INTRODUCTION XVII
de pays catholiques : témoin les imposantes cérémonies dont le treize centième anniversaire du débarquement de saint Augustin a été Toccasion.
Sauf quelques survivants de plus en plus rares de Tancien fanatisme protestant, le public assiste sans émoi, parfois même avec sympathie et respect, à ces manifestations qui Teussent autrefois exaspéré. C'est ce que constatait récemment, avec un étonnement douloureux, Tun de ces survivants, le vieil évêque de Liverpool : il se lamentait, dans une allocution à son clergé ^ de ne plus trouver autour de lui « cette aversion pour le papisme, générale naguère dans le royaume » ; il reprochait à ses coreligionnaires de ne voir dans le (' romanisme » qu'une des formes multiples de la religion en Angleterre, ni pire ni meilleure que d'autres, parfois même d'établir entre lui et le protestantisme une comparaison qui n'était pas à l'avantage du dernier ; puis, après avoir constaté qu'on trouvait maintenant « de bon goût d'oublier la grande bénédiction x> de la Réforme, il dénonçait, avec indignation et alarme, cette <c altération du langage et du sentiment publics ».
Légalement et socialement, presque plus rien ne subsiste des anciennes séparations entre les catholiques et le reste de la nation. Les deux races se sont réconciliées et fondues. Le papiste est redevenu un Anglais comme un autre, ayant mêmes sentiments et mêmes droits^. D'ailleurs il n'est guère de famille un peu
1 Ce discours a été publié dans le Rock du 12 novembre 1897.
* Seuls le roi ou la reine, les héritiers directs de la couronne, le lord'Chancellor et le vice-roi de llrlande doivent encore être protestants.
XVin INTRODUCTION
importante qui ne compte un ou plusieurs convertis. Les catholiques ont pied au Parlement, occupent quarante et un sièges à la Chambre des lords et ont presque toujours quelqu'un des leurs au ministère : tel avait été lord Ripon dans le cabinet libéral, et tel est le duc de Norfolk dans le ministère de lord Salisbury. Sur un point particulier, ils avaient persisté à s'exclure, alors que la loi leur ouvrait les portes : par Teffet d'une interdiction de leurs autorités religieuses, ils se privaient d'envoyer leurs fils aux universités d'Oxford et de Cambridge ; cette interdiction a été levée récemment, etlesjeunescatholiquescommencentà fréquenter les deux grandes universités ; le clergé y envoie même quelques-uns de ses sujets; les jésuites ont une maison à Oxford, les bénédictins et les prêtres séculiers à Cambridge. Pour qui sait l'influence intellectuelle et sociale d'Oxford et de Cambridge dans la vie anglaise et aussi l'importance des liens de camaraderie qui s'y nouent, un tel fait est gros de conséquences; plus que tout le reste, il contribuera à abaisser ce qui peut encore rester des vieilles barrières et permettra d'atteindre le but que, dès 1867, Manning proposait à ses coreligionnaires, quand il insistait sur la nécessité de « mettre l'Eglise catholique en contact avec l'intelligence et la conscience de la nation ».
Ce n'est pas seulement aux catholiques, considérés individuellement, que place a été faite dans la société anglaise, c'est à l'Eglise elle-même. Ses dignitaires, naguère proscrits ou tout au moins ignorés, sont maintenant reconnus comme de hautes autorités morales.