Farrf., I.VI, p. 74C18I
PEINTRES EN TITRE p'oFFICE. f8d
avecques elle. » Dans l'autre lettre, datée de Paris, le roi remercie « monsieur d'Iorck,. son bon ami , de sa bonne volonté à Tentretenement de la paix; y» puis il écrit : « Et quant à ce que m'escripvez de la traduction et venue par deçà de la royne , ma femme, je vous mercye de la payne que vous prenez pour l'appareil des choses qui sont requises et nécessaires pour sa dite venue et de Textréme diligence que vous y avez faict et faictes , ainsi que le seigneur de Marigny et Jehan de Paris m'ont escript, vous priant continuer et Tabréger le plus que vous pourrez , car le plus grant désir que j'aye pour Teure présente est de la veoir deçà la mer et me trouver avecques elle. — Et quant à ce qu'avez retenu avecque vous ledit seigneur de Marigny et Jehan de Paris , pour aider à dresser ledit appareil à la mode de France, vous m'avez fait plaisir en ce faisant , et présentement leur escript que non seulement ils vous obéissent en cela, mais en toutes autres choses que vous leur commanderez et tout ainsi quils feroyent en ma propre personne* »
Le mariage se fit à Abbeville (9 oct. 1514) et le couronnement à Paris; les fêtes furent magnifiques, la nouvelle reine de France put établir un triste pa-* rallèle entre son beau royaume et le débile roi, qui assistait couché et transi aux tournois de la jeunesse brillante de France et d'Angleterre. Charles Brandon , duc de Suffolk , était au nombre des tenants, et brilla par son adresse, son courage et son élé-
gance. 11 resta en France , quand ses compatriotes furent congédiés^ et après la mort de Louis XII, il n'attendit que deux mois pour épouser la reine. Nous avons dit que le -roi était bien malade.
Le talent de Jean Perreal fut naturellement employé dans le cérémonial de Fenterrement de Louis XII y en 1515, et le long détail de ses travaux se trouvera plus loin dans le chapitre des funé* railles. Je n'extrairai du «compte des obshques de feu le roy Loys douziesme » que cet article :
« Painterte et armoyrie.
« A Jehan Perreal, dict de Paris, ou vivant du feu Roy Loys , naguères décédé , que Dieu absoille, son varlet de chambre et paintre, pour avoir, par le commandement du Roy nostre seigneur et les commissaires par luy ordonnés pour le faict dudict obsèque, faictz et distribuez , ainsi que dict sera cy après, deux cens six grans escussons aux armes du Roy, avec Tordre, la couronne et le tymbre, faicts de fin or et azur sur papier de la plus grande forme et marge qui viengne de Millau esquelsila employé grande quantité dudict fin or et azur ; pour ce que le Roy (François I ) luy avoit dict qu'il feist le mieulx que possible seroit. A ceste cause les a faictz beaulx , grans et riches et val lent lesdits ij'' vi escussons au feur de xxij s. vi den. chascune pièce, la somme ii^'xxxiliv.xvs. »
Une lacune, de près de six ans, sera remplie, j 'es-
PEIXTRCS EN TITKE D OFFICE. 491
père, par d'autres recherches. Force est de sauter d'un bond à Tannée 1521 : — « Escroe de !a despense de l'escuyerie du Roy N S pour le mois de juillet mil cinq cens vingt et ung : Pour la livrée et despense d'un cheval de Jehan de Paris^ paintre d'icelui seigneur » '. Dans l'-état des officiers de Thôtel du roi pour Tannée commençant le 1*' jour de janvier 1522, je trouve dans le sommaire « Jehan de Paris, paintre à 240 liv.» au nombre des vallets de garde robbe, et dans les articles correspondants du compte : « à Jehan Perecal, dict de Paris, varlet de chambre ordinaire. » Ccst donc là son nom, son surnom, ses titres, et peut-être la dernière limite de sa carrière. Je rencontre bien , parmi les artistes qui travaillent pour le roi, à Fontainebleau, depuis 1533 jusqu'en 1540, un peintre du nom de Jean de Paris , mais on verra , par les extraits que j'ai faits des comptes des bâtiments, par la place donnée à ce peintre dans les travaux , et par les gages qui lui sont alloués, qu'il ne peut être question du vieux et digne PerreaK
JEHAN SENCLAT.
Dans ces fatigantes recherches, la moindre découverte est une compensation, un encouragement; j'ai donc accueilli le renseignement suivant avec
\. L'original Ae te doeoment est dans ma coUeciioa.
