INTRODUCTION XLIII
importance d'autre preuve que la violence même de la campa^e actuellement dirigée contre elle. Par les faits énuméres dans leurs dénonciations et par Fexcès môme de leur émotion, les meneurs de cette campagne ne sont-ils pas les meilleurs témoins des progrès qu'ont faits, dans l'anglicanisme, les idées et les pratiques catholiques?
Faut-il donc croire que ce mouvement de retour aux vieilles croyances et aux vieilles pratiques va continuer dans la même direction ? Sans doute, le parti Loto Church^ encore nombreux bien que suranné et déchu, tend plutôt à se confondre avec le pur calvinisme qu'à se joindre à Rome; sans doute aussi, le parti Broad Church^ plus jeune, plus vivant, suit sa pente vers le scepticisme, ou tout au moins vers une indifférence dogmatique qui se concilie avec une pratique toute de convenance extérieure et qui peutrétre est déjà, outre-Manche, Tétat de beaucoup d'esprits ; mais doiton espérer que le parti ffiçh Church ou tout au moins son avant-garde aboutisse tôt ou tard à ce qui paraît être son terme logique, le retour au catholicisme ? Môme ainsi limitée, la question a un grand intérêt, car il s'agit de l'élite religieuse de Fanglicanisme, et on ne saurait exagérer l'action que cette élite, devenue catholique, exercerait sur son propre pays et sur le catholicisme luimôme.
Ne nous faisons pas d'illusion : les obstacles sont
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considérables. Pour être bien atténuées, les préventions contre Rome sont loin d'avoir entièrement disparu. Si elles n'ont plus la même puissance offensive, si Télan est maintenant à d'autres idées, elles conservent, dans les masses de l'anglicanisme, une force d'inertie, incapable de rien créer, mais capable d'arrêter un mouvement. Dans le parti High Church lui-même, depuis quelques années, ces préventions semblent s'être avivées. Ce n'est pas seulement l'effet des irritations passagères soulevées par la bulle du Pape. On dirait que, chez certains esprits, l'évolution qui les conduit vers le catholicisme, en le leur montrant plus proche, ait par cela même réveillé les vieilles antipathies, et que plus la conversion s'impose, plus ils se raidissent contre elle. De là l'aigreur croissante de certaines polémiques *. L'archevêque d'York faisait allusion à ces sentiments, quand il écrivait à un religieux français, le P. Ragey, que « l'Eglise angKcane devenait de jour en jour plus catholique, mais en même temps plus antiromaine ».
Peut-on d'ailleurs s'attendre à voir rompre facilement les liens trois fois séculaires, attachant les Anglais à cette Eglise qui est leur œuvre et qu'ils étaient flattés d'entendre nommer anglicane ? De tout temps, ils ont été disposés à croire à l'excellence de tout ce qui appartient à l'Angleterre. Ils en sont encore plus convaincus, après le récent Jubilé de la reine et l'enivre-
1 L'un des livres les plus acrimonieux publiés contre le catholicisme, Plain reasons against Joining the Church of Rome, a pour auteur le D' Littledale, qui avait été jusqu'alors un ritualiste ardent.