INTRODUCTION XLI
ces couvents dont la destruction semblait avoir été Tune des œuvres principales de la Réforme. L'anglicanisme a maintenant ses moines et ses religieuses, les premiers, il est vrai, encore en petit nombre. Règles et costumes sont copiés sur les modèles catholiques. Dans certains de ces ordres, on prononce des vœux et Ton pratique des austérités. Leur activité se partage entre les diverses œuvres de prière, d'apostolat et d'assistance. Tel couvent, à Londres, est principalement destiné à recevoir les femmes du monde qui veulent faire une retraite de quelques jours ; comme je demandais à la supérieure de quel livre on se servait dans ces retraites : « Des Exercices de saint Ignace », me fut-il répondu.
N'est-ce pas là un anglicanisme absolument nouveau, à ce point éloigné de l'anglicanisme du commencement du siècle, qu'on peut se demander s'il ne serait pas plus proche du catholicisme lui-même? On comprend que le cardinal Vaughan se soit écrié récemment, dans un discours prononcé à Ramsgate, à l'occasion du treizième centenaire de saint Augustin : « Il faut le proclamer : à leur grand honneur, des multitudes qui attaquaient autrefois la doctrine catholique sont devenues ses soutiens et ses confesseurs ; ceux qui jetaient dehors l'autel et dépouillaient l'église ont relevé l'autel et regarni l'église ; ceux qui dénonçaient la confession auriculaire entendent maintenant des confessions ; ceux qui blasphémaient la messe essayent de dire la messe ; ceux qui niaient les pouvoirs sacerdotaux de Rome prétendent posséder et exercer ces pouvoirs ; les icono«>
XLn INTRODUCTION
clastes ont replacé dans leurs niches, pour les honorer, les statues de la Mère de Dieu et des saints... Le changement, la conversion, survenus en Angleterre durant ce siècle, sont sans parallèle dans la chrétienté. Non fecit taliter omni nationi, »
Sans doute, — ne nous lassons pas de le répéter, de façon à ne laisser place à aucun malentendu, — cette réaction ne s'est produite que dans une partie de Tan* glicanisme. L'autre partie y a été étrangère, indiOerente, ou même ouvertement hostile, tels ceux qui ont, en ce moment, entrepris de soulever Topinion pour faire réprimer les innovations romanistes introduites dans le culte et renseignement anglicans. Dans quelle proportion les membres de l'Eglise d'Angleterre se répartissent-ils entre partisans et adversaires de ces mnovations? On serait embarrassé de le dire. Les classifications de ce genre sont fort malaisées sur cette terre de l'individualisme, où chacun dose à sa façon sa religion, prenant de telle doctrine ou de telle pratique ce qui convient à son sentiment particulier. Le développement que paraît prendre aujourd'hui l'agitation antiritualiste n'est même pas un indice bien sûr, car, parmi ceux qui y prennent la part la plus bruyante, plusieurs n'appartiennent pas en réalité à l'Eglise établie et sont des dissidents plus ou moins avoués. J'admets cependant que les anglo-catholiques ne sont, dans la masse anglicane, qu'une minorité ; seulement, c'est la partie la plus fervente, la plus active, celle qui était, depuis quelque temps, le plus en progrès et qui semblait montrer la voie aux autres. Je ne voudrais d'ailleurs de son