‹ La renaissance du matérialismeChapitre 44 sur 114 · LE DIVIN · texte numérisé non relu

LE DIVIN

Nous recueillons dans le Temps un excellent passage d'un article signé Charles Fuxelles ; c'est le résumé d'une série d'objections qui nous sont toujours adressées. Un autre jour nous y trouverons les éléments d'un curieux et important travail sur le sentiment religieux, ce mot fétiche si familier à la rhétorique vide de nos avocats, et que M. Lanfrey lui-même chatouille à la fin de son puissant article sur les Pamphlets dC église.

« On ne dépouillera jamais complètement la société ni la nature humaine du sentiment du surnaturel, fond de toute religion. Il restera dans les masses sous forme d'idolâtrie, dans les classes bourgeoises comme convention acceptée qui permet de se passer de réflexion ; chez les libres penseurs (?), comme superstition (mesmérisme, spirit(ttaQisme ou autres) ; chez les natures d'élite, comme religion pure, c'est-à-dire comme sentiment de Vinfini sans les bornes du dogme et du rite, à l'abri aussi du raisonnement, parce que le sentiment est pour elle une garantie plus sûre que tout raisonnement. »

11 va sans dire que nous augurons mieux de l'avenir, et que nous espérons voir les esprits s'arracher à ces « conventions acceptées qui permettent de se passer de réflexion » : on ne peut toutefois mieux définir, mieux con- . damner le sentiment religieux.

Certains philosophes nient Dieu, et ils adorent la divinité ; ils détruisent la personnalité divine, et ils conservent le sentiment du divin, dès lors sans objet, sans raison, et j sans signification appréciable. Ils y gagnent la sympathie de tous les gens qui ont du vague à l'âme, et qui, tour à tour audacieux et timides, se bercent dans le doute, comme dans une escarpolette, mais ils ne sauraient faire illusion aux penseurs sérieux, à ceux cjov ti^ lo\\\. ^i^'s»

de la philosophie un dilettantisme. Mettons-les donc ai pied du mur et ne les quittons point qu'ils ne nous aien expliqué et fait comprendre la divinité sans un dieu, h ' sentiment dii divin sans une personne divine : serait-ce 1( préteôdu fluide qui fait tourner les tables ? Textase d< l'hystérie? Peut-être ; c'est un je ne sais quoi.

Dites-nous qu'un dieu, une personne, une volonté, ui être distinct des autres êtres, a façonné les formes inerte et vivantes, comme un potier crée ses vases, ou mieux comme un statuaire incorpore sa pensée dans l'argile e le marbre, dites-nous que ce dieu fait de ses créatures c( qu'il veut, les éprouve au feu des passions, les brise oi les conserve, les tue ou les ressuscite, assure même aui moins imparfaites les bénéfices de la métempsycose et d( l'immortalité, qu'il faut adorer ce maître pour en êtr< bien venu, le considérer comme l'unique source de vie e de salut I Voilà qui est logique, une fois admise la réalité de la première hypothèse. Nous vous combattrons ; di moins nous vous comprendrons. Mais quittez ces formule; vaines, vagues et nulles, qui sont aux dogmes des religion; révélées ce que le p'anthéisme est au déisme, ce qu< Plotin est à Platon, des atténuations fuyantes et énervées Sachez bien que les précautions oratoires comme : Biet est impersonnel ; Dieu réside dans Vhumanité; Dieu es dans tout, équivalent à la négation de Dieu et supprimen tout net ce sentiment du divin, que vous mettez à tout< sauce. Si Dieu est impersonnel, il n'est pas un être vou lant et agissant ; s'il réside dans l'humanité, il est un( pure abstraction ; s'il est dans tout, il n'est rien.

Peut-être, en un temps où certains mots, usés et défor mes par le travail des âges, ont perdu leur sens primitif e par conséquent leur utilité et leur vie, peut-être n'est-i

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