‹ La renaissance des arts à la cour de FranceChapitre 2 sur 127 · DITS JANET · texte numérisé non relu

DITS JANET

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La France doit à ses rois trois renaissances , grands jalons de son histoire des Arts. De la conr partit, au viu% au xiir et au xvi* siècles, une noble impulsion dont le monde se ressentit. Dans la dernière de ces trois phases Tinfluence royale parait avec plus d^évidence, parce qu'elle fut sans rivale; mais à toutes les époques, depuis Charlemagne jusqu'à Louis-Philippe, c'est à nos roid qu'il faut rapporter la protection féconde et presque toujours Tinfluence éclairée. Sans doute , la «venue des hommes de génie et la production des chefs-d'œuvre ne dépen-

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dent d*aucuQ6 forme de gouvernement ; ils éclosent sous des lois mystérieuses, supérieures aux combinaisons humaines ; mais la direction, cette force qui comme la charrue ouvre le sillon, cette intelligence semblable à la main du cultivateur qui jette le grain en temps utile, dans un sol habilement préparé, co quelque chose qui, dans le travail des champs, s'appelle Texpérlence, et qu'on nomme, dans le domaine de l'imagination , le goût des lettres et des arts, fut Tapanage de nos rois.

Reconnaître ce fait est justice, mais il y a pins : s'imaginer que les arts puissent prospérer sans la protection d'une cour, supposer que la cour tiendra son rang élevé sans le prestige des arts, c'est créer en théorie deux non-sens, et en pratique deux impossibilités.

Les chefs des républiques de l'antiquité vivaient dans des masures. Périclès , construisant le Parthénon au front de TAcropole d'Athènes, n'avait dans cette ville qu*une modeste maison. La religion, supérieure à la forme du gouvernement, était alors la maîtresse des destinées de tous. Au lieu d'un roi pour protecteur, les arts avaient un dieu.

A la ferveur religieuse qui enfantait des merveilles succéda la puissance royale , qui absorba toutes les adorations en concentrant autour d'elle toutes les magnificences. Il est inutile de rechercher si ce culte servile fut aussi favorable aux arts que le culte élevé de la divinité; il y a entre ces

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deux autels la distance de la terre au ciel ; mais la société ayant marché dans cette voie, les arts furent contraints de Ty suivre, et ils trouvèrent, auprès du trône , de nobles inspirations et les^ moyens matériels pour élever d'admirables monuments.

La profonde transformation qui s'opéra dans les arts après le lent et douloureux établissement du christianisme, transformation qu*on doit appeler décadence ou barbarie, quand on perd de vue les liens qui unissent les arts de Tanliquité avec les arts modernes, la transformation du moyen âge ne peut élre comparée à rien. Au moment de la plus grande ferveur chrétienne, les arts sont impuissants, et quand ils se développent, Tesprit religieux a déjà pactisé avec Tesprit mondain.

Charletnagne , dans sa magnifique cour d'Aix-la- Chapelle, rappela ce qu'avaient été les empereurs de Rome et de Byzance : un centre rayonnant puissamment sur la surface d'un domaine immense. Les arts, dans un essor de créations grandioses^ mélange heureux de réminiscences antiques et de nouveautés orientales , semblent avoir répondu au luxe de la cour impériale , à ses fondations religieuses , aux goûts d'un public encouragé par Taf-fermissement du pouvoir. Avec le démembrement de l'empire commencèrent des luttes épuisantes. La guerre civile devint l'état normal , le métier des armes la seule occupation. Les poètes, les artistes.

IV LA AEXAISSÀNCE DE6' ARtS

tous les hommes d^imaginalion et de loisir abandonnèrent ce champ de guerres et de brigandages; Us trouvèrent un refuge hospitalier et une protection bienveillante à la cour des comtes de Toulouse, des ducs de Normandie, des comtes de Champagne, et des Othons en Allemagne. Ici fleurit la poésie, là les arts byzantins se développèrent , et les cours étrangères eurent un éclat inusité; mais cette émigration fut de courte durée, et je doute même qu'à les bien considérer chacun de ces petits centres valût en luxe de bon goût , en protection intelligente, en créations heureuses, la cour de France dans son dénuement.

Les croisades eurent bientôt déblayé le champ des luttes féodales, et les grands vassaux, ayant épuisé contre les infidèles leurs ressources financières avec leur ardeur belliqueuse, le terrain semblait préparé pour le rétablissement d'une puissance centrale. Philippe- Auguste épousa Isabelle de Haynaut, pour recueillir sur la couronne de France ce qui restait du sang de Charlemagne; les peuples prirent confiance dans cette fusion des grandeurs traditionelles, et de la bataille de Bouvines surgit , toute armée, cette figure gigantesque de l'autorité royale , centre de toutes les pensées fécondes , refuge des doux loisirs et des nobles goûts.

Après Philippe-Auguste, la tâche était grande encore. Comme un corps en défaillance, qui ne sait pas s'aider lui-même , la société avait besoin

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