‹ La renaissance du matérialismeChapitre 76 sur 114 · POSITIVISME RELIGIEUX · texte numérisé non relu

POSITIVISME RELIGIEUX

que le père du positivisme nous a tracée de ses prédécesseurs. A ceci nous répondons qu'Auguste Comte a commencé par être disciple ou allié de Saint-Simon, que sa théorie historique est née de certaines idées du docteur Burdin, autre ami de Saint-Simon ; que la hiérarchie humanitaire qui constitue la religion positiviste est un perfectionnement ou une imitation de la hiérarchie saintsimonienne. Nous ne nions pas qu'Auguste Comte ait répudié Saint-Simon et rattaché ses doctrines à la tradition du dix-huitième siècle ; mais cela n'empêche pas l'influence de Saint-Simon. Pour prouver que ce retour de Comte à Condorcet, Diderot, d'Holbach, Hume, etc., n'a pas été timide, M. Robinet cite plusieurs passages des dernières œuvres de son maître, qui ne peuvent que justifier notre expression. En effet, dans ces pages où Rousseau et Voltaire sont très nettement accusés d'étroitesse d'esprit, où la grandeur de Diderot, de Hobbes, de Bacon, d'Aristote est énergiquement affirmée. Comte, n'en mentionne pas naoins, avec une admiration sympathique, Thomas d'Aquin, Dante, Descartes, Leibniz et de Maistre, bien étonnés de se trouver à pareille fête. M. Robinet juge sans doute un tel amalgame de doctrines disparates très hardi, ^ais peut-il m'empécher de le trouver timide et mal venu, comme tout éclectisme. Il assure ensuite que Comte, ^'ayant ni sabre ni écus, n'a pu imposer de système à ses disciples. Nous nous étions servi de ce mot, sur lequel M- Robinet semble vouloir jouer. Oui, Auguste Comte, ^près avoir vu la vérité, la juste voie de l'esprit humain, ^st tombé dans l'erreur et |dans la chimère ; il a inventé ^He religion sans dieu, un culte sans objet, et un fétiche *déal qu'il appelle l'Humanité : oui, il a créé un système (^u lieu de suivre une méthode), et il l'a imposé à ses dis-

ciples immédiats. Je n'en donnerai qu'une preuve, mais à laquelle il n'y a rien à répondre, c'est l'en-téte de la lettre que je résume : « Paris, le 6 Gharlemagne, 80® annëe de la Révolution. »

M. Robinet nous accuse, bien à tort, de malveillance pour ce qu'il y a de sérieux et de grand dans les conceptions positivistes; mais il ne nous fera jamais agréer ce qu'il y a d'étrange, pournepasdire plus, dans les passages mêmes cités par lui. Il nous accuse de ne connaître le positivisme que par M. Littré, contre lequel il semble nourrir une rancune de catholique à protestant. Ces querelles de secte nous sont absolument indifférentes, et nous avons le plus grand respect pour tous ceux dont la conviction est sincère. C'est assez dire que nous respectons les opinions de M. Robinet ; mais il ne nous les fera pas aisément partager. Ni César, ni Frédéric, ni même Charlemagne (patron dé ce mois), ne seront jamais pour nous associés à Aristote, à Bacon ou à Diderot.

Encore la vieille accusation de métaphysique ! Et qui dirige contre le matérialisme cette arme émoussée que M. Littré et M. Caro se repassent avec mille politesses ? C'est M. Legouvé ; il marche contre nous à la tête de plusieurs colonnes du Siècle. On^ne peut souhaiter de plus aimable adversaire, et nous, céderions au plaisir d'échanger avec lui quelques estocades courtoises, si les coups de sa dialectique s'adressaient réellement au matérialisme. Mais c'est une ombre, un fantôme, une création de son esprit, qu'il s'amuse à pourfendre. Son illusion est trop forte pour que nous ne la respections pas. Jugez-en par une citation :

« Que parlent-ils du fol amour des croyants pour le merveilleux et le surnaturel ? Les véritables amants du

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