LE MATÉRIALISME DANS LA PRESSE
la laissons aux positivistes) ni métaphysique (l'abandonnant aux dévots du phénomène) ; il saurait aussi, s*il avait lu avec attention certains passages auxquels il semble renvoyer, que le mot matière, le mot, est pour nous une abstraction, comme tous les termes du langage ; mais non pas les éléments divers, oxygène, hydrogène, carbone, etc., auxquels nous appliquons ce mot, éléments que M. Daily connaît de plus près encore que moi, et sans lesquels, il le sait, il n'y a ni corps ni propriétés des corps.
Et je conclus, avec notre ami Letourneau, bien plus, avec M. DaUy lui-même, qu*au lieu de disserter sur des principes qui nous sont à peu près communs, il vaudrait bien mieux réunir tous nos efforts « pour le triomphe de la liberté de penser et de parler. » Si une susceptibilité inopportune et quelques illusions étranges ne lui avaient fermé les yeux, M. Daily qui vient, par sa traduction de Huxley, d'apporter son concours précieux à cette liberté de penser et de parler, aurait reconnu que dans ce journal il n'est pas une ligne qui ne l'affirme et ne la revendique.
Nous voudrions, avant de quitter M. Daily, l'avoir convaincu que l'accusation de métaphysique, dont il a le courage de nous poursuivre, est plus que vieille, qu'elle est surannée, usée, démodée; c'est une arme de rebut dont on ne se sert plus. Il aimera mieux peut-être en croire une voix plus autorisée. Eh bien I voici ce que M. Frédéric Horin, qui est moins matérialiste que M. Daily, écrivait dans VAvemr du 14 juillet, à propos d'un livre de H. Nisard :
« Il nous serait facile de relever bien d'autres preuves 'le l'ignorance philosophique de M. Nisard : « L'orgueil « humain, dit-il quelque part , ne renoncera cas d^ « sitôt à sa chimère d'une âme matérielle, ^> y^tov^iVs^
très bien qu'on soit adversaire du matérialisme ; on peut, à tort ou à raison, lui reprocher de rabaisser l'esprit humain et de nier, sans preuve, quelque chose de réel, à savoir l'être qui pense et qui veut, mais, avec la meilleure volonté du monde^ on ne peut sans folie lui reprocher ni de forger des entités chimériques ni de flatter la vanité ou l'orgueil de l'homme. L'accusation de M. Nisard, dressée en une seule phrase contre ce système (qui a toujours eu des partisans fort respectables), est donc une rare accumulation d'erreurs et de contradictions, que nous ne voulons pas appeler grotesques, mais enfin que le P. Hyacinthe lui-même ne risquerait pas. »
Puisque M. Frédéric Morin est en si bonne veine d'impartialité, nous voudrions bien qu'il rayât aussi de l'acte d'accusation dressé contre le matérialisme cette prétendue négation sans preuves de l'être qui pense et qui veut ; nous nions si peu la pensée et la volonté, que nous les reconnaissons pour attributs inséparables de tout corps vivant, et, avant tous, de l'homme. Quant à ce qui est de rabaisser l'esprit et l'orgueil humains, c'est selon ce qu'on entend par ces mots. Nous discuterons ces points quand on voudra et autant qu'on voudra ; pour le moment, nous nous contenterons de ce certificat de non-métaphysique : « On ne peut, sans folie, reprocher au matériaUsme de « forger des entités chimériques. » Voilà qui est entendu.
Nous commençons à trouver quelques défenseurs dans la presse. Le Siècle, où M. Legouvé nous livrait dernièrement un si onctueux assaut, nous innocente, 1^ 11 juillet, par la plume de M. Eugène Ténot. Nous citon' le passage, sur lequel, d'ailleurs, nous avons quelque! explications à donner :
« Le matérialisme, c'est-à-dire l'affirmation de VunH