‹ La renaissance du stoïcisme au 16 siècleChapitre 14 sur 41 · JUSTE LIPSE. SA VIE · texte numérisé non relu

JUSTE LIPSE. SA VIE

la suite des malheurs de sa pauvre patrie, sut néanmoins utiliser précieusement ses loisirs forcés pour la gloire des lettres !

La guerre vint bientôt l'atteindre dans ce nouveau refuge. La question religieuse, compliquant encore la question politique, aggravait de jour en jour les dissidences entre les provinces catholiques du Sud et les provinces calvinistes du Nord des Pays-Bas. La guerre civile reprit avec plus de force et après la destruction de l'armée nationale à Jembloux, en 1578, le soldat espagnol entra en maître à Louvain. Lipse dut s'enfuir, et si sa demeure ne fut point à nouveau complètement pillée, il le dut à la protection de son ami Del Rio, futur jésuite, membre alors du conseil de Don Juan et juge dans le camp royal. A Anvers, où se réfugia alors le philosophe, on voit encore, dans le Musée Plantin, la chambre qu'il occupa, fort peu de temps, il est vrai; car, les troubles continuant, il lui fallut une situation pour vivre. Il la chercha et, une seconde fois, il ne la trouva que dans le parti protestant, à l'Université dé Leyde nettement calviniste.

La nécessité avait étouffé tous ses scrupules religieux. Peutêtre pensa-t-il alors pour se justifier au « fatum » stoïcien contre lequel il est bien fou de se débattre; les stoïciens seuls étaient capables de lui donner les excellentes leçons de résignation dont il avait besoin.

La période de Leyde fut, en effet, une des plus fécondes pour le travail personnel du savant. Il publia ses Electa^ recueil de notes sur les sujets les plus divers, pleines de remarques ingénieuses, puis d'autres notes sur Valère- Maxime, des remarques sur Sénèque le Tragique, Velleius Paterculus, etc., et enfin, en i583, le fameux traité de la Constance qui semble être précisément le résumé de ses réflexions philosophiques, et nous présente leur auteur sous l'aspect d'un véritable stoïcien. Lipse se trouvait alors en

pleine possession de son talent; nourri du suc substantiel des lettres antiques, les circonstances au iTiilieu desquelles il vivait, l'exil, la perte de ses biens, les difficultés qu'il éprouvait alors pour assurer sa vie matérielle, l'orientèrent tout naturellement vers la philosophie de Sénèque. Il put y apprendre la résignation et en même temps exprimer cette résignation dans de belles phrases; il put aussi servir une noble cause, celle de l'humanisme chrétien, et prouver que les belles lettres conduisent naturellement à la philosophie et au christianisme.

Ce traité de la Coîistance (i), qui est l'œuvre marquante de cette période, eut un immense succès, on le préférait à tous les autres ouvrages d'érudition de Lipse; cela se comprend : il répondait à merveille aux préoccupations de l'heure présente.

Dans sa veine philosophique, après ce premier essai de stoïcisme pratique, il se produisit comme un arrêt. Juste Lipse était beaucoup plus un érudit et un professeur qu'un philosophe. Sénèque l'avait d'abord séduit par la richesse et l'élégance de ses développements de morale pratique; il se prépara ensuite à l'étudier comme philosophe lorsqu'il écrivit, dans la Manuductio ad philosophiam stdicam et dans la Physiologia Stoicorum^ comme une sorte d'exposé dogma-

(i) Le traité de la Constance eut un prompt et immense succès. Naudé, le comparant à la cassette dans laquelle Darius serrait ses pierres précieuses, disait que Lipse avait eu l'art d'y répandre et d'y faire entrer tous les trésors de son esprit, et tout ce que son style avait à la fois de plus brillant et de plus élégant {Vie de J. Ltpse^ Bruxelles, i838, in-32); et nous lisons dans Bayle : « Nous connaissons un exemplaire fort curieux du traité de la Constance. » Guillaume Barclay l'avait fait relier avec des feuilles de papier blanc intercalées et en avait fait un album amicorum. Un grand nombre d'hommes distingués de ce temps : Casaubon, Martin Del Rio, Dousa, Miraeus, Erycius Puteanus, Philippe Rubens, Balthazar Moretus et beaucoup d'autres y avaient mis leur signature.

