cet article, publié en juin 1846, rien des âpretés indiscrètes qui ont choqué sous d'autres plumes. Si l'auteur fait, au début, une courte allusion aux polémiques du moment, aux attaques dirigées contre les convertis et dont il se félicite de ne trouver aucune trace dans le livre de Keble, c'est avec une réserve fière et attristée. « Nous ne sommes pas ici demandant merci, écrit-il; nous réclamons la justice que doit à tous la loyauté anglaise. Nous avons droit d'attendre, mais nous ne

1 A Life's décision, par T. W. Allies, p. TÛ.

rencontrons pas, sur la conduite des convertis, ce jugement réfléchi, compatissant, large, qui, au lieu de s'arrêter à quelques faits isolés, considère cette conduite dans son ensemble, s'attache au bien qui en est le caractère général, en laissant dans l'ombre les fautes accidentelles. » Quant aux sentiments qui ont inspiré à ses anciens amis, demeurés protestants, leurs censures contre les convertis, il y voit une conséquence nécessaire de leur position. Quand, dit-il en substance, des hommes instruits, de vie sans reproche, font de grands sacrifices, abandonnent leur position dans la société, leurs amis, leurs moyens de vivre, pour se joindre à une autre communion, c'est un fort argument en faveur de cette communion, surtout pour ceux qui étaient unis à ces hommes par des liens d'amitié et de gratitude ; dès lors, pour contrebalancer l'effet de cet exemple, il fallait trouver quelque chose de fautif dans le mode par lequel ces hommes s'étaient détachés de leur communion. « Bons amis, s'écrie alors Newman, vous n'avez pas à chercher loin; Habetis confilentem reum. Il plaide coupable. Dans le cours de sa conversion, il a eu à lutter avec l'incertitude d'esprit, avec les devoirs d'une position actuelle, avec le soupçon que cette position était intenable, avec l'anxiété de remplir des devoirs multiples et de concilier ceux qui étaient contradictoires. Il n'est pas parfait. Souhaitons à ceux qui ont parlé ou écrit durement des récents convertis, qu'on leur applique, au grand jour du jugement, une mesure plus douce que celle dont ils ont usé dans ce cas. » N'entrevoit-on pas là un peu de l'accent de cette Apolo-

gia que Newman ne devait se décider à écrire que dixsept ans plus tard? Mais il n'insiste pas; ces courtes paroles dites, il laisse toute polémique et se complaît à louer le livre de Keble, les sentiments dont il s'inspire, à mettre notamment en lumière plus d'un passade touchant sur la Vierge Marie. 11 ne méconnaît pas, sans doute, que Keble, par son exemple personnel, par la vertu même de ses poèmes, a été d'un grand secours à l'Eglise anglicane; qu'il a fait pour elle ce que personne autre n'eût pu faire, qu'il l'a rendue poétique; qu'il lui a donné l'apparence de ce dont l'Église catholique possède seule la réalité ; mais Newman croit que cet effet n'aura qu'un temps et que le résultat final sera le catholicisme. « Un tel livre, déclare-t-il, est la preuve évidente que ce qui est appelé le Mouvement, dans l'Eglise anglicane, n'est pas à sa fin. Nous ne disons pas qu'il va s'étendre, qu'il s'établira d'une façon permanente dans la communion où il est \\(\ qu'il provoquera ou non une réaction protestante... Nous ne sommes point prophète. Encore moins nous hasardons-nous à prédire la destinée des individus engagés dans ce Mouvement... Nous voulons dire seulement, qu'il y a beaucoup à attendre des opinions qui ont naguère trouvé un tel accueil dans l'Église d'Angleterre, car ces opinions sont encore vivantes dans son sein. »

En même temps qu'il se refuse, en public, à toute polémique irritante, Newman est singulièrement réservé dans ses relations privées avec ses anciens amis et disciples, demeurés anglicans. On a déjà eu

occasion de noter son respect scrupuleux de l'indépendance de chaque conscience. S'étant converti à lui seul, par l'action de la grâce, et n'ayant jamais supporté qu'avec impatience les interventions extérieures, il lui semble qu'il doit en être ainsi pour les autres ^ Il a eu la grande douleur de ne pas se voir suivi par ceux qui lui tiennent de plus près au cœur, par les membres de sa famille, par ses frères, ses sœurs, par ses amis les plus anciens et les plus intimes, Keble, Pusey, Church, Marriott, Rogers, etc. Sur ces âmes qui lui ont été si proches, il se défend d'exercer aucune pression. A Pusey seul, il ne peut s'empêcher de laisser voir son désir, mais avec quelle délicatesse et quelle discrétion ! Ses premières rencontres avec lui, après sa conversion, n'avaient pas été sans quelque gêne, et il en avait conclu lui-même tristement qu'il valait mieux ne plus se voir^. Peu après, cependant, le 26 février 1846, en réponse à un mot de Pusey, il lui écrit :

Merci de votre mot affectueux. Je veux seulement dire que je ne puis concevoir et que je ne concevrai jamais que celui qui est le sujet de tant de prières, maintenant offertes pour vous, depuis Rome jusqu'à l'Angleterre et

* Newman se reprochera même, quelques années plus tard, d'avoir peut-être poussé trop loin cette réserve. «Ma grande tentation, écrira-t-il le 20 novembre 1830, est de demeurer en paix, de laisser les choses aller comme elles veulent, et de ne pas me troubler pour les autres. » {Memoin of J. R. Hope Scott, t. Il, p. 67.)

