MIRACLES ET FLÉAUX
pour MM. Taine, Littré, Renan et consorts. Quant à établir un rapport quelconque entre l'idée de justice et TindifiTérenée de ces fléaux aveugles qui emportent le bon avec le méchant, le confident de Jéhovah y perd son latin : « Patiens qtua œtemus », dit-il ; Y Etemel laisse à MM. Taine, Littré, Renan, le temps de se sauver ou de se perdre sans retour ; quant aux innocents, il les inonde pour avertir. Qui et de quoi ? Les calamités sont une épreuve et une occasion de mérite. Pour les morts, ou pour le^ survivants? Allons, mieux vaut encore, ô apologistes de la peste, du choléra, des inondations, se noyer dans un chaos de contradictions que dans la Loire débordée I
Pour justifier les fléaux et les miracles, il faudrait prouver la synonymie de l'arbitraire et de la justice. C'est àquoi toute argumentation, même celle de M. Dupanloup, ne peut réussir. S'il y a une justice suprême dont un reflet luit en nous, pourquoi se manifeste-t-elle par l'iniquité? Cette question, éternel écueil du catholicisme, n'existe point pour le libre penseur; nous ne sommes point les esclaves d'un maître capricieux ; soumis, comme les autres formes animées, à des lois invariables et indifférentes, nous n'en sommes jamais réduits à douter d'une bonté divine et à plaider les circonstances atténuantes pour les cruelles fantaisies d'un roi. Nous n'appliquons point les règles d'une justice qui n'appartient qu'à nous, personnes vivantes et réelles, à des forces impersonnelles ou à des entités factices.
Autant les caprices de la providence aveugle sont chers aux amis du quia àbsurdum^ autant les réalités scientifiques les importunent.
Josué arrêtait le soleil, ce qui n'était pas bien malaisé ; voilà que M.*Coquille veut arrêter la terre. Ce mouvement
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l'inquiète, Thumilie ; pensez, donc, pour un homme inébranlable, immobile en ses principes, il est désagréable de tourner malgré soi ; avoir un os sublime et pendre par les pieds aune boule I être préoccupé sans cesse d'un équilibre qui pourrait se rompre ; ressembler à cet acrobate qui marchait sur un globe I Qu'on nous ramène au temps où la terre tranquille, centre du monde, entre l'Enfer et le Paradis, dormait encore à l'ombre de la Croix. Du moins n'enseignez ces vilaines nouveautés-là que dans le fond de vos collèges, dans le demi-jour de vos académies ; n'allez pas les proclamer à la lumière éblouissante de la rampe : ne dépoétisez pas le théâtre par des expériences de physique. ^
Le nom de Galilée donne des attaques de nerfs à M. Goquille. Il en veut à M. Ponsard de lui rappeler qu'il tourne malgré lui. Il tourne ; et ce n'est pas dans l'Écriture. Et conçoit-on ce Galilée qui veut faire honneur aux livres saints d'une découverte de la raison, qui prétend le mouvement terrestre conforme au plan divin ? Voilà de ces politesses insultantes I Copernic, lui, un chanoine polonais, n'avait proposé cette ennuyeuse rotation que comme une hypothèse. L'Église n'avait rien à dire ; mais ce Galilée, avec son e pur si muove/ Ah I Galilée, ah I M. Ponsard, on ne fait pas, on ne dit pas de ces choses-là I
Ces lamentations du nouveau Jérémie feraient croire qu'il condamne hautement le système de Galilée, formellement taxé d'hérésie par l'Inquisition. Que non pas I Si la terre tournait, par hasard I II faut que l'Église se ménage une échappatoire. M. Coquille nous fait remarquer que le Saint-Siège n'a eu garde d'approuver la sentence inquisitoriale ; que le Saint-Office, bien que tribunal auguste, pouvait néanmoins se tromper, sans ébranler l'infallibilité
COQUILLE, rONSARD ET GALILÉE 149