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tique du stoïcisme qui devait servir de préface à sa grande etcomplète édition de Sénèque; mais il l'écrivit beaucoup plus tard, lorsqu'il se sentit pour ainsi dire arrivé au port, l'âme au repos et l'existence assurée dans la calme Université de Louvain.

A Leyde, il traversait une période trop troublée pour qu'il n'en parût point quelque chose dans l'ouvrage qu'il publia alors, les Politiques^ ouvrage qui souleva de vives polémiques. On sent qu'il est préoccupé au plus haut point de cette question religieuse, qui met du reste sa patrie à feu et à sang et qui est cause de tant de malheurs. Au milieu de tels événements, on aurait pu s'attendre à une solution toute de tolérance. Il n'en fut rien. Lipse se montra, dans certains chapitres, celui par exemple où il traite des rapports de l'Église et de l'État, d'une intransigeance qui semble du moyen âge. Ne va-t-il pas jusqu'à conseiller les moyens extrêmes contre les hérétiques perturbateurs de l'ordre religieux, puisque ces deux ordres lui paraissent étroitement unis? Ure et seca^ écrit-il, brûle et coupe^ il vaut mieux perdre un membre que le corps entier. Il est vrai que c'était un mot de Cicéron, et que le citateur n'en avait peut-être point calculé toute la portée. Lipse est trop plein des souvenirs de cette antiquité qui avait défendu les mêmes doctrines que lui et particulièrement l'union étroite des pouvoirs politiques et religieux, pour ne point l'écouter. D'autre part, il est un homme de tradition; il est hanté, dans cette occasion encore, par le souvenir de son passé; il a gardé l'empreinte de -sa première éducation, et les Jésuites sont restés dans son esprit et dans son cœur; sa femme ne doit point être du reste étrangère à cette évolution religieuse, qui n'est pas à vrai dire une évolution, mais plutôt un retour à la première forme de son catholicisme, celle qui était née de ses années de collège.

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On lui reprocha ses opinions politiques avec une extrême violence. Fatigué des luttes qu'il eut alors h subir avec ses ennemis du dehors, la conscience de plus en plus troublée peut-être des concessions qu'il devait faire au parti protestant, il demanda et obtint un congé de six mois pour les eaux de Spa et ne revint pas à Leyde. En quittant Spa, il alla s'enfermer chez les Jésuites de Mayence; c'est le signal de sa rupture avec la Hollande (iSgi). Mais telle était alors sa réputation, que des offres les plus avantageuses lui vinrent de tous côtés. Il fut sollicité tour à tour par le duc Guillaume de Bohême, son frère l'évêque de Cologne, le cardinal Frédéric Borromée, les cardinaux Colonna, le pape Clément VIII, le duc de Ferrare, le roi de France lui-même Henri IV, le sénat de Venise, les Universités de Padoue, Bologne, etc.

Il refusa tout, sans doute par amour de l'indépendance, par lassitude physique et morale, mais aussi beaucoup parce que les Jésuites surent s'attirer le retour définiti{,de leur ancien élève par la promesse d'une situation brillante à l'Université catholique de Louvain (i). Cette situation, il l'obtint en effet, grâce à l'aide de ses puissants amis, qui intervinrent en sa faveur auprès de Philippe II. Il fut nommé en 1692 professeur d'histoire et de littérature dans cette Université de Louvain qui avait été autrefois une des plus illustres et des plus florissantes d'Europe, mais qui avait souffert des désordres de la guerre civile. Lipse prit à cœur de lui rendre sa splendeur passée; il avait du reste tout ce qu'il fallait pour le faire, situation, crédit, et cette fois situation bien nette au dehors, vis-à-vis de ses collègues, et au dedans, vis-à-vis de sa propre conscience.

(i) Est-ce aux Jésuites qu'il faut aussi attribuer la rupture avec Leyde? Cette opinion serait vraisemblable si l'on s'en rapporte à la lettre citée plus haut (p. i52) et si l'on remarque que la rupture ne fut définitive qu'après le séjour de Lipse chez les Jésuites de Mayence.

