‹ La renaissance catholique en Angleterre au XIXe siècleChapitre 36 sur 60 · INTRODUCTION XLVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLVII

rence dogmatique. N'est-ce pas un évoque anglican, Westcott, qui, parlant de ses coreligionnaires, notait récemment comme « un faible son d'incertitude dans beaucoup des professions de foi qui étaient faites publiquement » ?

Enfin, si grands qu'aient été les progrès accomplis depuis soixante ans, si longue que soit la liste des croyances catholiques auxquelles les anglicans sont revenus, il n*en reste pas moins, pour faire le dernier pas, pour arriver au plein catholicisme, un abîme à franchir. Il ne s'agit plus seulement d'ajouter un dogme à tous ceux qu'on a déjà acceptés, il faut, — ce qui est bien autrement difficile, — consentir à établir la vie religieuse sur un fondement nouveau, se soumettre à une autre règle de foi ; il faut substituer à la domination jusqu'ici absolue du jugement privé, le principe d'une autorité vivante, ayant droit d'enseigner et de commander. Or rien n'est plus étranger au tempérament de l'esprit anglais, habitué à décider de toutes ces questions à lui seul et à doser sa religion à sa guise. A considérer même d'un peu près le mouvement catholique qui s'est produit au sein de l'anglicanisme, on se rendra compte que, loin d'être un retour au principe d'autorité, il a été une manifestation de cette indépendance individuelle. Tous les clergymen qui ont modifié dans ce sens, et parfois si complètement, le culte et l'enseignement dogmatique de leur Eglise, l'ont fait par leur volonté propre, j'allais dire suivant leur fantaisie, chacun dans la mesure qui lui convenait, sans l'autorisation, souvent contre la volonté de leurs chefs

XLVin INTRODUCTION

hiérarchiques : de sorte qu*on peut presque dire qu'ils ne se sout jamais montrés plus protestants que quand ils ont manifesté leurs sympathies pour les idées et les formes catholiques.

Voilà bien des raisons de ne pas s'abandonner à Tespoir que les changements déjà accomplis semblaient permettre de concevoir. Je ne méconnais pas la force de ces raisons qui suffisent, en tous cas, à nous rendre très réservés dans nos pronostics. Mais fautril en conclure que ces obstacles sont insurmontables et que le mouvement commencé est définitivement arrêté à mipente?

Oui, sans doute, je reconnais qu'il est resté une part de protestantisme même chez les représentants les plus avancés du High Chureh^ et qu'en particulier leur conduite actuelle est une application du jugement privé en matière religieuse. Mais a-t-on jamais vu une conversion se préparer autrement que par Tusage du jugement privé? Oui, ces « anglo-catholiques » croient s*6tre construit une théorie solide de la via média entre le catholicisme et le protestantisme; mais ils ne pourront longtemps s*en dissimuler la fragilité et les contradictions. Les faits suffiront à les en instruire; plus ils voudront rendre réelle Tunité de l'Eglise établie, plus ils auront occasion de constater son anarchie doctrinale et disciplinaire; plus ils chercheront à revendiquer son autonomie et son indépendance, plus ils la sentiront, par essence, subordonnée à TEtat dont elle est la création, impuissante à constituer dans son sein une autorité gouvernante et ensei-

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