‹ La renaissance du matérialismeChapitre 41 sur 114 · CE QU*EST LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

CE QU*EST LA CONSCIENCE

! d'immoralité que Ton prodigue au matérialisme, on rirait volontiers, s'il ne s'agissait d'observer une exacte politesse, Il nous accuse d'infatuation, de demi-science, de folie, que sais-je encore ? Avec Dieu et l'immortalité, dit-il, nous nions la liberté morale. C'est le contraire quil faudrait dire ; en délivrant l'homme du joug de craintes vaines, en chassant loin du sage de chimériques et insoutenables espérances , n'élargissons-nous pas le cercle de cette liberté relative^ attribut commun de la vie, et que l'humanité doit chaque jour étendre ? Mais M. Jules Barni, bien qu'il n'accepte point nos doctrines, les détendra mieux que nous-mêmes contre cet outrageant verbiage. Nous recueillons, dans son estimable Histoire des idées au dix-huitième siècle, les passages suivants :

« Le matérialisme... n'a pas toujours été aussi malsain qu'on a bien voulu le dire. Deux grands sentiments le relevaient : le sentiment de la liberté de la pensée et Tamour de l'humanité... Loin d'être négative et stérile..., c'est une philosophie féconde en grands résultats. Voyez un peu. Elle a donné au monde la liberté religieuse, la liberté de penser, etc., etc. Tels sont les résultats qu'elle a conquis... Est-elle donc si indigne de notre reconnaissance ? »

Ah ! si Calvin habitait encore Genève, M. Barni n'y ferait pas long séjour. Et ce sont les disciples de ce Calvin qui nous accusent d'intolérance et de tyrannie intellectuelle I Cette fois nous ferons plus que rire, nous hausserons les épaules ; le journal qui s'intitule le Disciple de Jésus-Christ en pensera ce qu'il pourra. Autant en dironsnous à ces polémistes pieux qui, du haut de chaires et de fonctions inviolables, assurés d'une impunité absolue, se

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déclarent faibles et vaincus pour nous accuser de lâcl et de férocité.

Il est temps d'égayer ce bulletin par une anecd recommandée à ceux qui voient dans la croyance à i vie future la plus puissante sanction de la morale :

« Chez les Vitiens, dit sir Lubbock, le parricide n'est un crime, c'est un usage. Les parents sont généralem tués par leurs enfants. On est surpris, après cela, de ^ M. Hunt considérer les Vitiens comme pleins de tendre et de piété filiale. En réalité, pourtant, ils regardent usage comme une si grande preuve d'affection, qu'T)n peut trouver que des fils pour s'en acquitter. Le fait que non seulement ils croient à une vie future, mais qu sont 'persuadés qu'ils renaîtront dans le même état où ont quitté cette terre. Ils ont donc un puissant motif p( abandonner ce monde avant d'être affaiblis par la vi( lesse... Quand un chef meurt, il est d'usage à! envoi avec lui plusieurs de ses femmes et de ses esclaves. A mort de Ngavindi, Thakombau proposait d'étrangler sœur, épouse favorite du défunt, selon l'usage acco tumé... Le chef mort, revêtu de tous ses ornements, éfa étendu sur une estrade, ayant à ses côtés le cadavre d'à de ses femmes, et à ses pieds celui de sa mère ; un escla égorgé reposait sur une natte, au milieu de la maison, horribles que soient ces faits, ils montrent du moii combien doit être forte, à Viti, la croyance à une secom vie. »

§2 — 10 février 1867

Hiracles et fléaux ; M. Dupanloup. — Coquille, Ponsard et Galilée. — Aménités cléricales — Inquiétudes de M. Guizot. ~ Mendicité cagote. — Histoire de Bernadette. — Un mot sur Cousin. — Une définition du sentiment religieux. — Le divin. — Mots fétiches.

Les impies s'agitent I Vite un beau miracle pour faire rire les incrédules.

Les savants, sans respect notent des fautes de grec et de latin dans les textes sacrés! Vite un coup de tonnerre... sur un clocher.

L'athéisme déborde I Vite une inondation qui noie et nune les pieuses cités d'Orléans ou de Lyon.

Telle est la logique de M. Dupanloup. Vraiment un chien muet, l'animal que détestent le plus les prédicateurs aux abois, un chien muet ne vaudrait-il pas mieux qu'un évêque déraisonnant?

Selon le polémiste «sacré, les miracles, n'étant qu'une application particulière et exceptionnelle de lois par Dieu fixées à la matière, se concilient sans peine avec une sagesse et une prescience infinies. Conclusion qui jure avec les prémisses : quel besoin d'exceptions pour une sagesse qui devait tout prévoir ? Mais M. Dupanloup va lui-même éclairer d'une image Tévidence de sa contradiction.

MATER. b

Il compare Dieu à Thomme de génie, qui, par Femp^^^ nouveau de forces préexistantes et inconnues, crée jg machine à vapeur ou le télégraphe électrique. Et DL«5^ s'écrie-t-il, n'aurait pas le pouvoir, à un moment donné, de susciter quelque fait merveilleux par un procédé analogue ?

Notez d'abord cet anthropomorphisme inconscient, inévitable, qui est la base et la faiblesse de tous les raisonnements ecclésiastiques. Tout dieu est forcé d'agir en homme, puisqu'il est modelé sur l'homme.

Mais ici, pour que Dieu fût comparable à l'homme de génie, il faudrait que les forces dont il découvre l'utilité, lui aient été inconnues : que deviendrait la prescience divine ? S'il les connaissait , où est cette sagesse étemelle, qui est obligée de corriger, c'est-à-dire de modifier son œuvre, malgré le catéchisme qui la déclare immuable ?

Peut-être M. Dupanloup pense-t-il que, de toute éter- i nité, les lois exceptionnelles sont écrites, comme les lois générales. Dès avant l'âge de pierre, avant môme que la terre fût refroidie, il était décidé qu'un os tiré des catacombes, à un moment donné, guérirait la paralysie de monsieur ou la stérilité de madame, que l'abbé Lacordaire entrerait à l'Académie, ou que les Odeurs de Paris se vendraient à quarante mille exemplaires. Il le faut ; sur le livre des destinées tout doit être marqué, sous peine de borner la prescience divine. La Providence (c'est fatalité qu'il faudrait dire) y tient note des grains de sable et des gouttes d'eau, aussi bien que des gouttes de sang concédées à l'ange des batailles et au démon de l'inquisition.

Sur ces registres, sans doute, M. Dupanloup a lu les noms de ceux qui devaient périr dans les inondations

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