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La période de Louvain sera, en effet, le couronnement de la carrière de Lipse et marquera le développement complet de son stoïcisme. Il put dès lors s'adonner sans crainte à ses goûts d'érudit, d'historien philosophe et de directeur de consciences. Il put amasser les matériaux qui seront nécessaires à son grand ouvrage final : ses Commentaires sur Sénèque, qu'il n'achèvera point, car on sait que la mort le surprit quand il en était encore aux Questions Naturelles» Les préfaces heureusement nous restent, comme une source précieuse de renseignements sur l'état d'âme de leur auteur vis-à-vis des morales anciennes; nous voulons parler ici de la Manuductio et de la Phfsiologia^ qui furent publiées ensemble en 1604. Lipse pouvait alors laisser percer dans sa parole et dans ses livres quelque chose de ses préoccupations religieuses et philosophiques. Il n'avait aucun ménagement à garder, et c'est ainsi que son enseignement exprimera l'idée maîtresse de toutes ses recherches, le principe même du néostoïcisme : il veut interpréter chrétiennement le stoïcisme. .. A Louvain, Lipse ne professait point expressément la philosophie, mais il professait la littérature et Thistoire; or quelle meilleure occasion pour parler philosophie et surtout philophie stoïcienne, que de commenter Tacite et Sénèque! ^-^

Pendant cette période se passa un fait intéressant qui met bien en relief l'influence que Lipse exerça non seulement sur les étudiants de l'Université, mais encore sur ceux de l'école des Jésuites : c'est sa rencontre avec Duvergier de Hauranne, Je futur abbé de Saint-Cyran. Ce dernier dut arriver à Louvain dans l'automne de l'année 1600, et, sans doute, fut mis en relation avec Lipse à l'occasion de ces joutes littéraires qui se donnaient d'ordinaire dans les écoles des Jésuites. Là, le jeune étudiant attira très vivement l'attention du savant professeur, qui crut bon de lui conseiller par lettres, comme remède à sa fougue immodérée, l'étude de la théo-

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logie (i) et plus tard celle des Pères de l'Église dont Lipse s'était lui-même si substantiellement nourri (2). Or ces lettres sont datées de i6o3 et 1604, années où paraissait la Manuductio, Le jeune étudiant put donc constater un rapport étroit entre les conseils du maître et sa conduite, il trouvait là une adaptation directe de la théologie à la philosophie la plus proche du christianisme : le stoïcisme.

Duvergier soutint sa thèse dans cette même Université, et Juste Lipse remarqua, dans une de ses lettres, que l'examen du jeune candidat donna les plus belles espérances (3). Malheureusement ce dernier quitta bientôt Louvain, et à la mort de Lipse qui survint peu de temps après, en 1606, il allait perdre le sage qui était le mieux à même de discipliner son esprit et de modérer son intransigeante ardeur. Lipse, du reste, n'avait pas rompu toute relation avec lui après son départ, puisque nous avons de lui une lettre qu'il écrivit au jeune prêtre dès l'arrivée de celui-ci à Paris : « Mon cher « Duvergier, lui disait-il, je vous exhorte avec instance et « prière, d'éviter avant tout de scruter la conduite des autres. « Au contraire, soyons bienveillants envers tout le monde, i< sévères et durs pour nous-mêmes. C'est là le vieux précepte « de Soc rate (4). »

N'avons-nous pas, après cet exemple, l'impression que Lipse

(i) Cf. J. l.ipse, dans Opéra omnia, t. II, p. 197 (Anvers, 1637), la lettre du 26 février i6o3 et celle du 9 mars 1604.

(2) Cf. Abbé J. Laferrière, Etude sur Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran (Louvain, 1912).

(3) Cf. J. Lipse, Opéra omnia, t. II, p. 238 : « ... respondit sic prompte argute, firmiter^ ut cum admiratione voluptatem gigneret in animis auditorum. Séria*, fide hoc testificor et Deum precor promovere hoc ingenium suo honori, reipublicae christianae bono, cui natum auguramur. »

(4) Cf. ibid.^ p. 209 : « Mi Vergeri, hoc in primis vitare te hortor et rogo, in alios inquirere te negligere : contra fiât, benigni in omnes, severi vel asperi in nos simus. Socratis praeceptum vêtus erat. »

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était un vrai directeur d'âmes. Il y a certes en lui plus qu'un érudit, plus qu'un écrivain et même qu'un psychologue : il y a un sage qui cherche à mettre en pratique sa doctrine, et qui, par conséquent, la présente aux autres, vécue, ayant passé au travers de lui-même. Sa foi vive des dernières années, en même temps qu'elle cherche à s'appuyer sur les témoignages des philosophes stoïciens et des Pères de l'Église, lui inspire des ouvrages de pure dévotion que certains de ses contemporains trouvent indignes d'un philosophe. Il ne s'en émut point, il ne consentit même pas à se défendre; touchant aux extrémités de la vie, il trouva qu'il devait s'occuper de choses plus sérieuses et plus importantes.