2 Voy. la première partie de la Renaissance catholique en Angleterre au XIX' siècle, p. 324, 325.

Constantinople, doive demeurer, jusqu'à la fin, où vous êtes. Et je suis confirmé dans cette attente, en observant combien vous avez changé vos vues, d'année en année. Je crois qu'on trouverait dilHcilement une année que vous ayez finie, en ayant de l'Église romaine la même vue que celle avec laquelle vous l'aviez commencée. Et chacun de ces changements vous a rapproché de cette religion.

Puis, après s'être défendu d'être impatient du retard apporté à la conclusion finale, « car Dieu, dit-il, a son bon temps pour chaque chose », il ajoute :

Ce qui me rend anxieux, c'est d'apprendre qu'en dépit de votre évident rapprochement du système romain, vous agissez contre lui d'une façon hostile, et que vous retenez les âmes dans un système que vous ne pouvez formuler, à ce qu'il me paraît, ni fonder sur aucune autorité autre que la vôtre. Excusez cette liberté et ne vous attristez pas de ce que je vous dis. Je suis dans une maison où le Christ est toujours présent, comme il l'était au milieu de ses disciples, et où l'on peut aller, à tout moment, dans la journée, se fortifier auprès de lui. C'est peut-être cette pensée qui me rend hardi et pressant.

Pusey tarde à répondre ; quinze jours plus tard seulement, il termine ainsi une lettre où il donne des nouvelles d'un ami malade : « Merci de votre mot très affectueux. J'ai beaucoup réfléchi sur moi-même, à propos de certaines questions ; mais je n'ai pas le temps de vous l'expliquer maintenant. Et puis une explication ne pourrait que vous faire de la peine. » Une telle réponse n'était pas faite pour encourager Newman; cependant il saisit l'occasion des fêtes de Pâques pour écrire, le 15 avril, à son ami : « Je n'aimerais pas que

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Pâques se passât sans que vous ayez de moi un mot vous asà'ûiani tjue je VOUS aime et que je pense constamment à vous. )) Pusey ne répond pas. Newman attend jusqu'au 11 juillet, pour lui écrire de nouveau ; i.' est chargé de lui annoncer la conversion d'une de ses amies ; il s'en excuse en commençant : « Je désirerais qu'il ne fût pas dans mon lot de vous écrire des lettres qui chagrinent votre bon cœur. 11 n'en sera pas toujours ainsi, je dois l'espérer. Nos chagrins présents sont l'acheminement nécessaire à une fin joyeuse. » Cette fois, Pusey croit devoir ne laisser aucune illusion à son ami ; il lui répond :

Je ne vous ai pas écrit plus tôt, en partie parce que j'étais surchargé d'ouvrage..., en partie parce que je sentais ne pouvoir à peine rien écrire qui ne vous fit de la peine. Car vous n'avez qu'un désir pour moi, et je ne suis pas plus près de cela qu'auparavant. Je ne puis me refaire. Je ne puis voir autrement que je n'ai vu dans beaucoup d'années. J'en suis venu à penser différemment sur quelques détails; mais, sur le point d'où tout dépend, je ne suis pas plus près de penser que l'Église anglicane ne fait pas vraiment partie de l'Église... Ainsi je dois aller de l'avant, me réjouissant des signes d'une vie plus profonde parmi nous, m'attristant de nos pertes, m'étonnant que Dieu tout-puissant puisse m'employer à quelque chose.

Plus loin, à propos du séjour que Newman va faire à Rome, il ajoute : « J'ai foi que tout ira bien, en quelque endroit que vous soyez, bien que je ne voie pas comment ; et tout, passé et présent, est pour moi un grand mystère sur lequel je soupire. » Il termine

ainsi : « La tête me tourne à moitié, avec toutes les pensées du passé, en vous écrivant, à vous, une letti'e comme celle-ci. Que Dieu soit toujours avec vous ! » Quinze jours plus tard, il tombe dangereusement malade à Tenby; de son lit, il écrit au crayon à Newman : « Vous prierez instamment Dieu d'avoir pitié de mon corps et de mon âme, d'épargner un pécheur et de lui donner un vrai repentir de ses fautes. » Newman, très ému de cette nouvelle, accourt auprès de son ami qu'il ne veut pas laisser mourir sans le revoir. De cette entrevue, on ne sait rien, sinon que le malade en a été remué. Il ne tarde pas à se remettre, mais pour se trouver plus définitivement que jamais séparé de Newman. Désormais, entre les deux anciens amis, les rapports cessent; ils ne se renoueront pas avant sept ans * . Newman a fini par se rendre compte qu'avec la nature d'esprit un peu immobile de Pusey, avec son absence de toute perplexité intellectuelle, avec sa confiance obstinément tranquille dans la situation où il se croit placé par la Providence, avec son inaptitude à mettre en doute ce dont une fois il a fait le fondement de sa vie morale, aucune chance ne reste de l'amener au catholicisme, si proche qu'il paraisse en être. Faisant allusion, un jour, à ce jeu d'enfants où l'on fait chercher un objet caché, il dira de Pusey « qu'il avait cette particularité de ne jamais savoir

1 Sur ces rapports entre Pusey et Newman, voy. Life of E. D. Pusey, par Liddon, t. 11,508 à ol2.

quand il brûlait < », et, dans VApologia, il confessera n'avoir jamais vu, chez son ami, la moindre tendance à faire ce qu'il avait fait lui-même.

