JEHAN PERREAL, DICT DE PARIS
Charles VIII étant à Lyon écouta la prière des artistes de cette ville que l'industrie avait faite moins grande qu'elle n'est devenue, mais que l'art avait rendue plus belle qu'on ne nous l'a laissée. Les maîtres et compagnons supplianSy c'est-à-dire les paintresj tailleurs âHmaiges et voirriers qui formaient à Lyon une seule corporation S sollicitaient du roi la confirmation de leurs statuts. En tète de
I. Dans d'antres villes, les ymagiers font corps à part, daos qaelques-anes, les |)Ciiilres 80 distinguent des verriers. A Lyon, il celle date, tout est réiinî.
PBIKTRBS EN TITRE D'OFPICE. 183
ces artistes figore un Jean de Paris , et il est dit dans les statuts : «Premièrement, pourront estre paintres, tailleurs et verriers, ceulx qui de présent sont dessous nommés, sans faire aucun chef-d'œuvre , car ils sont assez congneuz et expers chacun en son art '•» L'ordonnance de Charles YIII fut rendue « à Lyon, au moys de décembre, Tan de grâce mil Hii* iiu" et seize, » «à la supplication, dit-elle, de Jehan de Paris, Jehan Blic, etc., etc. »
Jean de Paris était donc, à la (in de 1496, un peintre connu dans la ville de Lyon et expert dans son art^; nul doute que son talent goûfé par Charles VIII 3, plus tard par Louis XII et François I*^^ , fut la cause de la faveur qui tout d'abord réleva, et aux fonctions de peintre ordinaire du
4. Le nom de Jehan de Paris flgnre trois fobdans ceite ordonnance et toujours en télé, i titre de peintre, et peut-être comme le plus habile. li était peintre, et peintre verrier aussi, à en juger par cet article : • Les diz paintres pourront besongner de fiaintore de verrerie , ensciuble ceulx qui ensuivent, quant bon leur semblera, c'est assavoir: Jeban de Paris, Jelian Blic, Pierre de la Paix, dict d'Anbenaz, etc., etc. • J'ai consacré une notice pariicu.iere a ce Pierre de la Paix, ou du l^jst, dirt d'Anbenaz, dans le chapitre des peiiUres emple^èu aecidtnlelltment
'2. Un rondeau de Clément Maroi, le xxvie, prouve l'identité de Jean Pern'ial dit de I*jris, et du Jean de Paris, |ieintre de Lyon. 11 est adressé : Aux umis et t^aur» 4e feu Claude Perreal Lyonnoi» :
• En grand regret si pitié vous reiuord, Pleurez Tamy Perrèal qui est mort.
Et V0U5 ses sœurs, dont maiut beau tableau sort , Paindre vous faut pleurantes son grief sort. •
Je passe sur le prénom de Claude , c'est évidemment quelque faute de copiste ; quant à ses sœurs, pemires aus&i, j'ignore complélemcni quelle fut leur activité, leor valeor dans les arts.
3. Je n*ai pas trouvé Perreal dans les Comptes du règne de ce prince; maissi j'aeceplats les compo'^iUon^ de la reine de Navarre pour une autorité, je rappellerais que la uxu* journée de rHepiaméron place la mission du sieur Bemage sons le règne de Charles YIII : • Ifi portrait qu'il fit de la beauté de cette dame plut tant au roi qu*il envoya son peintre, nommé Jean de Paris, |H>ur le peindre an natorel, ce qu'il fit da consentement du mari. • NarguiTiie auiMit pu tenir ce renseignement de Jean Perreal
roi, et au titre de valet de chambre. Voici comment il est porté sur l'état des officiers du roi, pour Tannée commençant le 1^' octobre 1498 et finissant le 30 septembre 1499. «A Jehan de Paris, varletde chambre et paintre ordinaire dudict seigneur, la fiomme de deux cens quarante livres tournoys , à luy ordonnée, par icelluy seigneur et par son estât dont cy devant est faicte mencion, pour ses gaiges par lui desservis durant ceste présente année (24 déc. 1499). » Dans le compte particulier du Receveur de FEscuirye du Roy pour r année 1508, je lis cet article qui donne une date : « A Jehan de Paris, paintre dudit seigneur, la somme de dix livres tournoys pour la despence de son cheval des moys de juing et juillet, x liv. » Un renseignement de même nature, qui se rapporte à Tannée suivante, se trouve
dans l' Escroc de la despence de Vescuirie du roi NS pour le mois de novembre mil cinq cens et neuf. (( Pour la livrée et despense de la mulle de Jehan Bourdichon et du cheval de Jehan de Paris, paintres