Son âme de croyant revit à cette heure, elle a fait rentrer dans l'ombre les curiosités de l'érudit et du philosophe. Peut-être trouva-t-il alors, tout au fond de soi-même, cette conviction que Pascal saura exprimer d'une façon si sublime, que la raison est bien pauvre pour répondre aux exigences du cœur et que le cœur à lui seul va plus loin et plus sûrement à ce qui lui donne sa vie et sa force. La raison n'a que faire de lutter avec la grâce qui vous prend et vous emporte. C'était ce que le philosophe avait entrevu dans saint Augustin, qu'il cite souvent, et ce qu'il aimait à retrouver dans le « fatum » stoïcien.

Mais ce qu'il faut surtout retenir de cette dernière période et qui est concluant pour la pensée de Lipse, c'est qu'il mourut en chrétien. Ce fait a son importance pour nous qui avons la mémoire toute pleine des exemples de ces sages païens de la Renaissance qui n'eurent de chrétien que le nom; ils ne surent pas même à leur dernier moment se dégager de leur culture païenne. Le stoïcisme, loin de troubler sa foi, n'avait servi qu'à la fortifier; la source de la vérité est toujours une, quel que soit le courant qui l'apporte.

Juste Lipse fut atteint, vers le milieu de mars 1606, d'une fluxion de poitrine qu'il devina mortelle. Il fit aussitôt appeler le savant jésuite Léonard Lessius, son confesseur, et se prépara h mourir chrétiennement. Comme l'un de ses amis vantait tout haut auprès de son lit sa résignation vraiment stoïque, il l'interrompit par ces mots : « Ce sont des choses vaines », et montrant du doigt un crucifix, il ajouta V simplement : « Voilà la vraie patience » (i).

Telle est la fin émouvante de ce stoïcien chrétien, de celui qui fut en somme le restaurateur du stoïcisme à la Renaissance, ou plutôt, si nous voulons être exacts, le fondateur du néo-stoïcisme.

Dans cette rapide revue d'une vie très mouvementée, Lipse nous apparaît comme un sage, mais un sage très humain. De la vertu antique des premiers stoïciens, il a gardé la modération, et non le courage. Il supporta les vicissitudes du sort, plutôt qu'il ne les brava; il en souffrit, mais volontiers il aurait voulu trouver le remède pour n'en point souffrir : c'est du reste ce sentiment qui lui dicta La Constance. Est-ce par tempérament, par conviction pratique, par contre-coup d'une éducation toute particulière, donnée par ses maîtres les Jésuites, du reste excellents humanistes, qu'il sut ainsi s'adapter aux hommes et aux événements? Son stoïcisme tout particulier s'explique par ces trois causes à la fois.

De santé débile, par tempérament, il ne fut donc point un lutteur, il n'en avait pas la force; c'est pour cela qu'il aima mieux tourner les difficultés que de les^prendre en face; la vie lui avait de plus appris qu'il y a bien des cas où les grands sacrifices sont inutiles. S'il n'eut point de goût pour

(i) Cf. dans Opéra omnia, t. I (Wesel, 1Ô75). Vt/a Jtisti Ltpsit, par Aubertus Miraeus.

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Textrème pauvreté, pour le grabat d'Épictète ou sa lanterne de terre, il n'en méprisa pas moins, en bon disciple du Portique, les richesses et les honneurs. Il accepta les charges qui lui permettaient de vivre; mais les places en vue, il sut qu'elles suscitaient bien des envieux, et c'est par sagesse, autant que par l'expérience malheureuse qu'il en a faite, qu'il les rejeta. Lorsque l'archiduc Albert lui offrit le titre de conseiller d'État, il le refusa : « Je crains, dit-il, que le titre de conseiller d'État n'excite l'envie; j'aimerais mieux être le conseiller privé de son Altesse. Je n'aspire pas aux titres. Ici, dans nos séances publiques, je marche toujours le dernier des professeurs, au grand étonnement des étrangers. » Lipse avait compris le vrai moyen de garder le calme d'âme que prêche ce stoïcisme dont il avait recueilli plus d'un exemple au cours de ses études classiques. Ses études, il les avait faites si complètes, sous la direction des Jésuites, ces maîtres qui furent à la fois les restaurateurs de la culture des lettres profanes et les adversaires de la Sorbonne et de ses vieilles méthodes, que l'on peut se demander s'il ne leur doit pas et la souplesse de son esprit, capable de se plier à toutes les doctrines, et l'idée .maîtresse de son œuvre qui est celle de l'humanisme chrétien.