d'Alexandre VI et d'Innocent III ; enfin que « l'outrecuidance, les erreurs de Galilée peuvent servir d'excuse aux inquisiteurs, en admettant qu'ils se soient trompés. » Quelles concessions I Eh bien, M. Ponsard, ne voulez-vous pas retirer votre pièce ? On la lira, bon dieu I on la lira ; déjà les petits journaux en ont donné des extraits. Allons I avouez que le sujet n'est pas des plus dramatiques; que de bruit pour un « savant condamné injustement à (|uelques mois de prison » I Vous voulez donc reparler encore un peu des tortures de l'inquisition ; mais ce n'est pas de bon goût ; on a beaucoup calomnié les médecins des âmes ; le bras séculier a bien renchéri sur leurs prescriptions. De grâce I avez-vous réfléchi aux conséquences ? « Ce n'est pas un simple inquisiteur qui sera pris à partie, mais le tribunal de l'inquisition lui-même. C'est ce tribunal auguste (qui cependant « pouvait se tromper ») qui sera livré à la risée et à l'indignation du parterre et des loges, etc., etc. » M. Coquille ne manque- vraiment pas de clairvoyance, et il ne se cache pas que «MM.Laplace et Arago ont évincé Dieu de la nature et introduit l'athéisme dans la science. » Heureux d'être une fois d'jaccord avec M. Coquille I Et quelle politesse pour M . Laplace I
M. de Lansade a moins d'aménité ; il est intarissable en s^ glose contre le panthéisme qui n'en peut mais et le positivisme qui se défend bien tout seul . C'est surtout au matérialisme qu'il en veut ; mais il se croit bon plaisant lorsqu'il a accolé les épithètes d'athée et de brutal, et signalé la doctrine de Thaïes, de Lucrèce, de Gassendi, de Diderot, de Broussais, etc., comme un «blasphème de carabin qui ne trouve pas l'âme sous le scalpel. » Il nous serait facile aussi de rapprocher certains mots : déiste et songe-creux iraient ensemble à merveille ; nous lutterions
sans peine d'élégance précise avec le « blasphème de carabin », et l'on reconnaîtrait du premier coup les doctrines caractérisées ainsi : boniments à Fusage de ceux qui cherchent midi à quatorze heures.
M. Guizot voit avec terreur les miasmes imperceptibles dt matérialisme se glisser dans les campagnes lointaines, e1 corrompre jusqu'à la saine odeur du foin. 0 pauvres bestiaux innocents, quelle nourriture vous attend I Pauvres ouailles, pauvres brebis! Tout le bercail est infecté M. de Lansade, qui commente ici M. Guizot, proposerai bien un remède ingénieux, mais il tremble que la déca dence de l'esprit humain n'en permette plus l'usage « L'on aurait dû laisser faire dans l'ordre intellectuel ce qu'il faut bien faire dans l'ordre matériel, pour le choléra par exemple : arrêter le mal dans son pays d'origine L'Inquisition avait été établie dans ce but » (locution condamnée par feu De Mars). Ah ! bahl que ne faisons-nou! du moins dans Tordre matériel ce qui n'est plus possible dans l'ordre intellectuel. M. de Lansade aurait tué, n'est-ce pas? le matérialiste, pour tuer le mal dans son pays d'ori gine : tuons désormais les cholériques pour supprimer le choléra. 0 logique I voilà de tes méprises.
Mais comment remédier à l'absence déplorable des vrais remèdes ? Par les menus miracles, les mandement! bénins, les quêtes, mendicité déguisée, au nom de l'Im maculée Conception de Lourdes, ou de Notre-Dame de Graçay. Voici un doyen qui m'offre pour un franc : « h participation aux prières de la confrérie du Saint-Sacrement, dès longtemps établie à Graçay ; au service annue! qu'elle fait dire pour les défunts ; aux huit messes solennelles de la Fête-Dieu, célébrées à un autel privilégié à cent vingt messes en dix ans, et à une messe à perpé-