‹ La renaissance du matérialismeChapitre 40 sur 114 · LA MÉTAPHYSIQUE AUX ABOIS · texte numérisé non relu

LA MÉTAPHYSIQUE AUX ABOIS

t liée au corps par des liens de dépendance (le mot y est), comment trouver des raisons psychologiques indépendantes de la physiologie ?

M.Janet « reconnaît que le physique est pour beaucoup dans Texercice de la pensée, « mais ne veut pas croire « qull y soit tout. » Quelle concession ! relevons en passant une locution vicieuse qui veut être habile. « L'exei> cice de la pensée » renferme ici une tautologie, car la pensée n'est elle-même que l'exercice des facultés encéphaliques, une fonction des centres nerveux.

M. Janet demande qu'on signale « avec rigueur et prédsion la cause unique et directe de l'intelligence. » Pourquoi ces adjectifs ? L'intelligence ne peut-elle pas avoir plusieurs circonstances déterminantes. Ne peut-elle pas être définie : le rapport d'un organisme vivant avec le monde extérieur ? La comparaison de la lyre et de l'harmonie, si mal réfutée par Socrate, s'applique parfiiitement à l'organisme et à l'intelligence. Le musicien qui fait vibrer la lyre, c'est le milieu même qui développe et nourrit l'organisme.

M. Janet cite un célèbre passage de Lucrèce (Livre III), sur la croissance et la décroissance simultanées de l'intelligence et du corps. Il le trouve grand et triste, mais n'y répond rien. Un des plus faux raisonnements de M. Janet est celui-ci : Dans le plus grand nombre de cas, des lésions dans l'intelligence correspondent à des lésions dans le cerveau ; mais il arrive que certaines folies graves ne laissent au cerveau aucune altération appréciable : donc, c'est l'âme qui était malade. Faites com- )rendre à des gens sérieux ce qu'est la maladie d'une ubstance une, indivisible, comme vous dites, et par onséquent inaltérable, mais Surtout prouvez d'abord

Texistence de Fâme : est-ce en admettant « cette vérit^^ fondamentale... que le cerveau est Torgane de la pensée et de rintelligence ? » Oui, si voua faites concevoir l'ouïe sans Toreille, la vision sans les yeux, la fonction sans Torgane, la force sans la substance.

La Revue chrétienne du 5 janvier nous fournit un autre exemple des inconséquences où tombent les spiritualistes de bonne foi. M. E. Naville admet que « les jugements moraux varient incontestablement; » et il n'en soutient pas moins que l'idée du bien est fixe et absolue. Le même pense que « la conscience, sans laquelle il n'y aurait pas de jugements moraux, est un fait primitif et permanent de la nature humaine, » et il n'en conclut pas que la naiure humaine est l'unique raison d'être de la conscience.

L'erreur de nos adversaires tient sans doute au double sens qu'ils prêtent au mot « conscience. » Pour nous, la conscience est le sentiment par lequel tout être vivant se distingue de ce qui l'entoure et conçoit sa propre personnalité. C'est cette même conscience simple, et non une autre, qui, transportant par analogie ses impressions de peine ou de plaisir aux êtres voisins, arrive par degrés, par longs tâtonnements, à l'idée générale du bien et du mal. Il n'y a de droits et de devoirs qu'où il y a juxtaposition, société. Pour l'être isolé, pour l'animal qui n'a pas besoin de ses semblables, le bien et le mal n'existent pas ; sa conscience demeure incapable de toute conception morale. Née des seuls intérêts sociaux, la conception du juste varie selon les âges, les temps, les milieux et les civilisations. C'est pourquoi elle est toujours perfectible.

Lorsque, dans la même Revue, M. de Pressensé ressasse, avec l'obstination d'un bélier buté, ces vieilles accusations

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