En tout cas, son stoïcisme se formulera d'abord sous une forme pratique dans La Constance. L'auteur, dans cet ouvrage, cherchera à adapter aux temps et aux circonstances ce qu'il a retenu de cette antiquité dont il a nourri son esprit depuis de si longues années. « Ce livre, écrit-il en parlant de La Constance, et en le comparant à ses autres ouvrages, je l'ai écrit principalement pour moi, ceux-là pour ma renommée, celui-ci pour mon salut. »

Cette phase préparatoire est excellente pour nous permettre de comprendre son stoïcisme; il se l'assimila dans la mesure de ses besoins, il fit une première sélection pratique

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des dogmes qui lui semblaient viables, à lui humaniste chré- / tien, ami des Lettres, savant, chassé de sa patrie par la I guerre civile qui la ruine; et ainsi se prépara déjà le choix définitif qu'il va en faire lorsque, dans une deuxième période que nous appellerons celle de son stoïcisme dogmatique, il étudiera, dans la Manuductio et la Phjsiologia, point par point, ce stoïcisme dont il suivra toute l'histoire avec la préoccupation bien nette de le comparer au christianisme des livres saints et à celui des Pères de l'Église. C'est donc à l'aide de ces trois ouvrages que nous allons étudier le stoïcisme de Juste Lipse.

LE stoïcisme de « LA CONSTANCE »

Lipse publia La Cojtstance en i583, quand il était à Leyde, professeur à l'Université, professeur certes fort goûté et estimé, mais néanmoins sur la terre d'exil. L'idée de cet ouvrage lui fut donc inspirée par les circonstances mêmes où il vivait. Ne pouvait-il point trouver dans cette philosophie une consolation et une force contre le mal présent. Sans doute, il dut se poser cette question, et il en vint tout naturellement à imaginer un dialogue à la manière des Anciens. Il va philosopher dans les jardins de Langius, comme autrefois l'on philosopha dans le verdoyant Lycée, ou sous les ombrages de l'Académie; c'est, du reste, un moyen facile de rappeler tous les arguments qui, d'une manière ou d'une autre, auront quelque efficacité pour le consoler de la tristesse de l'heure présente.

Lipse fuit loin de sa patrie, bouleversée par la guerre civile; il n'a point autour du cœur « la cuirasse d'airain » qu'il faudrait pour affronter ces maux. Mais Langius connaît le cœur humain, Sénèque surtout le lui a admirablement révélé; il a donc ses arguments tout prêts pour démontrer à son jeune ami que les voyages ne calment point les peines profondes, ne sont qu'un palliatif et non un remède et

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parfois même avivent la peine. Il est certaines passions, en effet, qui grandissent quand on les arrête : elles couvent sous la cendre et reparaissent ensuite avec des forces nouvelles (i). Le remède n'est pas ainsi hors de nous, chacun le porte en soi, et Langius conseille à Lipse de descendre en lui-même, d'y chercher la constance, cette force inébranlable d'un esprit droit qui ne se laisse exalter ni abattre par les choses extérieures ou fortuites, qui est faite de cette libre acceptation de tous les événements qui surviennent par l'effet des choses extérieures (2). Mais les moyens d'arriver à ce port de la constance, où habitent la sécurité et la paix, où se trouvent le refuge et l'asile contre tous les maux, ne sont-ils pas d'assurer contre l'opinion le triomphe de la raison, cette part de l'esprit divin immanent dans l'homme, comme le dit Sénèque, tandis que l'opinion est la cause de tous les soucis qui nous rongent, de toutes les passions qui nous emportent, de tous les vices qui sont nos tyrans (3)?

Quel réconfortant programme! Lipse est sous le charme, car Langius a parlé d'un air et d'un ton de voix plus animés que de coutume; il voit briller l'espoir de calmer ses troubles, de mettre une fin à ses peines; il se tourne donc vers Langius comme vers un libérateur, s'écriant : « O mon père..., conduisez-moi où vous voudrez, instruisez, corrigez, dirigez à votre gré! Vous avez un malade prêt à accepter toute médication que vous jugez à propos d'employer, le fer ou le feu (4). »

Comme il est grand et sûr, ce rôle du philosophe! Sénèque le directeur d'âme a fait école. Comme lui, Langius va

(i) Cf. J. Lipse, La Constance, traduction de Lucien Bois (Bruxelles, 1873), liv. I, chap. III.

