‹ La renaissance des arts à la cour de FranceChapitre 3 sur 127 · A LA COUR DE FAA^^CE. T · texte numérisé non relu

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d'être soutenue. Louis VIII n'eut que le temps de consolider l'œuvre paternelle. Fils de Philîppe- Âuguste^ père de Louis IX , il lui a suffis pour briller dans rhistoire, de se montrer digne de former le lien entre la force et la sainteté du pouvoir. Une reine lui succéda. Pour la première fois une femme était souveraine, et la cour de France reçut de ses grâces comme de ses vertus un éclat nouveau. Blanche avait enseigné à son fils tout ce qui fait un grand roi, sans se douter qu elle en faisait un saint; mais ce prince, malgré sa douceur, était terrible au cornbat; modèle de piété, il était inébranlable dans les limites de son autorité ; simple dans ses vêtements, il ne le cédait à personne en magnificence, quand le roi de France devait recevoir le roi d'Angleterre ; enfin s'il négligeait sa demeure, il élevait la Sainte- Chapelle à Dieu et une bibliothèque a la science. Ni sa piété, ni sa simplicité, ni la dureté des temps, ni l'insuccès de la croisade, n'empêchèrent les arts do briller à la cour de France d'un éclat supérieur.

Les fils de Philippe le Bel et ses belles-filles formaient autour du roi toute une cour folle de plaisirs et passionnée pour le luxe (je n'ose pas encore dire pour les arts); mais ce luxe ne respectait déjà plus les limites que la noblesse voulait lui imposer,, il débordait au delà. On voyait dans la bourgeoisie des copistes assidues, et sans doute, au gré des dames de la cour, des copistes trop habiles de ces modes nouvelles. Le roi lança, contre cet entraîne*

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ment naturel, des lois somptuaires, pour démontrer une fois de plus Tinutilité de pareilles lois, et en même temps pour signaler ce que Tinfluence de la cour avait selon lui d'excessif. Il est vrai que, faites contre la bourgeoisie y ces lois servirent à arrêter la cour; Jeanne de Navarre prêcha d'exemple, elle n'eut plus dès lors que deux dames d'hon* neur et trois demoiselles.

Le sage et heureux règne de Charles V, fruit de Téconomie, n'en inspira le goût à personne. Le roi lui-même, entraîné par les plus nobles penchants, enrichit le Trésor royal et la bibliothèque du Louvre avec un goût et une magnificence dont ses inventaires nous conservent le témoignage intéressant. Il a pu voir à la fin de ses jours, et il a préparé au règne de son fils un des moments les plus brillants de la cour de France. Le Louvre venait d'être entièrement restauré par ses soins, les murs tendus de tapisseries à personnages, véritables tableaux , retraçant l'histoire des temps passés, étaient un fond harmonieux sur lequel se.détachaient les dressoirs chargés de chefs-d'œuvre d'orfèvrerie et les pupitres tournants couverts de manuscrits ornés de miniatures. Dans ces appartements, plus riches que bien distribués, arrivaient en foule les oncles du roi Charles VI : Philippe le Hardi, qui partageait entre ses nouveaux domaines et l'hôtel de Bourgogne les goûts de magnificence puisés à la cour de France; JeaU; duc de Berry, qui rivalisait dans son hôtel

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de Paris et dans son palais de Wincester avec le Louvre lui-même; le dac Louis d'Orléans, frère du roi, Tbeureux époux de la belle Valentine de Milan, à laquelle il s'efforçait de faire oublier, dans le superbe hôtel de Bohême, les magniBcences de la cour de Galéas, son fastueux père; et à la suite de ces princes, vingt seigneurs français s'éludiant, dans les limites de leurs moyens, souvent même au delà, à imiter ce luxe distingué, les uns en embellissant leurs demeures à Paris, en ajoutant à leur trésor de vaisselle ornée, de joyaux et de manuscrits à miniatures; les autres en transportant dans leurs châteaux, au milieu de leurs domaines, un luxe et des goûts inconnus jusqu'alors hors de la cour. Chacune de ces créations lointaines forma de nouveaux centres, plus ou moins influents, selon que la protection était plus ou moins intelligente, plus ou moins persévérante et favorisée par des circonstances extérieures. Accordons à ces efforts provinciaux l'attention qu'ils mérilent, sans en exagérer l'importance; car ces apparitions brillantes autant qu'éphémères ont disparu avec celui qui les avait fait naître, tandis que la cour toujours renouvelée, toujours passionnée, toujours jeune, continuait les mêmes errements à travers les générations, en fondant les nouvelles écoles dans les anciennes avec des conditions particulières de durée.

