XXXII INTRODUCTION
fois, OU môme une seule fois par an, et souvent avec si peu de décence qu^au dire de témoins attristés une abstention complète eût été préférable. Presque toujours le service du dimanche se bornait à la récitation des psaumes, des leçons et au sermon, office d'une froideur toute calviniste. Les églises étaient en harmonie avec le culte qui s^y célébrait : fermées d'ordinaire toute la semaine^ d'aspect souvent très négligé ; des murs blanchis et nus; pas d'autel orné, en évidence au fond du sanctuaire, et vers lequel tout converge, mais, à la place, une simple table en bois, à peitie visible, souvent en piteux état et qu^on a pu comparer à une table de cuisine ; rien dessus, ni croix, ni cierges, ni tabernacle; devant cette table, parfois la cachant, faisant face aux bancs fermés et à hauts dossiers qui remplissaient la nef et les bas-côtés, le pupitre d'où se faisaient les lectures et la chaire d'où se débitaient les sermons ; on sentait que c'était devenu le principal ; on ne se trouvait plus dans une église consacrée pour le sacrifice, mais dans une salle de prêche.
Fond et forme, tout avait donc un caractère bien protestant. Eût-on demandé d'ailleurs à un anglican de cette époque, clergyman ou laïque, savant ou ignorant, s'il était protestant ou catholique, il eût cru que le questionneur voulait plaisanter. Protestant, il Tétait et s'en faisait honneur. Sans doute, il croyait bien avoir un protestantisme à lui, que, comme toute marchandise anglaise, il estimait supérieur aux marchandises de même nom ayant cours sur le continent; mais ce n'était qu'une différence de qualité, non de
INTRODUCTION XXXni
nature. Le seul mot de catholique évoquait à ses yeux un ensemble de superstitions, dont c'était précisément la gloire de ses pères de s'être dégagés, trois siècles auparavant, et avec lesquelles il ne supposait pas pou* voir jamais avoir rien de commun.
C'est au moment où le protestantisme semblait avoir ainsi définitivement triomphé dans l'Eglise établie, que s'y produisit, vers 1830, plus exactement en 1833^ comme une saute de vent qui fit remonter tout d'un coup le courant vers le catholicisme. Et bientôt on vit, non certes tous les anglicans, mais une partie d'entre eux, s'appliquer à retrouver, l'un après l'autre, presque tous les dogmes, presque toutes les pratiques dont leurs pères avaient mis, pendant trois siècles, tant de persévérance à se dépouiller. Manning constatait, en 1866, combien un tel mouvement était « contraire au vent et à la marée des traditions et des préjugés » de son pays. « La polarité de l'Angleterre a été changée, disait-il; les ruisseaux qui coulaient du côté du nord coulent maintenant du côté du midi^ »
Ce revirement a-t-il donc été déterminé et secondé par des circonstances extérieures, était-il conforme aux tendances régnantes, favorisé par les puissances du jour? On ne peut dire que, dans l'Angleterre de Stuart Mill, de Carlyle, de Darwin, d'Herbert Spencer,
i England and Christendam, Introduction et Letter on the reunion of Christendom.