‹ La renaissance du matérialismeChapitre 69 sur 114 · VAAUBILITÉ DE LA MORALE · texte numérisé non relu

VAAUBILITÉ DE LA MORALE

AU lieu de ces conclusions évidentes, H. Dpuay en adopte d'autres, qui conviennent mieux sans doute aux fiesoins de saeause, mais qui ne sont pas môme colorées d'une apparence ^de sens. A qui fera-tril croire, parmi les gens sérieux, que nous concédons le droit et le devoir aux animaux, que nous créons un devoir nouveau, le devoir ^igatif^ enfin que nous prêchons Técrasement du faible par le fort ? Ce dernier grief est vraiment par trop imprudent, et nous ne résistons pas au plaisir de le renvoyer à ceux qui osent nous l'adresser. Et d'abord que signifient des phrases commes celles-ci ? Nous citons textuellement : « Pour les matérialistes, les animaux, les plantes, les minéraux ont leurs droits etleurs devoirs ; ainsi que Thomme, ik ont sans doute droit au suicide; leursociétéa aussi droit de vie et de mort sur l'individu, en cas de besoin social. Pannilesanimaux, les carnassiers sontceux qui remplissent leplos de devoirs. Et de même parmi les honmies. » Nous aommes vraiment fâché que ce soit M. Douay qui nous fournisse cet échantillon du procédé trop fréquent de nos adversaires. Us dénaturent nos expressions et nos penlées et s'amusent à en composer des logomachies dont tout le mérite est à eux et pour eux. On ne répond point â ces choses. Rappelons en passant aux spirituaUstes et surtout aux idolâtres de Rousseau, que l'écrasement du faible par le fort est inscrit en toutes lettres 'dans le Contrai ioeial et dans toute doctrine qui fait de l'homme le jouet d'une providence capricieuse, l'esclave (le mot est juste) d'utopies oppressives, dont l'examen est étranger d'ailleurs à notre sujet.

Tout en nous accusant de nier la conscience, la raison^ la logique et toute loi morale fixe, M. Douay veut bien, par une exception qui a dû coûter à sa logique, à sa

raison, mais dont la vérité lui faisait un devoir, ne pas nous compter parmi les carnassiers du matérialisme. Il fait la mém^ grâce à M. Sarcey, tout en revenant à la plaisanterie du miracleSarcey. Nous nous creusons encore la tête pour découvrir le sens qu'il y attache, à moins, et c'est le plus probable, que, dans la conversion d'un homme au matérialisme parDescartesetleMârnt<e{^t( Baccalauréat, il n'ait vu et signalé un véritable miracle de la métaphysique. Nous espérons qu'elle en fera beaucoup d'autres analogues, et que le vague ambitieux des éthiques et des esthétiques transcendantes sera le plus sûr auxiliaire de la méthode matérialiste ; M. Douay pense le contraire, mais pas plus que nous il n'est infaillible. Gé qui est éphémère, dirons-nous à notre tour, ce n'est pas l'analyse, la constatation de plus en plus exacte des faits et de leur enchaînement, c'est l'affirmation sans preuve, l'illusion aveugle et obstinée ; c'est la doctrine bâtie en l'air, sur des entités, sur des abstractions érigées en axiomes irréductibles, sur la tautologie et le cercle vicieux des causes finales.

Notre ami M. Goudereau a trop récemment et trop bien xiéfini ce que nous entendons par matière, pour que nous traitions de nouveau ce point rebattu ; toutefois, pour satisfaire M. Douay et bannir toute équivoque possible» nous répéterons que le mot matière est une expressioti abstraite et générale, commode pour désigner l'ensemble des éléments constatés de ce qui est (hydrogène, oxygène j azote, carbone, fer, or, argent, soufre, etc., etc.) et deS propriétés qui les caractérisent. Nous pensons que cett^ fois il ne nous accusera plus de reculer la question. I' n'est pas content de cette image : l'esprit est la fleur o^ le parfum de la matière ; il appréciera davantage cett^

IfATBRIAUSTES HONTEUX 231

conclusion de rexpérience : il n'y a pas plus d'esppit sans cerveau, c'est-à-dire sans matière, que d*odeur de rose sans rose. Il soutient que nous nions la conscience ; c'est au contraire pour nous le premier caractère de la vie ; c'est la faculté de sentir le plaisir et la peine, et par suite le bien et le mal. Il ne semble pas non plus se faire une idée, môme approximative, de la raison : c'est le trésor d'expérience amassé par cette même faculté de sentir et par la conscience de ceux qui nous ont précédés ; la logique est l'art de classer et d'appliquer les faits, et les rapports des faits ainsi recueillis. S'il veut savoir encore où nous plaçons la grandeur d'une doctrine, nous lui répondrons que c'est dans sa vérité.

Le matérialisme, comme nous l'indiquions en tête de ce bulletin, a d'autres ennemis que ses adversaires naturels. Il a des ennemis intimes, des renégats qui, pour avoir attaché une nouvelle étiquette aux idées qu'ils lui ont dérobées, n'en demeurent pas moins ses débiteurs et ses créatures. Ils ont beau faire, ils savent et on sait qu'ils ne sont ni plus ni moins que des matérialistes. Tout ce qu'on peut faire pour eux, c'est de leur accorder qu'ils sont des matérialistes honteux. Nous signaler&ns plus loin les réticences positivistes. Tout en leur cherchant des circonstances atténuantes dans les services rendus à la cause commune, ^prêts à oublier certaines faiblesses, nous sommes obligés de couper certains accès d'orgueil.

Voici quelques passages, commentés, d'un article de la Réforme médicale (2 février 1868), signé César Lefort.

« Les matérialistes prennent au dehors une matière ou propriété dé matière assez subtile pour pouvoir être transportée dans toutes les autres, y compris l'organisme. «On vient de voir que cette imputation est absolument fausse.

Wi PARTIE II. — MATÉRIALISME MILITANT

<i Dans les deux camps on ne vise à rien moins qa*l recherche ou de la cause première ou de la cause final Qu'en pensent les spiritualistes? Cherchons-nous des cai premières et finales ? Ne les rejetons-nous pasahsolum<

« On s'explique dès lors le Juste dédain qu'à ] égale leur (aux deux camps) dispensent les positiviste Ce dédain des positivistes fait positivement sourire les térialistes.

La doctrine positiviste, ajoute le dédaigneux atrt « veut leur imposer et leur imposera sa méthode, c l'instrument est l'analyse et le but, la synthèse généra Vous voulez dire restituer ; il vous serait difficile de n imposer ce que vous nous avez emprunté.

« Si cette méthode, dites-vous, semble faire pen( davantage la doctrine du côté des matérialistes » (ô cieux et imprudent aveu I ) « c'est uniquement p qu'avec eux on sait toujours sur quel terrain on mar( et que surtout on a bien vite raison de leurs théories q conques dont on peut vérifier en peu de temps la tesse, » Faites-le donc, mais vérifiez d'abord votre fam( théorie du progrès, votre entité humanitaire, et même v hiérarchie des sciences. Ne vous figurez pas qu'elles so inattaquables. Songez que la doctrine Sankya dans l'Ii celle de Démocrite, Épicure, Lucrèce dans le mo gréco-romain, donnent un formel démenti à la rigueui vos périodes historiques.

Vous raisonnez comme nous, mais vous évitez de « dure ; on conclut pour vous. Soyez d'accord avec v mômes, c'est avec nous que vous serez d'accord.

Pour vous dérober à la conscience de l'intimité qui^ unit à nous, intimité confessée par M. Littré en « endroits de ses œuvres et, dernièrement encore, dan

Page 1