‹ La Renaissance catholique en Angleterre au XIXe siècle (volume 4)Chapitre 4 sur 33 · PU SE Y ET MANNING AD LENDEMAIN DE LA CONVERSION DE NEVVMAN · texte numérisé non relu

PU SE Y ET MANNING AD LENDEMAIN DE LA CONVERSION DE NEVVMAN

1. Détresse des amis de Newman, demeurés anglicans. Pusey est devenu le personnage le plus en vue du parti. Son attitude. Lettre publique où il s'explique sur la sécession de Newman. — II. Pusey est suspect aux autorités anglicanes. Echange de lettres entre lui et l'évêque Wilberforce. — III. Pusey prêche devant l'Université sur la pénitence et l'absolution donnée par le prêtre. Efl'et produit. — IV. Keble se refuse aussi à suivre Newman. Par quelles raisons ? Son union avec Pusey. Marriott les seconde. — V. Rogers et Church. Articles publiés par J.-6. Mozley. Fondation du Guardian. Le Mouvement n'est plus concentré dans C^ford. — VI. Importance prise par Manning. Ses origines. L'évolution de ses idées et ses rapports avec le Mouvement. Après la conversion de Newman, il trav^iille à retenir dans l'anglicanisme les esprits ébranlés. Son influence, Tout lui présage un rôle considérable dans son Église. — VII. Effort fait pour donner une vie religieuse plus intense à l'anglicanisme et y implanter des institutions et des dévotions catholiques. Pusey et les fondations de couvents de femmes. Pusey, Keble, Manning et la confession. La première confession de Pusey. Austérité de son règlement de vie. Même progrès de piété et de vertu chez Manning et chez d'autres anglicans. Comment ces progrès doivent être jugés et expliqués au point de vue catholique.

Pendant que Newman et ses compagnons prennent pied sur la rive catholique où ils ont abordé, que deviennent ceux de leurs amis, demeurés sur la rive anglicane? Leur cause ne semble-t-elle pas irrémédiable-

ment ruinée? Leurs adversaires, evangelicals ou lil)éraux, ne parlent plus d'eux qu'avec une compassion dédaigneuse et comme de gens finis. Comment en effet, se relèveront-ils du coup que leur portent tant de défections, dont celle de leur chef le plus illustre ? Leur armée n'est-elle pas en pleine débandade ? Ils avaient déjà peine, avant les récents événements, à se défendre contre ceux de leurs coreligionnaires qui reprochaient à leurs idées de tendre au romanisme ", que répondre maintenant que les faits ont donné raison à leurs accusateurs? Peuvent-ils eux-mêmes avoir conservé foi dans ces idées ? La via média entre le protestantisme et le catholicisme, si péniblement cherchée pendant plus de dix ans, ne leur a-t-elle pas été démontrée impossible ? Se flattent- ils de garder une position que leur maître a dû reconnaître intenable ? Et puis tant d'émotions, le chagrin des séparations consommées, l'angoisse de celles qui menacent de suivre, n'est-ce pas plus qu'il n'en faut pour abattre les cœurs ? Aussi voit-on, par le témoignage de ceux qui ont passé par cette épreuve, que le souvenir qui leur est resté de ces jours, même après beaucoup d'années écoulées, est celui d'une infinie détresse. C'est le mot qu'emploie Ghurch, l'un des esprits les plus élevés du parti, en parlant, longtemps après, de cette époque ; il s'étend sur le désarroi, le découragement, 1 anxiété douloureuse qui régnaient alors chez ses amis, sur la « triste figure » qu'ils avaient conscience de faire, aux yeux des gens du monde, comme à ceux des penseurs. « Des pauvi-es Puseyites, dit-il, on parlait