Un difficile problème se posait devant les convertis. Quelle allait être leur nouvelle existence? Ils avaient entièrement brisé avec leur passé ; liens de famille, situation sociale, ils avaient tout sacrifié ; ceux qui étaient dans les ordres avaient perdu le bénéfice dont ils vivaient. Où aller, oii trouver un nouveau foyer, une nouvelle situation, et parfois même le gagne-pain indispensable ? Plusieurs de ceux qui n'étaient pas mariés désiraient retrouver, dans la véritable Église, ce titre de prêtre auquel ils avaient toujours aspiré et qu'ils avaient, pendant un temps, cru posséder comme ministres anglicans. Impossible de les admettre au sacerdoce sans une préparation préalable, et cependant n'était-il pas évident qu'il ne pouvait être question de les mettre au régime normal des jeunes séminaristes?

Wiseman est très en sollicitude sur tous ces points. Il en entretient ses amis et leur signale la nécessité d'assister, au moins temporairement, ceux qui ont tout

1 Recollections, par M. Aubrey de Vere {Nineleenth Centunj, septembre 1896).

perdu par amour de la vérité'. 11 tâche de garder sous sa main l'élite destinée au sacerdoce. A Newmau et à ses huit ou neuf compagnons, ceux qu'on appelle les Littlemorians ^ il offre tout d'abord un asile dans une dépendance de son collège d'Oscott, appelée Old Oscott et, bientôt après, baptisée Maryvale par ses nouveaux habitants. Newman y transporte la bibliothèque théologique de trois mille volumes qu'il a achetée, quelques années auparavant, avec le produit de la vente du tract 90. Toutefois, il ne s'enferme pas dans cette retraite. Wiseman, qui désire lui faire connaître ses nouveaux coreligionnaires et aussi l'en faire connaître, l'engage à visiter les principaux centres de vie catholique en Angleterre, notamment les collèges ou séminaires de Old Hall, Prior Parle, Ushaw, Stonyhurst. Newman s'y prête docilement, prend en bonne part tout ce qu'il voit, charme chacun par son affabilité, par sa piété, par son esprit catholique. « Vous ne sauriez croire, écrit Wiseman, combien Newman est maintenant joyeux, combien il se sent ai home chez nous... 11 sera bientôt connu de tous les membres du clergé et deviendra populaire parmi eux. » Et, peu après, auand l'expérience est plus complète : « Partout, chai^dn est enchanté de lui; de son côté, il désire visiblement se jeter complètement dans le corps catholique et devenir l'un de nous. » Plus tard encore, il ajoute au sujet de la vie menée à Maryvale : « Vous serez enchanté de Maryvale. Nous avons

• Cf. lettre à M. Walker de Scarborough, fin de 1845. {Life oj Wiseman, t. I, p. 444).

iS LA RENAISSANCE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE

commencé là sérieusement notre théologie. Tous les amis de M. Newman sont charmés de son enjouement et de son amabilité qui semblent croître de jour en jour'. »

Wiseman comprend de quel intérêt il est de ne pas disperser le petit groupe formé autour de Newman, Sur l'œuvre à lui proposer, il hésite entre deux partis : ou bien fonder, en Angleterre, un Oratoire sur le modèle de celui de saint Philippe de Néri, ou y établir un collège théologique. Seulement, dans les deux cas, pour mettre Newman à même de dominer les préventions des anciens catholiques, il juge nécessaire de lui faire préalablement donner l'estampille romaine; aussi Tengage-t-il à se rendre à Rome, pour y compléter sa préparation aux saints ordres. Toujours docile, Newman se met en route pour l'Italie, à la fin de septembre 1846; il a avec lui le plus cher et le plus fidèle de ses jeunes compagnons, Ambrose Saint-John. La traversée de Paris lui est une occasion de faire la connaissance de quelques catholiques éminents qu'il remercie des prières faites pour sa conversion. 11 arrive à Rome, le 28 octobre, au début du pontificat de Pie IX. Descendu au Collège de la Propagande, il y mène la vie du plus humble des étudiants : réponse à ceux qui, pour jeter du doute sur le désintéressement de sa conversion, prétendaient qu'il se rendait à Rome pour y recevoir la pourpre. Le temps de formation, requis d'ordinaire pour la réception des saints ordres, est

1 Life of Wiseman, t. I, p. 443, 446.

abrégé pour lui, et, au printemps de 1847, il est ordonné prêtre \

Tout en poursuivant ses études, Newman a examiné les deux partis que lui a suggérés Wiseman, l'Oratoire ou le Collège théologique. Il n'a pas tardé à se rendre compte qu'à Rome on ne verrait pas, sans quelque ombrage, un enseignement théologique aux mains de convertis si récents ; l'idée de l'Oratoire y est, au contraire, très favorablement accueillie; Newman, d'ailleurs, a vivement goûté la figure de saint Pliilippe de Néri, et son institut lui paraît approprié aux besoins actuels de l'Angleterre. Sur tous ces points, il est en correspondance fréquente avec Wiseman 2 ; il se donne comme son collaborateur et l'exécuteur de ses desseins. « Je crois pouvoir dire, lui écrit-il, que vous n'aurez jamais à vous repentir de la confiance que vous m'avez témoignée, et vous ne me trouverez jamais autrement que très désireux de travailler de mon mieux au succès des grandes entreprises dont Votre Seigneurie est, en Angleterre, le

1 A propos de la prêtrise de Newman, il courait, parmi certains anglicans, d'étranges histoires qui donnent la mesure de leur état d'esprit. On prétendait que Newman avait été ordonné prêtre catholique romain, dès 1833, lors de la visite qu'en compagnie de Froude, il fit alors, à Rome, au D' Wiseman, et qu'il avait été autorisé à tenir cette ordination secrète pendant douze ans, afin de pouvoir plus sûrement débaucher les fidèles de l'Église établie. Ce conte absurde, publié, en 1866, par un certain M. Collette, a trouvé encore un certain écho dans le livre tout récent d'un écrivain fort en crédit dans le monde evangelical. {Hislory of Ihe Romevard Movemenf, par M. Walsh, p. 261, 202.)