lai-mémo, puisque en 1532-25, date de sa mort, elle avait 33 aos ; mais alors elle ne songeait pas encore & écrire ses charmants contes. Noos avons d'autres autorités plus sérieuses, j'en ferai mention au chapitre des extraits d'auteurs; il suffira de citer ici la saivante : Geofroy Tory, libraire, demouranl à Paris sur le Petit Pont, à l'enseigne du Pot cassé (charmante marque), publia en 1529 l'ouvrage que chacun connaît soos le titre de Champfleury. Cherchant dans les formes du corps huntain les proportions de ses lettres, il s'a.lressait aux plus habiles pour avoir des dessins, et nous voyons, feuillet xlvi verso, que Jean Perréal lui fll les figures de l'I et du K. • Comme il peut estre bellement entendu en la séqueute figure que j'ay faicte après celle que ung myen >eigneur et bon amy Jehan Perréal, autrement dict Jehan de Paris, varlet de chambre et excellent paintre des Roys, Charles huitiesnie , Loys douziesme et François premier de ce nom, m'a communiquée et baillée moult bien ponrtraictede sa main» Le privilège accordé, pour cet ouvrage, est du S septembre 1526, et l'impression fut terminée le 28 avril 1529; mais il est probable que cette phrase date de la rédaction primitive et de la première prépanitioii de l'uuvrage, car la gravure entre dans le folio 46, et l'ouvrage en a 80.
PEINTRES EN TITRE d'oFFICE. ^85
dudit seigneur que icelui seigneur a ordonné estre paie, en iadicte escuirie, au feur de g sols pa mais pour chacun cheval ou mulle. »
Jean Lemaire des Belges adressa au roi Louis douze ^ dans le mois d'août de Tannée 1509, un poëme mi-parti en vers, mi-parti en prose, comme c'était encore dans les goûts du temps '. Le 30 juillet, il obtint un privilège pour le faire imprimer par G. de Marnef. Ce poëme très-prolixe, il le remarque lui-même , est intitulé : « La légende des Vénitiens ou autrement leur cronicque abrégée. Par laquelle est démontré le tris- juste fondement de la guerre contre
1. Je donnerai le passage en entier, il est trës- curieux. M. Dusonimenrd père (dans son onvrage sot les Ans au moyen Age, lome I, p. 947) et le baron de Guilliemiy (dans son intéressante description de Saint-Denis, page 130) transforuiciii ce passage de Lemaire en une commission offlcieile; elle n'aurait eu ui cette forme ni ce style : i Mais de vosire bon amy et mon singulier patron et hieufaicteur, noslre second Zenslsou Appelles en paincture, maistre Jehan Perréal, de Paris, paincire et varleide chambre ordinaire du Roy, la louenge est perpétuelle et non terminable. Car de sa main mercarialle il a satisfrail par grant industrie à i» curiosité de son orOce et à la récréation des yeulx de la très chrestienne malesté. En paignant et représentant à la propre existence, tant artiûcielle comme naturelle : dont il surpasse aujourd'hui tous les ciiramonlains : • Les citez. Tilles, chasteaulx de la conqueste. Et l'assiette d'iceulx, la volubilité des fleuves, l'inéqualité des monuignes, la plauure du territoire, l'ordre et le désordre de la bataille, Thorreur des gisans en occision sanguinolente, la misérablelé des mutilez nagaus entre mort et vie, l'effroy des fuyans, l'ardeur et impétuosité des vaincqueurs et Texaitation et hilarité des triomphans. El se les ymaiges et painctures sont muettes, il les fera parler ou par la sienne propre langue bien exprimant et snaviioquente. Par qnoy, à son prochain retour, nous envoyant ses belles œuvres ou escoutant sa vive voix ferons accroire à nous mesmes avoir éi6 présens à tout. Comme desja en avons ooy racompier verbalemept et à ia vérité au très autenticque seigneur prieur frère Pierre Danton , illustrateur des cronicqnes de France. Sy doini dieu que avec la baaitesse regalle, ledit M. Jehan de Paris, vostre bon amy, soit icy de retour bien brief, afOn que je l'honnoure et coujonyssc avecques ce noble docteur physitien lyonnois très scientiOcque , messire Sym|.horian Champier , qui la tiré hors des maschoires de la mort , esqueiles s'estoit eugoulTré par trop grant labenr, abstinence et vigilance. — Doncques en espoir de les reveoir tous deux, ainsi que je désire, je clorray icy le pas, me recommandant humblement il vostre seigneurie A Lyon, le douziesme jour d'aoust mil cinq cens et neuf. •
^N6 la BEflAlSSANCB DBS ARTS.