d'un ton mêlé de pitié et de ricanement. Il semblait qu'ils eussent joué et perdu leur partie et qu'il n'y eût plus rien à faire d'important avec eux'. ^) Le témoignage de Church est confirmé par celui d'autres hommes du même bord. « Newman, dit Rogers, avait laissé ceux qui l'avaient jusque-là suivi, décapités, désorganisés, suspectés par les autres et se suspectant les uns les autres. Personne en effet ne savait encore qui voudrait le suivre où il allait. Pour un temps, une sorte de désespérance perplexe prévalut. Qui aurait eu confiance en nous^? » Marriott écrivait, quelques mois après la conversion de Newman : « On ne sait que faire du présent état de choses, ni où peuvent s'attacher ceux qui ont besoin d'un point d'appui. » Toutes les perspectives immédiates lui apparaissaient sombres et amères. « Je ne puis voir, ajoutait-il, quelle espérance nous avons à concevoir des choses en général, si ce n'est ce que pourra produire la persécution. Encore la redoute-t-on pour le plus grand nombre^. » L'événement a cependant donné tort à ces prévisions qui semblaient alors si justifiées. Pour avoir été un moment désorienté, le » Mouvement» par lequel on avait tenté de catholiciser l'anglicanisme, ne s'est pas arrêté; il a continué, sans l'homme qui l'avait

1 Tlie Oxford Movemenl, p. 395 à 406. — A ceux de ses lecteurs qui s'étonnaient de trouver, dans son récit, un accent de découragement, et ce qu'ils appelaient une « langueur de défaite », Church répondait qu'il ne pouvait dire autre chose, et que cela seul rendait exactement ce qu'était alors l'état des esprits. [Life and Letters of dean Church, p. 321-322).

2 Letters of Frederick lord Blackford, p. 118.

3 Life and Letters of dean Church, p. 61.

commencé. Ici le rôle de Pusey devient important. Jusqu'alors, son influence avait été tout à fait effacée par celle de Newman ^ Après le départ de celui-ci, lise trouve être le personnage le plus en vue du parti qui, désormais, mérite bien ce nom de « pusey ite », que plusieurs lui avaient déjà donné un peu prématurément dans les années précédentes. C'est de lui que Gladstone, à la première nouvelle de la « sécession », attend une déclaration qui raffermisse les esprits. Non qu'on lui reconnaisse toutes les qualités d'un leader ; mais il en possède quelques-unes : s'il n'a pas le génie supérieur de Newman, son ouverture d'idées, sa pénétrante compréhension de tous les états d'esprit, son charme séducteur, sa prestigieuse action sur les âmes, il a l'autorité que lui donnent sa situation, sa science et surtout sa vertu.

Nul n'a plus souffert que Pusey d'être séparé de celui qu'il persiste à appeler le « cher Newman » ; nul n'est moins tenté de le suivre. Si attaché qu'il lui demeure, il n'est pas un moment ébranlé par les lettres qu'il en reçoit^. Il ne saurait concevoir même un doute sur cette Eglise d'Angleterre qu'il aime d'un amour

1 J.-A. Froude, le frère d'Hurrell, en dépit de ses préventions antiromaines, a écrit de Pusey et des autres, que « comparés avec Newman, ils n'étaient tous que de simples chilTres, et que lui, était le nombre indicateur. » [The Oxford Counler-Re formation, dans Short Sliidles on Great Siibjects, p. 189, 191.) Le dean Lake a dit de Newman, en évoquant ses souvenirs d'Oxford : « Nous sentions instinctivement qu'il était Tesprit dirigeant. Quelque respect qu'on eût pour Puse^^ et Keble, ils n'étaient, particLdièrement pour nous, étudiants, rien en comparaison de Newman. » {Memorials of dean Lake, p. 50.)