Ce concours de circonstances favorables, et l'hospitalité offerte aux étrangers de distinction de tous

les pays, firent de la cour de France, dès le xii* siècle, le modèle des cours de l'Europe. L'aménité de son langage^ déjà devenu la langue universelle, l'urba-* nité de ses manières, les sentiments chevaleresques de ses seigneurs , la galanterie de ses femmes , forent donnés généralement en exemple, et je ne parle pas de Télégance des costumes, des meubles, des équipements et des litières, c'est affaire de mode, et on sait que la mode, qui change si souvent , jamais depuis lors n'a changé de résidence.

Il est d'usage aujourd'hui d'entrevoir la cour dans le déshabillé de madame Dubarry et d'en chercher les misères avec les lunettes grossissantes des grands comédiens qui s'appellent les moralistes du xviii* siècle ; la cour de France a été autre chose : étudiée aux époques où son influence fut active et utile, on voit qu'elle se distinguait par toutes les supériorités de l'esprit et du cœur, que faisaient ressortir la grossièreté des cours étrangères et les mœurs brutales de la nation. Jugeons donc froidement son influence, mais jugeons-la dans toute sa portée.

Pendant treize siècles, le gouvernement de la France fut dans la cour royale. Les officiers de la couronne étaient les ministres du roi. Paneliers, échansons, maîtres d'hôtel, maîtres de la véne rie, etc., devinrent successivement les chefs de différents seiTices de l'État, et contribuèrent à porter dans les finances, dans l'organisation de la force armée, dans l'entretien des routes et des ponts, dans

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la police des villes, uq ordre et une régularité dont radministration de Thôtel du roi et des domaines royaux avait, la première, fait Texpérience et recueilli les avantages. La cour, c'est-à-dire la royauté, avec ses entourages et Texercice absolu de la puissance, formait ainsi le centre' vénéré et craint de toutes les classes de la nation, le but aussi de toutes les ambitions. A ce rôle important, autant que grave, s'associe une autre influence plus douce et plus puissante à la fois.

L'élévation de la condition des femmes est un fait général qui a suivi la marche de la civilisation^ mais la cour fut pour beaucoup dans cette élévation. La chevalerie, dans ce qu'elle eut de plus romanesque, les tournois et les cours d'amour, dans leur organisation la plus galante , trouvèrent près de nos rois les protecteurs les plus dévoués, les prosélytes les plus fastueux. L'entourage des reines se composait des princesses du sang, des princesses étrangères mariées ou on visite , et des femmes des grands serviteurs du roi. In^ sensiblement se forma la maison des reines et, avec leur service, l'institution des dames et des filles d'honneur. Elles sont portées dans les états de la maison royale, et elles figurent souvent dans l'histoire. En 1413, la haine populaire se traduisait contre Isabeau de Bavière en brutalité; on forga son palais, on emprisonna son frère, et sipriston, dit Juvénal des Ursins, environ quatorze ou quinze

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dames que damoiselles de fhoslel de la Reynej i^squelles furent menées en la conciergerie du palais comme en prison.