2 Life of Wiseman, t. 1, p. 451 ù 404.

chef, OU mieux le seul promoteur. » Et plus loin : « Je me suis toujours dit que je ne pouvais rien faire sans avoir Rome de mon côté. Il y a tant de discordes, de jalousies en Angleterre, que je ne puis avancer, sans avoir cet appui pour me porter. C'est là ce qui porte Votre Seigneurie. Je vois ici que presque personne n'est regardé comme faisant quelque chose en Angleterre, en dehors de ceux qui vous sont attachés <. »

En juin 1847, sur l'ordre du Pape, Newman quitte la Propagande et va s'installer au couvent de Santa Croce, où il doit, avec ceux qui s'associent à son dessein, se préparer à la vie oratorienne, sous la direction d'un enfant de saint Philippe de Néri, le P. Rossi. 11 y est rejoint par quelques autres convertis, entre autres, par un de ses anciens amis d'Oxford, Dalgairns, qui vient de passer plus d'un an à Langres, et qui y a reçu les saints ordres. Dans les derniers jours de 1847, la formation est jugée suffisante ; Newman quitte Rome avec ses compagnons et, précédé par des lettres apostoliques qui louent son entreprise, il débarque en Angleterre et fonde, à Birmingham, la première maison de l'Oratoire.

La nouvelle congrégation rencontre tout de suite, auprès de cette ville, un groupe important de recrues. En se convertissant peu après Newman, Faber avait amené, avec lui, à l'Église romaine, plusieurs de ses paroissiens, habitués, depuis quelque temps déjà, à mener, sous sa conduite, une vie de prière et de mor-

1 Life of Wiseman, t. I, p. 456.

tification. Réfugiés à Birmingham, sans ressources, ils s'y étaient trouvés former, dès le mois de décembre 1845, une sorte de communauté dont Faber était le supérieur. Singulier couvent qui ne contenait que des convertis de la veille, encore laïques, sans expérience aucune de la vie monastique, mais où régnaient la ferveur, l'enthousiasme, l'esprit de sacrifice et de pauvreté. Bien vu de l'évêque et de quelques prêtres éclairés, il était tenu en suspicion par d'autres membres du vieux clergé catholique. Au retour d'un voyage que Faber fit en France et en Italie, de février à mai 1846, et où il eut occasion de s'initier davantage à la vie catholique, la jeune communauté, fortifiée par las encouragements apportés de Rome, s'organisa plus régulièrement. Ses membres, connus sous le nom de « Frères de la Volonté de Dieu » ou plus communément de « Wilfridiens »% se distinguaient en Frères de chœur qui se destinaient à la.prètrise, et en Frères lais. En septembre 1846, ils quittèrent Birmingham, pour s'établir plus au large dans le domaine de Cotton Hall, dont lord Shrewsbury leur avait généreusement fait don. Six mois, d'octobre 1846 à avril 1847, suffirent à Faber pour franchir tous les degrés de la cléricalure, depuis les ordres mineurs jusqu'à la prêtrise. Quelquesuns de ses compagnons le suivaient dans cette voie, d'un pas un peu moins rapide. Tous, prêtres ou simples frères, se dévouaient à évangéliser la popula-

1 Faber avait pris pour l'un des patrons de sa communauté saint Wilfrid, dont il avait écrit la vie, alors qu'il était encore anglican.

22 l.A RENAISSANCE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE

tion du voisinage et se félicitaient, après quelques mois d'apostolat, d'en avoir ramené une bonne partie au catholicisme. Ce fut alors qu'apprenant le retour de Newman en Angleterre et la fondation de TOratoire de Birmingham, Faber se sentit inspiré de se joindre à lui avec sa communauté. L'offre fut acceptée. Faber sacrifia de grand cœur son autorité de supérieur et son amour-propre de fondateur, pour redevenir simple novice. « Depuis mon admission, écrivait-il le 17 février 1848, il me semble que je n'ai plus d'attachement à rien, si ce n'esta l'obéissance; je pourrais danser et chanter tout le jour, tant je suis joyeux^. » Six mois après, sa formation était jugée à ce point complète qu'il était nommé maître des novices. L'adjonction de Faber et de ses compagnons donna une grande impulsion à la nouvelle congrégation. Dès le mois d'août 1848, elle comptait plus de quarante membres, dont dix prêtres. Les postulants lui arrivaient en nombre, la vie spirituelle y était intense et l'apostolat s'y exerçait actif et efficace. Faber pouvait écrire : « L'Oratoire est extrêmement florissant. »

Tous les convertis de marque n'étaient cependant pas avec Newman. Oakeley, résolu à prendre rang dans le clergé séculier, s'était retiré, aussitôt après sa conversion, au collège Saint-Edmund, principal séminaire de l'Angleterre, pour s'y préparer à la prêtrise. Ward, auquel son mariage ne permettait pas d'aspirer au sacerdoce, ne s'en installa pas moins à la porte de

1 Life and Letlers ofF. W. Faber, p. 337

ce même collège, menant avec sa femme une sorte de vie conventuelle, assidu à tous les offices dont il goûtait fort la beauté liturgique, absorbé par l'étude de la théologie scolastique, plein d'ardeur pour la conversion de l'Angleterre, souffrant peut-être, après avoir été si ardemment mêlé aux controverses d'Oxford, de ne pas trouver d'emploi à son activité, mais jouissant de la vérité enfin possédée et y gagnant de vivre dans une grande paix, ce qui faisait dire, un an plus tard, à son ami Oak?ley : « La façon dont l'Eglise catholique s'est assimilé nous autres convertis, est, par elle-même, une preuve de sa divinité. Considérez ce que doit être une Église qui a pu dompter et maintenir dans l'ordre deux hommes comme Ward et moi-même. Pas n'est besoin d'une meilleure preuve <. » D'autres convertis, après plus ou moins de tâtonnements, entrèrent dans diverses congrégations religieuses : Lockhart se fît rosminien; Coffîn, rédemptoriste ; Tickell, Purbrick et Ghristie, jésuites.

