NICOLAS LABBÉ
- (f A Nicolas Labbé, maistre peintre, la somme de 300 fr., a luy ordonnée, pour ouvrages de paintnres en forme de grotesque par luy faits audit Fontainebleau. — Compte de M* Bertrand le Picarl depuis le mois d'octobre 1559 jusques au dernier jour de may 1 560 ». (Voir à la fin du volume pour les travaux dans le château, et une autre mention de l'acquisition d'un tableau en 1 556, etc.)
Dans Tarticle qui suit immédiatement, il est appelé Nicolcis de Labbey, et on le distingue facilement de maistre Nicolas Labbati qui figure dans le même chapitre , et qui était un autre peintre et un autre homme. J'ignore quels rapports de parenté il y avait entre lui et Christophe I^bbé, qui paraît dans les comptes à partir de Tannée 1 560 ; quant à Camille Labbé, c'était son fils.
Je citerai ici le début du compte de 1571, qui comprend tous les travaux exécutés par Nicolas Labbé, par plusieurs peintres et par Germain Pillon, le sculpteur, sous la direction de Ronsard, Dorât et Jamyn, les poètes les plus renommés du temps* Je m'y référerai quand j'arriverai à ces différents artistes :
« Despence à cause des parties et sommes de deniers paiées par ledit maistre François de Vigny,
présent receveur et comptable, de Tordonnance de Mss les prévost des marchans et escbevins de ladicte ville de Paris, pour et à cause des nouvelles entrées du roy Charles neufîesme , nostre souverain seigneur, et de la Royne Elizabel sa compaigne , faictes en ladicte ville de Paris ; assavoir : celle du Roy le cinquiesme jour de mars mil v^ soixante unze et celle de la Royne le vingtroisième jour dudict mois de mars, ou dit an. Tant pour la construction des arcs triumphans, faictz à la porte Saint Denis et ou lieu où estoit anciennement la faulce porte d'icelle, près Sainct Jacques de THospital , et aux deux boutz du pont Nostre Dame; couverture d'iceulx de bouys, liarre et autres enrichissemens de paintures, ornemens de la fontaine du Ponceau et des personnaiges eslevez en bosse et aussy devant le sépulchre et Téglise des Saiuctz Innocens, et perspective devant le Chastellet , vis à vis de la rue Sainct Denis; acoustremens et autres despences des cappitaines, lieutenans^ porteurs d'enseignes etsergens de bende — Lesdictes parties montans ensemble à la somme de quarente neuf mil deux cens vingt trois livres, quatorze sols, cinq deniers tournois.
« Peintreries et figures faictes es dicts arcs triumpbans, piramide, perspective et autres lieux.
(( A Nicolas Labbé , peintre du Roy, demourant à Fontainebleau, et Germain Pilon, sculpteur, demourant en rbostel deNesle, la somme de trois mil
PEINTRES EN TITBE D*OPFlCE. 217
cinq cens livres tournoys, à eulx ordonnée par MSS les préyost des marchans et escbevins, pour avoir, par eulx et leurs gens , bien et deuement faict et parfaict selon les pourtraicts, devis et marché par MSS faicls avec eulx les ouvraiges de peintreries , figures et autres choses, cy après déclarées, es lieux qui ensuivent. Cest assavoir : à la porte Sainct Denis. » — Je suis obligé ici d'analyser une longue description que le comptable a rédigée, à son point de vue, d'une manière très-diiïuse. A la porte Saint- Denis, on éleva un portail, et des deux côtés on fit peindre une grande figure. « Lesquelles figures, acompaignées de leurs omemens et de deux festons et piédestal, estoient de platte peincture sur toille. La première figure, qui estoit au costé dextre, se nommait Majesté, laquelle estoit armée, au visaige grave, au front redoutable, vestue dun fort riche manteau de couleur d'azur, tenant un grand septre en sa main et ungbaston de justice en Tautre, et autres petizseptres et petites couronnes semées tout à l'entour d'elle. Avoit ung tiare en la teste presque de telle sorte que on le faict au pape. Elle avoit les pieds sur le sommet de plusieurs villes et faisoit semblant de regarder l'autre statue et luy monstrer son septre. » Je ne pousserai pas plus loin mes extraits; on sent trop, dans ces compositions, l'influence des poètes dont la pauvre imagination contraignait les artistes dans ces voies impraticables. Toutefois, je citerai encore ce passage : « A Nicolas
Labbéy peintre du Roy, demoarani à Paris , pour avoir faict ung cadmus, rehaulcéde couleurs, pour ce XVII liv. t. Item pour avoir faict deux tableaulx d'escriptures, en grec, pour mètre à la porte aux peintres Ix s. t. — Item quatre pourtraictz de cbevaulx rehaulsés de couleurs pour ce : xv livres. » (Tout ensemble , y compris plusieurs articles que j'omets, 280 liv. 4 s.)