- Voyez cette correspondance plus haut, p. 12 à 16.

filial. Il ne se fait pas illusion sur quelques-uns de ses défauts : il déplore sou anarchie doctrinale, sa tolérance de Thérésie, la défaillance de ses évêques, la froideur et les négligences de son culte ; il confesse qu'elle n'égale pas l'Église romaine pour la constitution de l'autorité religieuse, l'unité de la doctrine, la profondeur du système spirituel ; mais de ces constatations, il conclut à la nécessité d'améliorer son Église, non au devoir de la quitter. Malgré tout, il persiste à croire qu'elle est une partie de la véritable Église, héritière légitime de celle que Dieu a établie en Angleterre pour le salut des des âmes. Par le malheur des temps, elle se trouve momentanément séparée des autres parties ; c'est un état anormal, châtiment douloureux des péchés de tous, auquel il faut s'efforcer de mettre un terme, par un retoiir de ferveur et de sainteté, mais qui n'empêche pas qu'il ne subsiste une sorte d'unité immatérielle. A ceux qui demeurent inquiets de cette séparation, il fait observer qu'un devoir domine leurs doutes, celui de rester dans l'Église où Dieu les a placés et qui est le canal par lequel leur a été départie sa grâce ; prétendre juger, à eux seuls, entre les différentes Églises, serait un usage téméraire du jugement privé. Ilinsiste, — et c'estl'argument auquel il revient toujours quand les autres paraissent lui échapper, — sur la vie religieuse qui anime l'Église anglicane, en dépit de ses lacunes, sur le bien qui s'y fait, sur les grâces que personnellement il a conscience d'y avoir reçues, et il voit là une preuve visible que Dieu est avec elle. Enfin, setrouve-t-il en face de quelque objection à laquelle il

n'a pas réponse, de quelque manifestation trop évidente de rinconsistance de Tanglicanisme, il se borne à répondre qu'il doit y avoir un moyen décarter cettf^ difficulté et il attend patiemment qu'on l'ait découvert \ C'est ainsi qu'à une époque où tout le monde est plu ou moins ébranlé, il est seul à ne pas l'être : quite unshaken^ dit de lui Faber qui s'étonne de sa « tran quillité^ ». Ce lui est une faiblesse pour agir sur ceitains esprits chercheurs et perplexes, qui ne se senten pas compris par lui, comme ils l'étaient naguère par Newman ; mais cela en impose à ceux dont la cons cience ne demande qu'à être rassurée par son exemple. Cet exemple agit, en effet, sur beaucoup, et Church ne se trompait pas en notant, comme l'un des faits les plus importants du moment, que « Pusey et Keble np bougeaient pas, that Pusey and Keble did not move. »

Pusey ne perd pas un moment pour parler à ceux qui attendent sa direction. Au lendemain même de la « sécession » de Newman, il entreprend de raffermir e* de consoler ses amis. Son manifeste, publié le 16 octobre 1845 dans VEnglish Churchman, a la forme d'une lettre adressée à un correspondant imaginaire. Chose curieuse, dans ce long morceau, où il n'est questiot que de Newman, on ne rencontre jamais son nom ; on dirait que ce nom, si cher à Pusey, lui est devenu trop douloureux à prononcer; tout au plus, une fois où le

1 Sur l'état d'esprit de Pusey, à cette époque, voyez notammeni une lettre au Rév. Harrison, du 16 septembre 1845, et une autrt à Spencer Northcote, du mois de novembre suivant. {Life of Puse;j, t II, p. 456 et p. 501.)

2 Lettre du 21 octobre 1845. (Life and Letters of Fabet , p 233.)

tour de la phase l'y oblige, le désigne-t-il par son initiale A''. Il a également répugnance à nommer les catholiques romains; il emploie, en parlant d'eux, cette périphase ; « Ceux qui l'ont gagné. »

Le début de la lettre est un gémissement d'un accent touchant; l'auteur ne cherche pas à dissimuler la gravité du coup porté à son Eglise, mais sa droiture comme son affection l'empêchent de rien dire qui puisse tourner en blâme pour celui de qui vient ce coup :