Si rintroduclîon des femmes à la cour de France a été insensible et remonte à la formation même de la monarchie, une circonstance particulière et le grand développement que prenait la maison royale firent qu'elles y eurent un rang plus élevé sous Charles YIII. Anne de Bretagne n'était pas seulement une belle princesse, maîtresse du cœur (le son époux, une femme un peu altière, aimant le commandement et la représentation , c'était en outre une princesse souveraine de son chef, par son duché, et à ce titre elle avait ses gentilshommes et ses gardes, elle eut ses dames et ses filles d'honneur. On voit la nuance et la transition : de la domesticité et de l'intimité, les dames d'honneur s'élèvent au rang marqué par l'étiquette, et les femmes désormais ont un rang officiel comme les hommes. Les plus grands noms furent alors représentés à la cour par des membres de ces familles, qu'ils fussent grands ofiiciers, pages, valets de chambre, dames ou filles d'honneur. De même qu'un jeune gentilhomme venait chercher fortune à la cour, une fille noble y trouva une position convenable avec la chance d'un bon mariage. L'un entrait page , l'autre entrafille d'honneur.L' entourage d'une reine ne fut plus formé par des amies de son choix et par des familières, mais il se composa des noms les

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plus illastreSy choisis selon les mérites des chefs do familie, ou par la faveur du souverain. La magnificence de François I"^, et les goûts galants qu'il partageait avec toute son époque, quadruplèrent le nombre des femmes placées en titre d'ofiice. Les maisons des princesses furent autant de cercles oflScielSy et la cour de France eut une élégance incomparable quand la maison de la reine, son personnel et son luxe furent imités par la duchesse d'Ângouléme, mère de François l*', et par Margue rite de Valois sa sœur; on vit alors comme une rivalité d'élégance, de grâces et de séduction surgir de ces différents groupes de filles d'honneur. Sans doute François V y trouva ses maîtresses, et il eut dans la maison royale des générations d'imitateurs, mais ces désordres avaient-ils attendu la venue des demoiselles d'honneur pour 8*introduire à la cour? Les filles de Charlemagne, sans remonter plus haut que le récit d'Éginhard, ont ouvert cette ère de galanterie, et personne n'a pu la fermer. Croit-on d'ailleurs que ces jeunes princes, faute de filles d'honneur, seraient devenus de petits saints et des modèles de continence? Us auraient été chercher leurs maltresses dans des conditions inférieures; la morale n'y eût rien gagné, et la cour de France y aurait perdu cette ^ élégance de manières, et ce ton distingué qui forma nos princes, nos seigneurs et toute la noblesse à Texercice des nobles sentiments, à la pratique des coutumes chevaleresques. Les combats en champ

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clos et la manie des daels furent Texagération de ces principes; ne les condamnons pas : ils créèrent le point d'honneur et, avec lui, .la politesse, qualité si longtemps propre à la cour et qui est restée la politesse française. Les bonnes manières eurent ainsi, de bonne heure, à la cour de France, un guide délicat, et Télévation des sentiments un appréciateur distingué. Les femmes furent les juges de ces élèves en Tartde plaire, et elles se chargèrent de récompenser le vainqueur. Poésie, beaux-arts, élégance, qu'étes-vous, sinon les enfants légitimes de cet art qui les réunit tous? La galanterie, il est vrai, vint à la suite; elle fut de bonne heure admise et tenue en honneur à la cour de France. Nous devons à cette tolérance, peut-être un peu débonnaire, le poli précoce de nos mœurs et le charme particulier de la société française. Condamner la galanterie de nos cours ! mais toute la chevalerie, toute la poésie, les arts tout entiers en découlent, et, pour le prouver, suivrai-je, règne par règne, depuis les grandes maîtresses jusques et y compris madame de Pompadour, Tinfluence de la galanterie? Ce serait superflu. La galanterie a servi à épurer les mœurs dans une cour qui a paré les vices de chaque époque sans en avoir inventé aucun. Résumons donc ce qui vient d'être dit sur Tinfluence de la cour. La puissance absolue d'un roi, tous les intérêts de la nation représentés par ses hommes d Etat, ses guerriers les plus illustres, ses nobles dames les

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