LA UÉTAPHYSIQUB AUX ABOIS
Paub majora. Ces entretiens familiers sont un genre épuisé ; Nonotte et Voltaire en demeurent les vrais maîtres : vous ne dépasserez pas Tun, Gazette^ et nous n'égaierons pas l'autre. Quittons donc la polémique directe où les mots tiennent plus de place que les idées, où l'inutile cliquetis de pointes plus ou moins mal aiguisées retarde le combat véritable et sérieux.
Le long duel des doctrines (il n'y en a que deux) touche à
sa fin. L'épée flamboyant de l'archange, refourbie d'âge en
âge par Platon, Augustin, Thomas d'Aquin, Descartes, Male-
branche, échangée un moment contre une vieille claymore
écossaise un peu dérouillée dans la boue et l'injure par
d'onctueux diseurs de lieux communs, s'émousse enfin et
s'use, et se détériore piteusement. Telum imbelle sineictu^
elle pourfend le vent, et jette dans le vide un dernier
éclair. Ceux qui essayent de la manier encore sentent leur
faiblesse ; les plus désespérés jettent des cris insensés, des
arguments risibles, des menaces sans effet, des exorcismes
éventés, retrouvant parfois quelque botte secrète (c'est la
tienne, ô Basile !) pour assassiner une candidature acadé-
inique. Mais la plupart des dialecticiens de la vieille école,
qu'ils se l'avouent ou non, rompent et reculent, s'ils ne
viennent à nous. Les uns ont déjà renoncé à soutenir les
preuves de l'existence d'un dieu ; d'autres, en grand
nombre, appliquent à la nature, à la fatalité, à l'humanité,
un nom dont ils ont détruit le sens et l'objet. En vain ils
se retranchent dans leurs chaires officielles ou dans leurs
propres scrupules ; ils y seront traqués, forcés par la
vérité qu'ils entrevoient. Pour le moment, ils supplient
Socrate, Platon, ils adjurent les Trônes et les Dominations
de ne pas les laisser succomber dans la lulle a^'\!i^ 'èovi-
tiennent contre Févidence ; accompagtvès> Ôlm ^\^^\s<^
savoyard, ils se mettent à l'affût des contradictions appa rentes qui peuvent échapper à la philosophie expérimen taie, ils décochent un sorite, un dilemme, un paralogisme tout cela sans sortir du cercle vicieux où ils sont désormai enfermés. Sans cesse ils affirment, là est leur faiblesse ils oublient, lorsqu'ils supposent des entités inutiles, sinoi contraires à Tordre naturel de mieux en mieux observé que c'est à eux de fournir la preuve. Il suffira de par courir quelques-uns de leurs opuscules les plus récenti pour y faire une moisson d'aveux imprudents, de concessions inespérées et de contradictions.
M. Paul Janet, qui est à la fois le plus courtois des philosophes et le moins timide, le plus ouvert des spiritualistes français, veut bien étudier, d'après les observations de la science, les rapports intimes qui attachent la pensée au cerveau ; mais pour éviter de souscrire à la sentence qu'il sera contraint de prononcer lui-même, il avertit que « Vâme^ fitelle liée à certaines conditions organiques déterminées — ce que d'ailleurs nul ne peut nier — il ne s'ensuivrait nullement qu'elles se confondit avec ces conditions mômes » ; ainsi, lors même que la physiologique constaterait la dépendance de Vâme à l'égard du corps, quand il serait démontré que sans cerveau il n'y a pas de pensée, que le cerveau est l'unique raison d'être des phénomènes dont l'ensemble constitue l'intelligence, ou âme^ « rien ne serait encore prouvé contre l'existence de cette âme. » Franchement, ces exceptions préjudicielles ressemblent fort à l'aveu d'une défaite. L'auteur ajoute que « l'âme se prouve (?) par des raisons morales et psychologiques indépendantes de la physiologie. » Ces deux lignes sont un nid de contradictions. La psychologie est, je pense, la science de Vâme; or^ si lame, comme le craint M. Janet, egl