Mon cher ami, vraiment « sa voie est dans la mer; ses « sentiers sont dans les grandes eaux, et les traces de ses « pas ne sont pas connues ». Dans de tels moments, il semble presque mieux « de se taire, de s'abstenir même de « bonnes paroles ». C'est un mystère qui nous dépasse, qu'une confiance comme celle qu'il avait en notre Église, s'en soit allée. Même au milieu de nos chagrins présents, cela va au cœur de considérer ce qu'il était au début, de penser au dévouement avec lequel il a travaillé pour notre Église et s'est eflorcé de la relever! On a comme l'impression que quelque bon dessein, formé pour notre Église, a avorté, qu'un instrument, suscité pour elle, n'a pas été employé selon le vouloir de Dieu et a été, pour cela, retiré. Il y a quelque chose de dérangé. On ne peut s'empêcher de penser que sa nature, si vivement sensible au mal, n'était pas faite pour ces temps troublés. Ce qui, pour des esprits émoussés comme le mien, paraissait affaire ordinaire, nécessité du moment qu'il suliisait de laisser passer, d'endurer, lui faisait l'effet, vous le savez, de « pointes d'épée ». Vous n'avez pas oublié comme tout son être en paraissait transpercé. Mais c'est affaire avec Dieu; nous, nous avons affaire avec nous-mêmes. La première inquiétude me vint, il y a des années déjà, quand je n'avais aucune raison de

craindre, mais que j'ai appris qu'on priait pour lui nommément dans tant d'églises et de maisons religieuses du continent. J'en vins à me dire avec crainte : « S'ils prient avec tant de ferveur pour qu'il puisse devenir parmi eux un instrument de la gloire de Dieu, tandis que, chez nous, il y a tant d'indifférence et même, chez certains, d'éloignement, ne peut-il pas arriver que leurs prières soient entendues, que Dieu leur donne celui pour lequel ils prient et qu'il ne nous retire celui que nous ne désirons pas retenir? » Et maintenant, ne doivent-ils pas croire qu'elles sont exaucées, ces prières qu'ils ont répandues si longtemps, parfois nuit et jour, j'imagine, et en célébrant la sainte Eucharistie? Ne l'avons-nouspas perdu, parce que, comparativement, il y avait, de notre côté, si peu d'amour et de prières. Et aussi, aujourd'hui, dans cet état critique de notre Eglise, dans cette crise, la plus périlleuse qu'elle ait jamais traversée, la première leçon à tirer n'est-elle pas qu'il nous faut prier davantage?

Pusey ne s'en tient pas à cette explication qui devait sonner étrangement aux oreilles protestantes ; il reprend une idée qu'on a déjà vu poindre dans sa correspondance, à l'époque où la sécession devenait menaçante * ' c'est que Newman, en passant à l'Église de Rome, a obéi à une vocation spéciale, qu'il a reçu, d' En-Haut, à ce sujet, une mission exceptionnelle :

Ceux qui l'ont gagné savent sa valeur. Ce peut être une consolation pour nous qu'ils le sachent. Bien avant qu'il nous ait quittés, alors que j'étais fort triste de la perspective de cette perte, on me rapporta un propos d'un de leurs

