‹ La renaissance catholique en Angleterre au XIXe siècleChapitre 18 sur 60 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

de mener à fin son entreprise, mais en ayant eu celui de compromettre la cause qu'elle prétendait servir. Sa sœur et héritière, Elisabeth, sembla donc donner satisfaction au sentiment national en reprenant une attitude hostile au Pape. Ce n'est pas que personnellement elle fât portée vers le calvinisme : elle s'en fût tenue vo* lontiers au « catholicisme décapité » de son père Henri VIII ; mais on ne le lui permit pas. La pression des puritains (c'est le nom dont on commençait à se servir), avides de prendre leur revanche des persécutions du règne précédent, l'entraînement de la lutte politique où la reine se trouva bientôt engagée contre le Pape et l'Espagne, et aussi la loi même de la situation où la mettait sa rupture avec Rome, l'obligèrent à accentuer le protestantisme de son Eglise plus qu'il n'eût été dans ses goûts. Vainement tâchait-elle de ralentir le mouve* ment; vers la fin de son règne, le puritanisme prévalait, surtout à Londres et dans les grands centres.

L'avènement des Stuarts amena un retour offensif de ceux qui déploraient les destructions protestantes de l'époque précédente. Des théologiens remarquables, les premiers qu'eût produit l'épiscopat anglais depuis la Réforme, s'essayèrent à construire un système religieux qui, tout en se déclarant opposé à Rome et à ses « abus », conservât le plus possible des idées et des formes catholiques : tels, entre tous, Andrews et Laud:le premier, homme de pensée et d'études; le second, homme d'action et de combat. Il avaient la faveur de la Couronne, qui voyait, dans cette réaction religieuse, le complément de la réaction politique qu'elle

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poursuivait. Par contre, le puritanisme, loin de se laisser intimider, attaquait plus àprement que jamais tout ce qu'on prétendait garder ou rétablir de catholicisme dans le dogme, la hiérarchie et le culte. Si ses adversaires s'appuyaient sur la royauté, il liait sa cause à celledeTopposition libérale et bientôt révolutionnaire. Dans cette lutte, l'école à tendances catholiques suivit la fortune des Stuarts et partagea leur impopularité grandissante. L'archevêque Laud fut accusé au même titre que le ministre Strafford, et il devança, de quelques années, Charles I*^ sur Téchafaud. Le triomphe de la révolution fut celui des puritains : le calvinisme presbytérien supplanta TEglise épiscopale, désorganisée et proscrite.

11 est vrai que, si la tempête fut violente, elle fut peu durable. Bientôt la Restauration parut une occasion favorable de rétablir l'Eglise sur les principes d' Andrews et de Laud qui avaient laissé, derrière eux, toute une école de théologiens, les Caroline divines. Alors fut rédigée et promulguée la dernière édition du Prayer Book^ celle où le caractère sacramental et sacerdotal de TEglise était le plus mis en reliefs Par ses

1 Le Prayer Book, livre de prières officiel de l'Eglise anglicane, est une compilation tirée de sources catholiques, du bréviaire, du missel, du rituel, du pontifical; il contient tout ce qui est nécessaire au culte et au cérémonial. Rédigé pour la première fois en 1549, il a été successivement revisé en 1552, 1559 et 1662. Le parti lligh Church s'est toujours appuyé sur le Prayer Book. Il estime que, grâce à Tautorité qui n'a jamais été absolument méconnue de ce livre, une certaine tradition catholique s'est toujours maintenue dans Téglise d'Angleterre. Gomme on demandait un jour à M. Gladstone comment il était passé des idées Low Church^ dans lesquelles il avait été élevé, aux idées lligh Church, il répondit que c'était en étudiant les Occasional Offices du Prayer Book.

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