Pendant que ces néophytes cherchaient ainsi leur voie et se préparaient à l'action, leur principal protecteur, Wiseman, voyait sa situation grandir. En août 1847, il succédait à M^'' Griffilh comme pro-vicaire apostolique du district de Londres, en attendant d'être nommé,

• W. G. Ward and Ihe Oxford Movement, par Wilfrid Ward, p. 368.

deux ans plus tard, vicaire en titre, à la mort d© M^' Walsh. Devenu ainsi le personnage le plus considérable de rÉgiise catholique en Angleterre, il s'appliqua à y réveiller le zèle un peu endormi. Ce n'était pas sans se heurter à plus d'une résistance. Beaucoup de membres de l'ancien clergé ne s'étaient pas encore défaits de la timidité passive et inerte à laquelle les avaient habitués des siècles de persécution ; ils étaient en outre plus ou moins imbus de cet esprit de particularisme et d'indépendance à l'égard de la Papauté, qui, au xviu® siècle et au commencement du xix®, avait produit en Angleterre quelque chose d'analogue à notre gallicanisme. Autant de raisons de s'effaroucher de la hardiesse avec laquelle le nouveau vicaire apostolique prétendait ranimer le culte public et rétablir les manifestations oubliées de la piété catholique; ils se méfiaient de son romanisme et lui reprochaient de vouloir introduire en Angleterre une religion italienne qui répugnait au tempérament national. Wiseman lutta victorieusement contre ce vieil esprit. L'un de ses moyens d'action fut de provoquer le rétablissement des congrégations religieuses, depuis longtemps détruites outre Manche; deux ans lui suffirent pour en introduire dix dans son diocèse. Sous cette impulsion, le catholicisme anglais sortit de sa torpeur et de son effacement. En juillet 1848, l'inauguration de l'église Saint-Georges à Southwark, la plus grande que les catholiques eussent édifiée à Londres depuis la Réforme, témoigna, par son éclat même et son retentissement, du progrès accompli : deux cent quarante prêtres, quatorze

évêques, dont plusieurs étrangers, les représentants de nombreux ordres religieux prirent part à cette cérémonie qui frappa jusqu'au public protestant.

Les convertis furent, dans ce réveil de la vie catholique, les auxiliaires très appréciés du vicaire apostolique. Oakeley, entré dans le clergé paroissial, y commençait un apostolat efficace et publiait, dès 1848, un premier volume de sermons. En cette même année, Newman et Faber étaient appelés à prêcher une mission à Londres. Wiseman eût désiré qu'au moment où il s'établissait lui-même dans cette ville, l'Oratoire y fût transféré ; Newman jugea plus sage de demeurer à Birmingham ; toutefois la fondation, désirée par le vicaire apostolique, n'était que différée ; en 1850, quand le nombre des Oratoriens se sera accru, un essaim, conduit par le P. Faber, viendra fonder la maison de Londres.

D'ailleurs, si Newman refusait de quitter Birmingham, son action n'était pas pour cela confinée dans cette ville; par ses écrits, il l'exerçait sur toute l'Angleterre. Loss and Gain qu'il publia en 1848, excita tout de suite une vive curiosité : il y mettait en scène un jeune universitaire d'Oxford, anglican d'origine, qui, après s'être longtemps débattu, se faisait catholique par besoin d'une autorité qui fixât la foi au milieu de tant de contradictions, par besoin aussi d'une religion qui pratiquât l'ascétisme et la pénitence. Ce n'était pas une autobiograpliie, et l'auteur lui-même protestait que son livre « n'était pas fondé sur un fait ». Néanmoins, dans la peinture vi-

20 LA RIÎNAI.SSANCE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE

vante et parfois finement satirique qu'il faisait de la société d'Oxford, des idées qui y fermentaient, des personnages-types qui y représentaient chacune de ces idées, dans les crises intellectuelles et les drames de conscience qu'il faisait revivre avec une émotion pénétrante, il usait naturellement de sa propre expérience, bien qu'il n'eût pas voulu alors faire au public la confession à laquelle il ne se décidera que plus tard, on entrevoyait, dans ce livre, ses doutes, ses angoisses intimes, ses heurts douloureux, ses illuminations progressives, la probité consciencieuse de ses hésitations et de ses décisions, et ce n'était pas la moindre raison du charme et de l'intérêt qu'on avait trouvés dès l'origine et qu'on trouve encore aujourd'hui à cette fiction. Si grand que fût l'écrivain chez Newman, le prédicateur exerçait plus d'influence encore ; c'était le mode d'action qui lui paraissait convenir le mieux à son caractère, et rien ne lui eût plus répugné que d'être pris pour un littérateur. Il apportait, dans la chaire catholique, la renommée qu'il avait autrefois acquise a Sainte-Marie d'Oxford. Partout où il parlait, soit dans la chapelle de l'Oratoire, soit dans les églises diverses où il était appelé, on accourait pour l'entendre, et les protestants n'étaient pas les moins empressés. Benson, jeune clergyman qui devait être archevêque de Cantorbéry, se trouva assister à un de ses sermons du carême de 1848 ; il en sortit tout remué. « C'est un homme, écrivait-il à un ami, dans lequel revivent les sévères mortifications du moyen âge. Le Christ lui soit en aide ! Il m'a enseigné

