‹ La renaissance du matérialismeChapitre 68 sur 114 · VARIABILITÉ DB LÀ MORALE · texte numérisé non relu

VARIABILITÉ DB LÀ MORALE

lité, nous laissions sans riposte pleuvoir sur notre bouclier ces traits inoffensifs. Mais quoi I Nos fougueux ennemis se hâteraient de triompher ; nos adversaires modérés et de bonne foi crieraient au dédain ; moitié politesse, moitié faiblesse humaine, nous rentrons dans la lice. Au reste, nous avons Tespoir que ces polémiques perpétuelles ne seront' pas inutiles à ceux que nous combattons. Déjà quelques-uns des champions de Tidéalisme et de Tentilé, MM. Janet et Garo, ont abandonné une foule de points secondaires et d'avant-postes de la métaphysique. L'un a avoué que le cerveau semblait nécessaire à la manifestation de la pensée ; l'autre promet presque que la métaphysique, réfugiée dans les régions transcendantes, ne viendra plus troubler l'enchaînement réel des faits constatés. C'est beaucoup. Enfin la plupart des adeptes des causes premières (effets sans causes) se sont retranchés dans les causes finales. Nous les y traquons souvent, et nous réussirons sans doute à enlever ce dernier asile au 'petit grain de routine qui hante encore tant d'intelligences. n^i ^® pareils résultats, de pareils espoirs, nous sont des ^ :| aiguillons puissants.

,^i,y| ï. Douay, de la Libre conscience^ a toujours été un de ,uî,i ^^ contradicteurs loyaux dont nous parlions tout à ite^i l'tft'ire. Quel plaisir ne serait-ce donc pas pour nous si, vul ^'^ coup rapide et adroit, nous faisions tomber les jnj| écailles, invisibles pour lui, qui sont collées sur ses yeux, ne • 1 *i ûous avions la chance de le tirer des phrases toutes faites et des déclamations banales? Nous essayions, l'autre Dontf 1 ^^'^^» ^^^ s^ demande, de déterminer l'origine de la loi ^.^^,4 Morale, du droit et du devoir ; et une analyse, qui a pour . niri ^^^^^^^ ^^^ caractères de la certitude, nous amenait au 1^^, \jj 4 ^^oin qui est la source tlo tout droit el e\cVov\V v\^No\v,lv

la vie, enfin, qui est la condition de tout besoin conscieni. Nous disions, ou voulions dire, que le besoin, déjà presque moralisé dans certaines familles ou associations animales, se raffinait en droit et devoir dans les sociétés humaines; que chaque, droit personnel, accompagné du devoir dese satisfaire, rencontrait sa limite dans le droit du voisin, parfois s'en trouvait primé et s*y subordonnait; que de cette limite résultait le devoir négatif de respecter le droit du voisin ; que de cette subordination naissait le devoir positif de favoriser, de secourir le droit du voisin ; enfin que ces deux devoirs avaient leurs degrés, étaient plusoa moins impérieux, selon les circonstances, les climats, les époques et les tempéraments ; c'est pourquoi la morale du Tupinamba ou de TAndaman ne ressemble guère à celle de l'Européen ; c'est pourquoi le naturel de Viti enterre vivant son père, tandis que nous entourons les nôtres d'honneur et d'affection ; c'est pourquoi je ne sais plus quels Polynésiens cassent deux dents à leur fiancée au lieu de lui offrir des bouquets et des sucreries. Tout cela lious • paraît parfaitement simple et clair. Quelles conséquence! en peut-on raisonnablement tirer dans l'intérêt de l'huminité ? sans doute celles-ci : il faut, par l'éducation et Tinstruction, élever de plus en plus l'ordre des besoins, donner la prédominance aux besoins cérébraux, pour ennoblir d'autant les droits et les devoirs ; il faut profiter de l'héré- 4 dite constatée des tempéraments et des facultés, pour . j accroître de père en fils le nombre et la spontanéité des idées généreuses, enfin effacer de plus en plus l'origine physique ou sociale de la morale, et la faire de plus en plus libre, dans le cercle qui est tracé au jeu de nos , facultés par notre organisme même et les fatalités ^ ambiantos.

,:l iT.-M

Page 1