492 LA UENAISSA.NCE DES ARTS
joie 7 mais j'anrais voulu le rattacher à quelque œuvre , et je suis obligé de le laisser dans son isolement : et A Jehan Senclat , aussi painctre dudict seigneur, la somme de quatre vingt deux livres tournoys, que luy restoit de la somme de ix"ij liv., laquelle luy a esté comptée et ordonnée pour son payement de toutes les parties de son mestier qu'il a faictes et livrées sur le faict de ladicte escuyrie, durant et le long de ladicte année. . • iiij"ij liv. Compte particulier de Michel Leclerc , receveur de l'escuyrie du Roy NS. — durant et le long de Tannée linye le dernier jour de septembre 1508. »
LEONARD DE VINCF.
Ce sublime artiste vint à Fontainebleau à la fin de l'année 1515; il mourut au palais de Clou, à AmboisC; le 2 mai 1519. Je n'ai pas eu le bonheur de rencontrer un seul document, dans nos arcliives et dans nos dépôts littéraires, qui fasse mention de son trop court passage parmi nous. Je crois Tinfluence de sa présence en France, plus grande qu on ne la présente d'ordinaire , et sa biographie moins complète qu'il n'est possible de la construire, mais mon opinion et ce travail ne peuvent prendre place dans cette collection de documents. Je ne discuterai ici que la date et le lieu de sa mort. Va-
sari ne connaissait ni Tun ni Fautre. Voici comment il décrit ses derniers moments : a Non poteva reggersi in piedi , soslenendosi nelle braccia de' suoi amici e servi , voile divotamente pigliare il santissimo sacramento fuor del letto. Sopraggiunsegli il Re j cbe spesso e amorevolmente lo soleva visitare; per il che egli per riverenza rizzatosi a sedere sul lettOy contando il mal suo e gli accidenti di quello, monstrava tuttavia quanto aveva offeso Dio e gli uomini del mondo , non avendo operato nelParte come si conveniva. Onde gli venne un parosismo messaggiero délia morte; per la quai cosa rizzatosi il Re epresagli la testa per ajutarlo e pogergli favore, acciocchè il maie lo alleggerisse, lo spirito suo che divinissimo era, conoscendo non potere avère maggior onore, spirô in braceio a quel Re neir età sua d'anni 75. »
Une épitapbe poétique et touchante, citée également par le biographe, Tait allusion à cet honneur, réservé au grand artiste, de mourir dans le sein du grand roi :
Leonardus Vincius : 'piid plura? Divinum ingcniuin,
Divina inanus
Emori in si nu regio meruêre
Virtus et fortuna hoc monumenlum conlingcre
Grayissimis impensis curavernnt.
On a contesté l'exactitude, la possibilité même de ce fait parce qu'en rapprochant la date de la mort de Léonard et son séjour au château de Cloux, on ne peut les faire coïncider avec le séjour du roi
^91 LA KB.\AISS.\NC£ DES ARTS.
a Amboisc. Cherchons sur quelles autorités on doit établir ce détail historique : Le 23 avril 1518 avant Pâques, c'est-à-dire en 1519, Léonard se sentant proche de la mort et revenu aux sentiments chrétiens qui la font envisager avec moins de crainte, rédigea son testament : Sia manifesto adciaschaduna persona présente et advenire, che nella corte del Re nostro signore in Amboysia, avanti de noy personalmente constituito , messer Leonardo de Vince , piiioie del Be, al présente comoranle nello locho decto du Cloux appresso de Amboysia — el dicto lestatore voile esser seppellito drento la chiesia de sancto Florentino de Amboysia et suo corpo essere portato li per li capellani di quella — Item dona et concède ad messer Francesco di Melzio, gentilomo da Milano, per rimuneratione de' servigi ad epso grati a lui facti per il passalo , tutti et ciaschaduni libri y che il dicto testatore ha di présente et altri instrumenti et portracti circa Tarte sua et industria de piclori — et similmente — ciaschaduni suoi vestimenti quali ha al présente ne lo dicto de Cloux. — Dato ne lo dicto loco de Cloux. — a di xxiii de epso mese de aprile mdkvhi avanti la pasqua. »
Une ancienne copie de ce testament se trouvait dans la famille des héritiers, et elle portait au dos : Morse in Ambosa 2 mag. 1519.