LES CONVERTIS 2'î

d'admirables leçons. » Et comme son correspondant était un peu scandalisé et inquiet d'une telle admiration, Benson revenait sur ce sujet, dans une lettre postérieure ; il ne tarissait pas sur le charme de cette voix faible, mais très douce, sur ces pensées si touchante;» et si compatissantes. « Il a parlé, disait-il, avec uub éloquence d'ange... Une telle prédication, je n'en ai jamais entendu, et je n'espère pas en entendre de semblable. » Benson se plaisait ensuite à dépeindre cette figure émaciée, creusée de lignes si profondes, d'une expression à la fois si fine et par moments si redoutable, et cette flamme du regard quand le prédicateur se tournait vers l'autel et, avec un accent qui n'était qu'à lui, prononçait le nom du Seigneur, si bien qu'à constater l'effet produit sur l'assemblée, le jeune clergyman en venait à se dire : « Sûrement, s'il y a, dans cette génération, un homme doué, par Dieu, de dons extraordinaires pour glorifier son nom, c'est celui-là ^ »

L'action de ces sermons, — on l'avait déjà vu durant la carrière anglicane de leur auteur, — ne se renfermait pas dans l'enceinte plus ou moins étroite où ils étaient prononcés. Une fois imprimés, ils avaient le don de pouvoir encore remuer au loin d'innombrables âmes. En 1849, Newman publiait, sous ce titre : Sermons addressed to mixed congrégations^ le premier volume

1 Benson ajoutait, il est vrai, qu'il avait été aussitôt choqué de le voir prononcer, avec les mêmes signes de vénération, le nom de la Vierge. (Life of Benson, par A. C. Benson, t. I, p. 59, 62 à 64.)

de ses sermons catholiques. Le succès en fut grand. Il n'était pas jusqu'à Jowett, l'esprit le plus avancé du Broad Church, qui ne confessât son admiration dans une lettre à son ami Stanley : « Jamais, écrivait-il, le romanisme n'avait été autant glorifié <. » A relire aujourd'hui ce volume, on y trouve les qualités de pénétration et d'élévation, d'austérité et de tendresse, de pathétique et d'ironie qui avaient fait le succès du prédicateur anglican, et, de plus, l'enthousiasme du nouveau converti en possession de la pleine lumière, la confiance que lui donne, après tant de tâtonnements et de déceptions, l'assurance d'être le porte-parole d'une Eglise infaillible. Rien ne reste de l'inquiétude qui se trahissait autrefois dans ses discours, de cette hésitation à insister sur telle vérité par peur des conséquences où elle le conduirait ; sa parole a gagné en aisance, en autorité, en grandeur. 11 s'abandonne aussi, avec plus de liberté, aux émotions de sa piété, soit qu'il chante les douceurs enivrantes de l'amour divin, soit qu'il pleure les douleurs de la Passion, soit encore qu'il exalte les gloires de la Vierge Marie. Il ne se pique pas de flatter ou de ménager ses auditeurs. Tantôt, se plaçant en dehors des questions débattues entre catholiques et protestants, il démontre, avec une pénétration implacable, combien la prétendue « respectabilité » des gens du monde est loin du véritable christianisme ; il ne craint pas de leur rappeler la damnation menaçante, et trouve des accents pathétiques et

» Life and Letters ofB. Jowett, t. I, p. 168.

terribles pour les presser de penser au salut de leur âme. Tantôt, à l'adresse des protestants qu'il sait nombreux dans son auditoire, il proclame Téminence de l'Eglise catholique, et met en regard cette Église anglicane dans laquelle, dit-il, « aucun de ses membres ne peut avoir une foi et une confiance entières », où il y a moins des « croyances » que des « opinions dont il semble permis et naturel de douter », qui a perdu « l'idée de la sainteté », dans laquelle « le soleil divin est à ce point éclipsé, que le miroir delà conscience n'en peut recueillir et refléter que peu de rayons » ; il traite, avec une sévérité dédaigneuse, cette « religion nationale » qui « porte à la moralité, à l'ordre, à la justesse des idées, à la félicité domestique », mais qui n'est qu'une « religion terrestre, n'indiquant pas à la foule la route du ciel, ne lui enseignant pas l'invisible » et, par suite, « impuissante à combattre le monde et ses maximes » ; il constate « qu'elle n'a, en elle-même, aucune consistance interne, qu'elle n'a d'existence et d'unité que celles qu'elle tient de l'État, sorte d'appendice, d'accessoire, d'arme ou de parure du pouvoir royal », et il déclare qu'elle « ne vivrait pas dix ans, si elle était abandonnée à elle-même ». Jugements durs à entendre aux oreilles protestantes, mais qu'arrachait au converti la force de ses nouvelles convictions. 11 semble alors, contre l'Église qu'il a quittée, en dispositions plus militantes qu'il n'était au lendemain même de sa conversion, et qu'il ne se montrera dans la suite. Ce n'est pas qu'il prenne plaisir à attaquer ses anciens coreligionnaires; s'il ne peut toujours

cacher la blessure que lui a faite la façon, dont quelques-uns d'entre eux ont accueilli sa conversion, le sentiment qui domine chez lui, à leur égard, est l'amour de leurs âmes, le souci de leur salut, la crainte qu'ils ne répondent pas à Tappel de la grâce, qu'ils laissent passer l'heure de Dieu. Aussi voyez de quel accent il leur parle, par quels arguments il les presse :

En levant les yeux, il vous semble voir une haute montagne à gravir, et vous dites : « Comioent pourrai-je franchir ces cimes gigantesques qui s'élèvent entre moi et l'Église catholique, pour me fermer le chemin? Je ne comprends pas telle doctrine; telle autre m'afflige ; celle-ci me semble impossible; je ne puis me familiariser avec cette pratique; cet usage me fait peur... » Ne tenez pas ce langage, mes chers frères, reprenez courage, comptez sur le secours du Seigneur qui vous appelle en avant. « Qu'êtesvous, ô grande montagne, devant Zorobabel? Vous n'êtes qu'une plaine. » Il vous conduira, comme il l'a fait pour plusieurs d'entre nous. Il redressera les sentiers tortueux et aplanira les raboteux. Il détournera le cours des torrents, et tarira les rivières qui se trouvent sur votre chemin.