1 Cf. la première partie de la Renaissance catholique en Angleterre au XIX' siècle^ p. 312.

plus émînents historiens: celui-ci, confessant qu'ils étaient impuissants à faire tête aux maux qui les assaillaient, déclarait qu'il leur fallait un mouvement qui infusât une vie nouvelle dans leur Église; il ajoutait que, pour cela, il ne voyait qu'un homme et que cet homme unique était N. Je ne puis dire quel rayon consolateur illumina alors mon esprit. Je vis, du même coup, que ce que je redoutais pouvait arriver, et quelle en serait la fin. Chez nous, il était mis de côté... Notre Église n'a pas su l'employer. Et, depuis qu'il en était ainsi, on eût dit qu'une épée reposait dans son fourreau ou qu'elle était suspendue dans le sanctuaire, parce qu'il n'y avait personne pour la manier. Il y avait là un homme marqué du signe des grands instruments de Dieu, préparé, par toute une formation dont une amitié de trente-deux ans m'a permis d'avoir quelque connaissance, à conduire à bonne fin un grand dessein pour la restauration de l'Église. Or, après qu'il avait commencé cette œuvre parmi nous, dans la retraite, son travail lui a été enlevé des mains. Il ne peut plus agir directement sur notre Église. Je ne veux pas dire que ceci ou cela ait été senti par lui et l'ait influencé. Je n'en parle que comme dun fait. Il est parti, inconscient, comme le sont tous les grands instruments de Dieu, de ce qu'il est lui-même. Il est parti simplement pour accomplir un devoir, sans aucune vue personnelle, se remettant entièrement aux mains du Seigneur. Or, c'est ainsi que sont les hommes que Dieu emploie. Aussi ne me paraît-il pas tant nous avoir quittés, qu'avoir été transplanté dans une autre portion de la vigne, oîi toute l'énergie de sa puissante intelligence pourra s'utiliser, ce qui n'eût pu avoir lieu ici. Et qui sait les conséquences que doit avoir, dans les desseins de la bonne Providence, la présence d'un tel homme parmi eux? Vous aussi avez compris que c'est ce qu'il y a d'imparfait des deux côtés, qui fait notre séparation. Ce n'est point contre ce qu'il y a de vrai dans le système de Rome que proteste

fortement Je sentiment sénéral des âmes religieuses parmi nous, mais contre ce qu'il y a d'imparfait dans ses pratiques. D'autre part, qu'est-ce qui, dans notre Église, les empêche de nous admettre, sinon l'hérésie qui existe plus ou moins chez nous? A mesure que, par la grâce divine, chaque Église croîtra en sainteté, elle reconnaîtra de plus en plus la présence du Saint-Esprit dans l'autre Église, et ce qui actuellement empêche l'union de l'Église occidentale, disparaîtra. Alors que la lutte contre l'incrédulité devient plus redoutable, les Églises qui ont reçu et transmis la substance de la foi, renfermée dans nos Credo communs, doivent se trouver du même côté dans cette lutte. « Si l'un des membres souffre, les autres souffrent avec lui »; tout comme chacun bénéficie de la santé prospère de l'autre. Tout cela n'est point comme nous l'aurions voulu; mais que la volonté de Dieu soit faite! Il marche à ses fins par les voies que sa souveraine sagesse juge les meilleures. On peut voir ainsi à quelles grandes fins peut aboutir ce chagrin pressant, d'autant plus que lui, l'instrument choisi pour les accomplir, ne les voit pas pour lui-même. Qu'un tel homme, formé dans notre Église, sous l'action de l'Esprit de Dieu qui demeure en elle, soit transplanté dans la leur, c'est peut-être le plus grand événement qui se soit produit depuis que la communion des Eglises a été brisée. Si quelque chose pouvait leur ouvrir les yeux sur ce qu'il y a de bon chez nous et atténuer, de notre côté, quelques faux préjugés à leur endroit, ne serait-ce pas la présence d'un tel homme, nourri et parvenu à une telle maturité dans notre Église, puis maintenant passé dans leurs rangs? Si nous avons, par nos méfaits (personnels ou autres), « vendu notre frère », Dieu, j'en suis sûr, veut lui conserver la vie.

Puscy ne voudrait pas cependant que cette explication, cette sorte de justification de la sécession de

