‹ La renaissance du matérialismeChapitre 79 sur 114 · NOUVELLES ENTITÉS · texte numérisé non relu

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les personnes et de les isoler absolument de leurs opinions. Pour notre compte, c'est ce que nous avons toujours fait et voulons toujours faire, très certain de pratiquer la vraie et seule tolérance. Quant aux idées, considérées indépendamment de ceux qui les émettent, elles n'ont droit à aucun ménagement. La politesse la plus délicate ne peut me faire une loi de respecter une opinion qui me paraît fausse ; la bonne foi exige seulement que je ne la dénature pas.

Ainsi un spiritualiste me dira que l'homme vit après sa mort, ou bien que les êtres imparfaits prouvent un être parfait ;.que le désir du bonheur et de la justice assure au malheureux l'étemelle félicité. Je respecterai son droit de croire, mais nullement sa croyance, j'en démontrerai la fausseté et la puérilité. Un panthéiste prétendra que l'univers est dieu dans son ensemble, tout en ne l'étant dans aucune de ses parties ; je lui tirerai poliment mon chapeau, mais, resté seul avec son affirmation bizarre, je hausserai les épaules. Un positiviste m'assurera qu'il y a un être nommé Humanité, différent de tous les individus qui le composent, je serai obligé de me livrer encore au même exercice, tolérant pour les personnes et leur droit, intolérant pour les doctrines.

De même, quand notre aimable et savant collègue M. Daily nous affirme que « l'étendue, la pesanteur, l'odeur, la couleur, le son, etc., ». sont « les éléments de la science, au delà desquels nous ne savons rien, » nous respectons infiniment son droit à l'illusion ; mais nous sommes à la fois inquiets et étonnés de voir un esprit distingué prendre des mots pour des choses, se déclarer incapable de comprendre qu'il n'y a pas de couleur sans corps, lumineux, reprocher à M, 'W^touXiÇiS^ ^^

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reconnaître la substantialité de ce qui impressionne no sens, s'écrier enfin (ahl permettez-moi de sourire, tou en restant tolérant) : « Ne voyez-vous pas que vous touche du bois, du fer, du drap, du papier, mais non de L matière ? » Qu'est-ce donc, demanderai-je, que du bois du fer, du drap, du papier ? M. Daily nous répondra qui c'est de l'étendue, de l'odeur, du son, de la dureté, de le mollesse, etc. Franchement, est-ce sérieux ?

Voilà où en arrivent les sensualistes hégéliens comffi( M. Daily, comme M. Taine, pour lequel il n'existe dans l'univers que des forces et des lieux géométriques. Et ils appellent ces querelles de mots, — car il n'y a que cela, des mots, entre cette école et nous, — des raisons « pour être convaincus » qu'ils ne sont pas matérialistes. A leur aise; mais peuvent-ils nous empêcher de penser qu'ils sont aheurtés et butés à des moulins à vent? Peuvent-ils faire qu'ils ne soient purement et simplement des athées ? Quant à n'être ni spiritualiste ni matérialiste, c'est n'être rien, attendu que là où commence l'un finit l'autre ; il n'y a de vraiment neutres sur ce point que ceux qui ne s'occupent point de science et de philosophie. Dût M. Daily crier au déni de justice, comme il est parfaitement convaincu de science, d'intelligence et de réflexion, nous le considérerons, à son gré, comme spiritualiste ou comme matérialiste, sans intermédiaire et sans refuge possible. Qu'il soit sérieux dans sa conviction voulue d'indifférence, nul n'en doute, nul n'a le droit d'en douter ; mais que son opinion soit sérieuse, voilà ce dont on peut douter, sans intolérance.

Je laisse de côté certains reproches de pontificat, de théologie, de dieu-matière, le tout assaisonné d'un « ton superbe et dédaigneux. » Ici M. Daily s'est trompé sciertiment ; il sait très bien que nous n^avons ni religion (nous

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