Le prédicateur accule Tanglican à cette alternative : catholicisme ou scepticisme :

0 mes frères, si vous fuyez l'Église catholique, oii irezvous? Elle est votre seule chance de paix et de sécurité, dans ce monde tourmenté et changeant. Quelque effort que fasse la raison humaine, elle ne trouvera rien entre l'Église et le scepticisme. Les croyances particulières, les religions de fantaisie peuvent être pompeuses et imposantes en leur temps; les religions nationales pi^uventêtre grandes bien que sans vie, elles peuvent couvrir le sol pendant des

siècles, distraire l'attention ou embarrasser le jugement des savants; mais, au bout du compte, on trouvera ou que la religion catholique est vraiment et réellement la descente du monde invisible dans ce monde visible, ou bien qu'il n'y a rien de positif, de dogmatique, de réel, dans les notions que nous avons sur notre origine et sur notre destinée future. Si vous ne voulez pas entrer dans le sein de l'Église catholique, évitez toutes les recherches religieuses, car elles vous conduiraient où il n'y a ni paix, ni lumière, ni espérance.

Une idée que Newman sait très répandue dans le monde protestant et contre laquelle il met souvent en garde ses auditeurs, est que « le converti au catholicisme, une fois sa première ferveur passée, ne trouve que désappointement, ennui, amertume, dans sa nouvelle religion, et qu'il souhaite en son cœur de revenir sur ses pas ». 11 ne tarit pas, au contraire, sur « la confiance pleine et ferme » qui remplace, chez ce converti, « l'incertitude et le doute », sur la joie qu'il ressent à être « dans la région de la lumière, dans le séjour de la paix ». Quelque répugnance qu'il ait d'ordinaire à se mettre en scène, il n'hésite pas à le faire en cette circonstance :

Venez à nous, vous tous qui travaillez et êtes lourdement cliargés, et vous trouverez la paix de l'âme... Comme vous, nous aussi, nous avons été sauvés par le sang rédempteur de Jésus-Christ; comme vous, nous serions aussi des pécheurs perdus, si Jésus-Chiist n'avait étendu sur nous sa miséricorde, si sa grâce ne nous avait purifiés, si son Église ne nous avait reçus, si ses saints n'avaient intercédé pour nous. Soyez sauvés, comme nous avons été sauvés.

« Vous tous qui craignez Dieu, venez et écoutez, et nous vous dirons ce qu'il a fait pour notre âme. » Prêtez l'oreille à notre témoignage ; considérez la joie de notre cœur et augmentez-la en venant vous-mêmes la partager. Choisissez la bonne part que nous avons choisie..., vous ne vous en repentirez jamais; croyez en notre parole ; vous ne vous en repentirez jamais, quelles que soient vos inquiétudes quelque grand que soit le sacrifice que vous ayez à faire pour venir à elle... 0 mes frères, quand vous aurez fait le grand pas, quand vous serez en possession de votre lot de bénédictions, oh! alors n'oubliez pas ceux qui auront été les ministres de votre réconciliation. De même qu'ils vous prient maintenant défaire votre paix avec Dieu, ainsi vous, une fois réconciliés, priez pour eux, afin qu'ils obtiennent le don précieux de la persévérance, qu'ils puissent demeurer jusqu'à la mort dans l'état de grâce où ils sont maintenant, de peur que, après avoir prêché aux autres, ils deviennent des réprouvés.

L'action publique n'était pas la seule qu'exerçât Newman; on sait quel était son don extraordinaire pour agir sur chaque âme qui l'approchait. Ce don n'était pas affaibli par sa conversion, bien au contraire. A lui s'adressaient naturellement tous les anglicans troublés dans leur foi. Si réservé qu'il fût avec ses anciens coreligionnaires, il ne manquait pas de faire sentir à ceux qu'il voyait touchés par la grâce le devoir étroit d'y correspondre. Du nombre de ces âmes hésitantes était M. Allies. Esprit brillant, nature ardente, il était entré dans les ordres au sortir d'une crise d'incrédulité et était devenu, vers 1838 et 1839, partisan convaincu de ce qu'il appelait lui-même le Newmanism. Il n'éprouvait alors aucun doute sur la position