(2) Ibid.^ chap. iv.

(3) Ibid., chap. v.

(4) Ibid.^ chap. vu.

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pénétrer au fond du cœur de son jeune disciple, découvrant les mobiles secrets de sa conduite. Il lèvera le voile de l'opinion, mettant à nu, avec la brutalité du médecin qui veut se rendre compte, la vanité de sa douleur patriotique comme celle des prétendus maux dont souffrent les hommes : pauvreté, infamie, impuissance, maladie, mort ou exil, auxquels l'opinion oppose non moins à tort les faux biens : richesses, honneurs, puissance, santé, longévité. Qu'est ce, en effet, que ces larmes que nous versons sur les malheurs de notre patrie, sinon celles que nous versons sur nos propres malheurs (i)? Sans doute, il est impossible de condamner d'une manière absolue ce fervent amour de la patrie que poètes et orateurs ont célébré à l'envi, mais il faut le modérer et le contenir dans de justes bornes; car il n'est point, à l'analyse, ce qu'il paraît être.

Nous sommes tourmentés par les maux de la patrie, soit; mais n'est-ce point parce que ces maux rejaillissent sur nous? Ne sommes-nous pas comme ces paysans qui accourent, tremblants et en foule, faire des vœux parce qu'une calamité, une tempête s'est subitement déchaînée; mais qu'on les interroge, l'orage une fois passé, et l'on verra que chacun d'eux n'a craint que pour sa moisson et pour son champ (2). Que Lipse s'applique ce même raisonnement, et il comprendra ce qui se passe en lui. Il craint la guerre, c'est vrai, mais pourquoi? Parce que la ruine et la destruction l'accompagneront. Elle frappe les autres d'abord; mais qui dit que plus tard elle ne l'atteindra pas lui-même? Eh bien! voilà donc la source secrète de ses larmes! Que la guerre soit en effet transportée aux Indes ou en Ethiopie, point d'émotion, le danger est loin; mais qu'on la voie en Belgique, c'est autre chose, on pleure, on crie. Il est si facile de supporter les

(i) Ibid., chap. vu.

(2) Ihid.. chap. viii.

IJO CHAPITRE II

maux des autres, et si malaisé de supporter les siens! Épictète ne disait point autre chose.

Puis, suivant toujours le même procédé, c*est l'idée de patrie que Langius va passer au crible de la critique. Tout d'abord, que faut-il entendre par patrie? Ce petit coin du monde qu'enferment ces montagnes et que ces fleuves arrosent, ou bien cet univers entier où se trouvent les hommes nés ou à naître de la même semence divine? Les hommes ne sont-ils pas tous de la même espèce, de la même souche, vivant sous le même ciel, sur le globe de la même terre? Socrate répondait avec raison, lorsqu'on lui demandait de quel pays il était, qu'il était citoyen du monde. Lorsque les hommes ont voulu restreindre en petits groupes la grande famille humaine, l'intérêt en fut le seul mobile. Ils souffrent donc de leurs propres maux en croyant souffrir des maux des autres : cette compassion n'est que faiblesse!

Ce dernier argument tout stoïcien, Lipse ne le laissera point passer (i) «... Voilà bien les subtilités des stoïciens, ditil à son interlocuteur! Vous me défendez la compassion, mais elle est regardée comme une vertu par les honnêtes gens; à plus forte raison devons-nous la tenir pour telle, nous qui avons été nourris dans la piété de la vraie religion. » A cette violente attaque, Langius répond avec calme que « la compassion n'est point la miséricorde; la compassion est le vice d'un esprit faible et pusillanime qui se laisse abattre à la vue du mal d'autrui, et la miséricorde est l'inclination de l'âme à soulager la détresse ou le chagrin d'autrui. L'une est efficace et féconde, l'autre est nuisible pour nous-mêmes et pour autrui ». Il suivait donc de là pour Lipse qu'il n'aurait plus qu'à contempler impassible les ruines de sa patrie, puisqu'il ne peut plus rien faire d'efficace pour la sauver.

(i) IhiJ.. chap. xir.