La première date, ancien style, et la seconde laissent entre elles un espace de dix jours seulement, et la rédaction du testament n'indique pas des
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craintes d'une mort aussi prochaine; on voit même à chaque article cette supposition reparaître : in caœo chel ilecede inanzi. Si nous acceptons la date du 2 mai pour la mort de Léonard, il est évident que François P' ne put assister à ses derniers momentSy car il était alors dans son château de Saint- 6ermain-en-Laye. Voici les séjours du Roi depuis le mois de mars jusqu'au mois d'octobre 1 519 : Le 24 mars, le Roi est à Saint-Germain-en-Laye ; la reine accouche d'un fils (Henri II). Le roi reste dans cette résidence jusqu'au 7 avril. Le 28 juin, il passe à Fontainebleau. Le 14 juin il retourne à Saint-Germain-en-Laye. Le 19 août il est à Blois jusqu'au 8 octobre d^où il va à Chambord , et de là, le 22 du même mois , à Amboise.
Si donc la date du 2 mai était fautive, si on devait la reporter au 22 octobre, à l'entrée de l'automne, si fatale aux vieillards, le récit de Yasari serait aussi fondé qu'il est noble et touchant. Reste donc à fixer la date de la mort de Léonard d'une manière authentique.
Il est inutile de discuter l'opinion qui place cet événement à Paris ou à Fontainebleau. Quelle raison pouvait avoir Léonard, à cet âge, dans cet état de santé, et sous le coup de si graves préoccupations, pour entreprendre un voyage, qui était alors un grand et pénible voyage? Il faudrait lui supposer la volonté bien décidée de mourir dans les bras du roi, et ce serait a la fois porter une atteinte injuste
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à son caractère, et détruire tout ce que l'anecdote a de grand et de touchant.
Le château de Cloux est un petit manoir situé entre le château et la ville d'Amboise, et par conséquent près, pressOj du château royal et de la ville. On y montre encore un oratoire décoré de peintures, qui n'ont aucune analogie avec la manière de Léonard , et qui sont beaucoup antérieures à son séjour dans cette résidence.
ANDREA DÊL SARTO.
]*ai raconté dans quelles circonstances Andréa del Sarto était venu en France (p. 35) , je ne puis produire aucun acte , aucun document, qui se rattache au séjour de ce beau talent parmi nous. Je renvoie aux comptes des bâtiments que je publie dans ce volume , et aux travaux de M. Alfred de Reumont. Ce savant consciencieux a porté plus spécialement sur Andréa del Sarto , l'effort de recherches érudites qui embrassent l'histoire entière des arts et des lettres en Italie.
BERTHËLEMY GUETY.
Le nom de ce peintre est enregistré dans Vestatdes officiers de Vhostel du Roy pour l* année commençant le 1 •*■ janvier 1 522 , et finissant le dernier jour de décembre 1523. 11 y est mentionné avec la rubrique
PEIKTRE8 EX TITRÇ. pVPFICI. ^07
suivante, qui nous apprend qu'il était aux gages (le François I«' avant 1515 :
tt Pensions d'officiers qui sont au roi avant son avènement à la couronne.
« Vallets de* garde rohbe.
« A Berlhelemy Guety painctre et varlet de chambre ordinaire du Roy — pour ses gaiges de Tannée escheue le dernier jour de décembre mil v* vingt trois 200 liv. »
Je citerai ensuite quelques articles d'un compte des menus plaisirs de François P', qui comprend plusieurs années :
a A messire Berthelemy Guety, painctre du Roy NS., la somme de cent deux livres dix sols tournois, pour son entretenement au service dudit seigneur et en attendant qu'il soit couché et employé en Testât des officiers de la maison, durant les moys d'octobre et novembre derniers passés et le présent de décembre (1528).
« A maistre Berthelemy Guety painctre du Roy NS., la somme de deux cens cinq livres tournois pour partye de la somme de uij'^x livres, dont le dict seigneur luy a faict don, durant ceste présente année, commaucée le premier jour de janvier dernier passé, par forme de bienfaict et pour s'entretenir en son service — le 20 mai 1 529.
« A Berlhelemy Guety, painctre ordinaire du
198 LA aKNAISSANCE DES ARTS.
Roy NS., la somme de deux cent livres tournoià — et ce par forme de don et bienfaict — le. 22 décembre 1529.
a A Maistre Berthelemy Gueti , painctre du Roy NS.y la somme de 202 livres 10 sols tournois, pour partye de la somme de 41 0 livres dont il luy a fait don, durant ceste présente année, par forme de pention et bienfaict, et pour s'entretenir à son service. Le 27 avril 1532. »