DEUXIEME PARTIE
La LIBRE PENSEE
ET
La PENSÉE NOUVELLE
Le matérialisme militant se trouvait aux prises, dès la première heure, avec les divers champions de la métapysique ; et il leur faisait face à tous, en proportionnant ses ripostes aux attaques de ses adversaires.
Les plus acharnés et les plus bruyants étaient, sans conteste, les gens de froc et de crosse, ivres du credo quid àbsurdum, pourvoyeurs-nés du bras séculier, dévots à sainte Pélagie , et que la dénonciation console bien petitement des bûchers éteints. A leurs grosses injures on ouvrait simplement, toutes les semaines, un panier de la fin ; à leurs plaisanteries on opposait des railleries équivalentes ; à leurs arguments, ou du moins à tout ce qui présentait quelque apparence de raison, on répondait par des démonstrations aussi péremptoires que possible. Mais en soutenant celte menue guerre, le ma\.^T\aX\%T£v^
n'oubliait pas que les 'religions ne sont que les produits inférieurs de Tanthropomorphisme ; sa polémique visait plus haut. Par delà les litanies et les miracles saugrenus, il engageait avec les rationalistes un combat plus courtois, mais autrement sérieux . Allié à quelques-uns sur le terrain politique , il n'en sentait que plus vivement la nécessité de signaler le caractère illusoire de leurs philosophies ; il s'efforçait de faire entendre aux spiritualistes, panthéistes, idéalistes, que leur connivence involontaire était le plus sûr appui du cléricalisme et de la réaction. Royer-GoUard a dit : « On ne fait pas au scepticisme sa part ; » aphorisme creux ! puisque le doute est aisément limité par la certitude ; nous disions plus justement , croyons-nous : « On ne fait pas à l'anthropomorphisme sa part ; toute doctrine fondée sur ce mirage est, au fond, identique à la plus naïve superstition. »
A ces adversaires naturels, que fournissaient en abondance l'armée cléricale et le camp métaphysique, il faut ajouter certains groupes dissidents de l'école expérimentale. Les deux sectes du positivisme prétendaient seules continuer la série des grands philosophes, depuis Démocrite et Aristote, et régenter la pensée et la société modernes. Elles ne substituaient pas seulement un nom à un autre. L'une, par sa théorie du pouvoir spirituel , confinait à la théocratie ; toutes les deux, par leur attitude ambiguë devant certaines questions, par leur perpétuel recours au relatif et à l'inconnaissable, rouvraient la porte à l'idéalisme et à la religiosité. Tout en proclamant les services rendus à la libre pensée par les Comte et les Littré, il était indispensable de marquer les réticences, les déviations et les dangers du positivisme, et d'établir nettement le lien qui le rattache à une philosophie