La description suivante, des travaux exécutés dans la grande salle de Tévéché, mérite plus Fattention :
« A Nicolas Labbé, peintre du Roy, et Camille Labbé son fils, aussy peintre, la somme de sept cens livres tournois, à eulx aussi ordonnée par MSS, pour avoir par eulx faict les ouvraiges de peintreries, cy après déclarés, en la grand salle du logis épiscopal de révesque de Paris; assavoir : une frize de peinture tout à Tentour de ladicte salle, contenant seize toizes de long, sur six de large, laquelle frize contenoit dix pieds de hault ou neuf pieds et demy pour le moins, ornée de sa corniche et orguitrave ; avoir orné ladicte frize de seize tableaux d'histoires et figures poéticques , telles que le devis luy en fut baillé, et seize paisages avec armoiries par voie du Roy, de la Royne et de la Royne mère , messieurs et madame le tout sur toille, de bonne
et ferme peinture, le tout dressé et applicqué et fourni de toutes choses à ce nécessaires. Item faict f inq tableaux sur toille, cloué en bois, en forme de
châssis^ dont les quatre estoient d'une loise en quarré et le cinquiesine de neuf pieds en quarré ,. esquelz tableaux estoient peints de vives couleurs, sur ladicte toille, les histoires baillées audict Labbé* — »
J'ai dit que trois poètes avaient été chargés de composer toutes les ystoires; c'était agir dans les errements du moyen âge, desquels on n'avait jusqu'alors dévié qu'à Fontainebleau. Voici leurs paiements :
« Taxations de ceulx qui ont inventé , conduict et dressé les figures et dictons des arcs triumphans et autres choses du faict desdicles entrées.
a A M* Pierre de Ronssard, aulmonier du Roy, la somme de deux cens soixante dix livres tournois, à luy ordonnée par MSS, sur les inventions, devises et inscriptions qu'il a faictes pour lesdictes entrées. Pour ce cy ij*' Ixx liv.
(Il touche, en outre, 54 livres.)
w A Amadis Jamyn, poète — pour ses peines, sallaires et vaccations de ce qu'il a faict, par ordonnance dudit S'' Ronssard, pour servir auxdictes entrées xxvij liv.
« A M* Jehan de Dorât, poète du Roy, — pour ses peines, sallaires et vaccations d'avoir faict tou^ les carmes grecz et latins, mis tant es porticques*^ théâtres, arcs triumphans, que collosses qui ont esté dressez pour lesdictes entrées, et avoir faict partie des inventions, mesmes l'ordonnance de six figures
de sucre qui furent présentées à la collation de la Royne, du présent faict au Roy, en carmes latins
» pour ce IX" ix livres.
« A maistre Jehan de Dorât, poète du Roy, — oultre les sommes qu'il a par ci devant receues, et ce pour les inventions, carmes latins et fictions poétiques, par luy faictes, pour l'entrée de la Royne. Aussi pour la traduction et allégorie qu'il a faict de rhistoire de Tifre, par luy inventée, en xxiiij tableaux, pour la frize de la salle de Tevesché. • . pour ce Iiiîj livres.
ROGER DE ROGERY.
u A Roger Rogier , maistre paintre , pour avoir par lui fait dix patrons de grotesques de la généalogie des dieux. — Compte desbatimens de Fontainebleau pour l'année 1559. » (Voir à la fin du volume.)
Voici le détail de la partie des travaux dont il fut chargé, dans la décoration de Thoslel de la Royne, dite la petite maison de Paris : « Audict de Rugery, painctre ordinaire de la Royne, la somme de G escus « — sur et tant moings des ouvraiges faicts de paincturessurthoille, queaultrement, sculture et tournemens de festons de lierre, or clicquant et autres, que pour les façons et esloffes de deux cheveaulx et d'une façon de nue, le tout faict et atourné d'une
belle sorte et manière^ tant de ladicte painture que sculture , qu'il a promis et commencée faire , pour Taornement de ladicte grande salle de forme ovalle. A luy la somme de deux cens escus — le trentiesme jour de septembre. »
Ce même artiste figure encore dans TEstat des officiers de la Royne pour Tannée 1 586-87, et avec cette qualification :
Paintres.
« A Roger de Rogery, painctre de feu mad'"' Gondy, vi" xiij liv, »