de son Eglise et se déclarait « fortement antiromain ». Ce fut dans Tété de 1843, au cours d'un voyage en France, qu'il eut une première révélation du catholicisme et que se posèrent, dans son esprit, sur les droits de l'Eglise anglicane, des questions toutes nouvelles ; mais, le fait que Newman demeurait dans cette Eglise lui était une sécurité suffisante : en Newman était, comme ille disait, « son véritable point d'appui ». Aussi son trouble fut-il grand quand, en mai 1845, des confidences reçues à Littlemore lui révélèrent ce qui se passait dans l'âme de son guide. Un second voyage sur le continent, dans l'été de 1845, aviva encore le sentiment qu'il avait des faiblesses de l'anglicanisme. Et cependant, quand la sécession de Newman s'accomplit, il ne se décida pas à le suivre immédiatement. Il crut pouvoir se donner trois années pleines pour approfondir la (( terrible controverse romaine », et il s'interdit tout changement, durant ce temps, quoique pussent devenir ses convictions. Ce n'est pas que son affectueuse déférence pour Newman fût affaiblie. Bien au contraire, il vint lui demander de le diriger dans cette étude et de lui fixer, pour ces trois années, une règle de discipline morale et intellectuelle. 11 fut alors frappé du changement qui s'était produit chez le converti : naguère quand on consultait Newman sur des doutes au sujet de l'anglicanisme, il recommandait toujours la circonspection, l'ajournement des résolutions décisives; maintenant son ton était fort différent : tout en reconnaissant que la conduite à suivre dépondait de l'état d'esprit de chaque individu, il ne se u. 3

croyait plus le droit de prêcher aussi uniformément l'attente; le point, disait-il, est de savoir si la conscience est touchée, auquel cas le délai ne serait pas permis. Cette attitude persista dans les années qui suivirent; Newman demeura en correspondance avec M. Allies, mais ce fut pour lui faire sentir Finconséquence de sa situation; ainsi lui écrivait-il :

Dire que l'Église catholique n'est pas, qu'elle a été brisée, cela, je le comprends. Je ne comprends pas qu'on dise qu'il y a une Église et une seule Église, et qu'on agisse comme s'il n'y en avait aucune ou comme s'il y en avait plusieurs. C'est rêver, assurément. Excusez cette liberté. Je ne désire pas, comme vous pouvez bien le supposer, engager une controverse, quand nous avons tous deux tant à faire; mais, quand je pense à votre position et à celle des autres, je vous assure que vous m'efï'rayez.

Même avertissement répété un peu plus tard par Newman, même aveu de l'angoisse qu'il éprouvait en pensant à ceux qui demeuraient dans cette position. « Mais, ajoutait-il, des hommes comme vous, mon cher Allies, je veux toujours mieux augurer, espérer contre l'espérance, et croire qu'un jour viendra, excusez-moi, où vous confesserez que vous avez été dans un rêve. En attendant, je ne cesserai pas de dire la messe pour vous et pour tous ceux qui sont dans votre situation, le 10 de chaque mois '. « Allies devait se convertir en

1 Voyez sur toute la crise d'âme traversée par M. Allies, le brillaot et vivant récit qu'il en a écrit lui-même sous ce titre : A Life's Décision.

M. J. R. Ilope, qui s'appellera plus tard Hope Scott, était aussi du nombre des anglicans troublés avec lesquels Newman était demeuré en rapport. Lég-iste renommé, de haute intelligence et de rare vertu, M. Gladstone devait en parler, après sa mort, comme de l'un des quatre ou cinq hommes les plus remarquables qu'il eût connus <. En apprenant la conversion de Newman, M. Hope, lui écrit, le 20 octobre 1845, qu'il était préparé à cette nouvelle, qu'elle le force à un examen plus résolu de ses propres sentiments, et qu'il compte sur son livre pour le guider; il l'assure, d'ailleurs, que ses sentiments pour lui sont inaltérables et même plus profonds 2. Au mois de décembre suivant, il parle de sa propre venue à l'Eglise romaine comme d'une chose possible ; mais il sent qu'il lui faut faire un grand effort intellectuel, avant d'arriver à une conclusion ; il a lu le livre de Newman sur le Développement de la Doctrine chrétienne, mais ce livre, en le transportant dans une région d'idées toute nouvelle pour lui, l'a jeté dans une grande perplexités. Le 23 avril 1846, à une lettre de Newman, il répond:

^ Je m'unis à vous de grand cœur pour désirer quelque fin à mes doutes présents ; mais sera-ce dansl a direction que vous jugez bonne, ou par un retour à l'anglicanisme, là est la question. Je suis étonné de voir combien Keble est résolu à maintenir sa position actuelle. D'autres aussi qui

1 Memoirs of J. R. Hope Scolt, t. II. p 974

2 IOi</.,t. III, p. 63.

3 Ibid., t. Il, p. 64.

ont plus de ferveur et de science que moi, sont en voie de recul, et cela me trouble, car je ne puis que regarder autour de moi, pour y chercher une autorité ^

Newman se garde de brusquer et de violenter cette âme. Toutefois, il ne la perd pas de vue. Il lui écrit, le 23 février 1847 :

Nous ne vous avons pas oublié, mon cher Hope. Laissezmoi le dire : Oh! que Dieu veuille vous faire le don de la foi ! Pardonnez-moi de vous dire cela. Je sais que vous me le pardonnerez. Ce n'est pas mon habitude devons fatiguer de beaucoup de paroles. J'ai besoin de vous pour l'Église, en Angleterre, et l'Angleterre a besoin de vous. Mais je dois faire ma propre besogne à ma place et abandonner tout le reste à cette volonté inscrutable que nous ne pouvons qu'adorer'-'.

Là aussi, le germe jeté par Newman ne devait pas demeurer stérile. A vrai dire, pas une conversion à cette époque, où Ton ne puisse ainsi discerner son influence directe ou indirecte. 11 en sera de même jusqu'à sa mort. Cette action lui a survécu, et aujourd'hui encore, par ses écrits, par les idées qu'il a répandues, par le souvenir qu'il a laissé, par le prestige grandissant dont son nom est entouré, Newman est demeuré l'instrument principal de l'évolution mystérieuse et, malgré tout, persistante qui conduit tant d'âmes de l'anglicanisme au catholicisme.

1 Memoirs ofJ.-R. Hope Scott, t. Il, p. 77.

2 Ibid., t. II, p. 65, 66.

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