eulx.x> C'est une diatribe très-violente, assez injuste, mais sans doute bien payée par le roi Louis XII. Elle se termine d'une manière inattendue et fort brusque par une sorte d'invocation à mon bon amy et mon singulier patron et bienfaiteur^ nostre second Zeusis ou Appelles en peinture^ maistre Jehan Perréal de Paris^ qui prouve à la fois Timportailce de ce peintre comme personnage de la cour et le caractère sérieux de ses travaux. En effet, on voit qu'il avait suivi nos troupes conquérantes en Italie; il avait peint nos triomphes d'après nature, et, succombant aux fatigues du voyage et à la peine du travail, il avait été conduit par la maladie bien près de la mort. Ces dessins, ces tableaux furent sans doute utilisés plus tard par les sculpteurs du ton)beau de Louis XII ; ils sont perdus pour nous.
Jean Leroaire cita encore une fois, dans le mémo ouvrage, Perréal au milieu d'une liste de peintres que j'ai reproduite à rarlicledeFoucquet, et il aurait pu le mentionner dans une autre liste qu'il introduit dans son poëme intitulé : La Couronne margoritique; mais Perréal, alors, était mort, et Jean Lemaire oublia Tartiste avec le bienfaiteur. En 1 51 1 , il servit d'intermédiaire entre Marguerite de Savoie et ce peintre renommé, pour lui faire composer leprojet du tombeau que cette princesse voulait ériger dans je choeur de son église de Brou en Qresse. Je citerai plus loin , en parlant des beaux travaux de Michel Colombe, la lettre qu'il écrivit à sa maîtresse pour lui annoncer que le célèbre sculpteur de Tours
PEINTIIES E!! TITRE U'OFFIGE. 487
acceptait la commission d'exécuter ce moDument en petit, d'après le dessin de Perreal. Voici un passage du marché passé, à cette occasion, avec Michel Colombe et signé par lui :
a Je Michiel Coulombe , habitant de Tours et tailleur d'ymaiges duroy nostresire — confesse — avoir eu et receu — la somme de quatre vingtz
quatorze florins d'or et ce pour noz peines,
labeurs et salaires de faire la sépulture en petit volume de feu, de bonne mémoire, monseigneur le duc Philibert de Savoie , mary de madicte dame , selon le pourtraict et très belle ordonnance faicte de la main de maistre Jehan Perreal de Paris, painctre et varlet de chambre ordinaire du Roy, nostre dit seigneur.
tt Ensemble l'élévation de la platte forme de son église , mesmement touchant la sépulture des deux ' princesses dont nous avons les portraits et tableaux, faitz de la main de Jehan de Paris; et aussy ledit Bastyen Françoys portera la montée de l'élévation du portai et des arcz boutans par dehors; pour lesquelles choses estre faictes par lesditz Bastion François, j'ay retenu le double de la plate forme de ladite église du couvent de Saint Nicolas de Golentin lez Bourg en Bresse, icelle platte forme faite et très bien ordonnée sur le lieu , mesurés de la main de maistre Jehan de Paris avec Tadvis en présence de maistre Henriet et maistre Jehan de Lorraine , tous deux très grans ouvriers en l'art de massonnerie
— Toutes choses dessus dictes — je confesse estre V rayes — tesmoiug mon seing manuel , cy mis, le troisième jour de décembre Tan mil cinq cens et unze. »
On remarquera dans la dernière partie de cette citation que le talent de Jean Perréal , au moins ses prétentions, s'étendent jusqu'à Tarchitecture. Cest un point qui mérite d'être examiné, et j'y reviendrai en son lieu.
En dépit de son corps débile et malgré les souvenirs encore chauds de la bonne Anne , Louis XII prit pour femme la sœur du roi d'Angleterre; la politique, disait-il, le voulait ainsi, et comme l'étiquette exigeaijl que Mai ie vint en France, acoutrée à notre mode^ le roi lui envoya le seigneur de Marigny et son peintre, Jean de Paris, qui dirigèrent les cousturiers et l'emploi des 200 mille couronnes stipulées dans le contrat pour joyaux et vêtements.
Rymer nous a conservé deux lettres de Louis XII qui montrent le bon roi beaucoup plus pressé , que de raison, de voir sa nouvelle épouse; j'y renvoie ', n'en extrayant que ces deux passages. La première lettre, écrite d'Étampes, le 2 septembre 1514, presse monsieur (Tlork, c'est le cardinal Wolsey, de hâter le départ de la princesse : « Vous priant en outre, tenir main à ce que ma femme parte de là le plutôt que faire se pourra, (;aril n'y a chose en ce monde que tant je désire que de la veoir et me trouver