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Newman autorisât d'autres à suivre son exemple. Aussi, tout en invitant ses coreligionnaires à « s'humilier » pour les fautes par lesquelles ils ont attiré ce « lourd châtiment » sur leur Église, tâche-t-il de leur prouver qu'ils ne doivent pas en être abattus. « Les châtiments de Dieu sont aussi miséricorde », dit-il, et il déclare « avoir plus d'espérance pour son Église qu'à aucune autre époque antérieure, alors qu'extérieurement les choses semblaient le plus prospères >>. La raison de cette espérance, ce sont les signes de grâce, les fruits de sainteté, qu'il constate, depuis dix ans surtout, dans cette Église: réveil des consciences, progrès de la dévotion, reconnaissance du « pouvoir des clefs » (il entend par ces mots le rétablissement de la confession). Il voit là une preuve que Dieu est présent dans l'Église d'Angleterre, qu'il y demeure au milieu même des crises par lesquelles il la châtie. « Ce n'est pas ainsi qu'il agirait, dit-il, s'il avait dessein de l'abandonner. » — « Donc, conclut-il, quelles que soient les mystérieuses dispensations de la Providence au milieu desquelles il nous faut vivre, nous pouvons, en pleine sécurité et avec pleine espérance, nous abandonner, nous et notre œuvre, à Celui qui nous a aimés jusqu'à ce jour. Lui, qui nous a aimés au milieu de nos négligences, jusqu'à nous donner le plus ardent désir de lui plaire, ne nous abandonnera sûrement pas, maintenant qu'il nous a donné ce désir et que nous, quelles que soient nos infirmités individuelles ou nos défauts comme corps, nous désirons plus vivement sa gloire. »

Cette fin où Técrivain affirmait sa fidélité à T Église d'Angleterre, n'effaçait pas l'effet de la première partie de la lettre où il exprimait, à l'égard de l'Église romaine, des sentiments bien éloignés de l'hostilité régnante. Vainement les récentes conversions avaientelles encore exaspéré cette hostilité, Pusey ne voulait pas s'y associer et entendait s'en tenir à la neutralité que, peu auparavant, le 16 septembre 1845, il définissait en ces termes: « Je puis seulement prendre le terrain positif de l'amour pour notre propre Église, de nos devoirs envers elle ; je ne puis plus aucunement prendre le terrain négatif contre Rome ; je ne puis que demeurer neutre. » Il ajoutait qu'en faisant plus, « il aurait peur de combattre contre Dieu » et n'aurait pas conscience d'agir utilement pour retenir les esprits ébranlés''. Certes, il ne fallait pas une médiocre fermeté d'àme pour affronter les suspicions et les accusations auxquelles une telle attitude allait l'exposer. Si quelques-uns, comme Keble, le félicitaient, beaucoup d'autres l'attaquaient, dont plusieurs de ses anciens amis ; tel le révérend Sewell qui, dans un sermon sur les « sécessions de l'Eglise catholique au schisme romain, en Angleterre », faisait une allusion sévère à ceux q\ii semblaient regarder « comme chose indifférente de s'attacher à l'une ou à l'autre des trois branches de l'arbre de vie ».

» Life of Puspif. t. II, p. 4r)6, 457.

Pusey ne fut pas longtemps à se rendre compte (\ne c'était aux yeux des chefs mêmes de son Église qu'il était devenu suspect. Il en eut la preuve, dès sa première rencontre avecrévéque qui venait d'être nommé, en octobre 1845, au siège d'Oxford. Cet évêque était Samuel Wilberforce, fils du célèbre philanthrope, frère de Robert et d'Henry Wilberforce, si chers et si dévoués à Newman, et beau-frère de Manning. En dépit des traditions evangelical de sa famille, il s'était tout de suite affiché high churchman, avait paru s'associer aux débuts du Mouvement tractarien, et avait entretenu des relations amicales avec ses promoteurs ; mais, dès 1838, il commençait à marquer des divergences, devenues plus tranchées à mesure que les tractariens inclinaient davantage vers le romanisme qu'il abhorrait, et, dans les conflits provoqués par le tracl 90, il n'avait pas hésité à prendre position contre Newman et ses amis. D'ailleurs, homme d'action plus que de doctrine, moins scholar que politique, non insensible à l'ambition bien que sérieusement attaché à ses devoirs ecclésiastiques et animé d'une piété sincère, il semblait principalement occupé de suivre sa carrière et s'y était élevé rapidement par son habileté, par son talent, par l'estime de ses chefs et par la faveur de la cour où il avait été appelé à remplir les

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