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Que pouvait-il, en effet, lui, savant, homme de lettres, pour sa patrie? Rien, sinon attendre les événements, pour s'y adapter et suivre l'impulsion donnée par la Providence.

La Providence, tel est, en effet, dans ce stoïcisme, le dogme fondamental capable de rallier tous les suffrages des chrétiens et des philosophes et qui peut, pour le cas particulier qui s'offre alors à Juste Lipse, être un solide réconfort. Langius sait fort bien qu'il n'a point à convertir son interlocuteur chrétien à cette idée de la Providence, il répétera néanmoins avec une véritable complaisance les arguments stoïciens qui mettent ce dogme en valeur. La Nature entière proclame qu'il y a au-dessus de nous un Être qui a créé et fait ces choses si admirables, si grandes, si nombreuses, et qui, après les avoir faites, les dirige encore et les conserve; et cet Etre, c'est Dieu (i). Rien ne convient mieux, en effet, à sa nature parfaite que de vouloir et de pouvoir exercer la surveillance et la conservation de son œuvre. Et unissant les deux conceptions, chrétienne et stoïcienne, de la Providence, Langius fait ce Dieu, à la fois extérieur et intérieur au monde, non seulement présidant à toutes choses, mais étant au milieu d'elles et en elles.

Si Lipse partage cette croyance, pourquoi se plaindrait-il? De quel droit l'homme, cette ombre, ce grain de poussière, s'indignerait-il contre Dieu? Ne serait-ce point folie et renouveler l'attaque fabuleuse mais significative du Titan contre les dieux? Lipse peut donc se résigner, en répétant avec Sénèque : « Nous sommes obligés par notre engagement à supporter les choses nouvelles, à ne pas nous troubler de ce que nous ne pouvons empêcher. Nous sommes nés en puissance de maître. Obéir à Dieu, c'est la liberté (2) ».

11 est un autre moyen plus philosophique, mais non moins

(i) Ibid., chap. XIII et xiv, (2) Ibid.. chap. xiv.

efficace, de se soumettre à la volonté de la Providence, c'est de connaître ses décrets, de comprendre la Nécessité et le Destin. Ces deux mots peuvent en vérité sonner bien mal aux oreilles du jeune disciple, peu habitué aux discussions philosophiques, et mis en garde contre ces conceptions païennes par les théologiens. Langius prend ses précautions en rapprochant les deux concepts de nécessité et providence. L'une est née de l'autre, dit-il; la nécessité est la sanction inébranlable et l'immuable pouvoir de la Providence (i). Connaître ses lois, c'est donc connaître la volonté de Dieu, c'est se rendre en quelque sorte l'obéissance facile. Il va donc reprendre avec Lipse ces lois de la Nécessité et lui montrer la part qui leur revient dans les événements qui troublent alors sa patrie.

Une première loi éternelle édictée à l'origine des choses veut que tout meure et naisse, commence et finisse. Rien à discuter dans cette proposition si simple (2). Lipse ne peut que s'incliner devant ce premier décret de la nécessité : la nature entière vient apporter une ample moisson de preuves à l'appui; chaque jour, à chaque pas, elle en fait une nouvelle expérience. Mais alors, puisque la terre, les eaux, les astres, tous ces grands corps qui nous paraissent éternels sont voués à la destruction, il doit en être de même des cités, des royaumes, des républiques, périssables comme ceux qui les ont fondés! Donc que les empires s'écroulent, que les peuples et les nations disparaissent, c'est la loi merveilleuse, mais jamais assez comprise, de la nécessité (3). Tout est entraîné dans ce fatal tourbillon de naissances et de morts, et Langius évoque le souvenir des nations disparues et de celles qui commencent à se lever de terre. Lipse, au spectacle de la

(i) Ibid., chap. xv.

(2) Ibid., chap. xvi.

(3) Ibtd., chap. XVI.

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vanité des choses humaines, sent ses yeux se mouiller de larmes, il répète avec le vieux poète grec : Qui est quelqu'un ? Qui n'est personne? L'homme est l'ombre d'un songe (i). Que de sublimes pensées sont ainsi remises en cours par cette belle philosophie stoïcienne! Comment ne pas recon- i/ naître là une des sources fécondes où viendront s'alimenter les héros de Corneille ou l'éloquence sévère d'un Pascal?

Mais revenons à Langius : il est loin encore d'avoir épuisé son sujet. Il veut contre la douleur de son ami lancer une force que rien ne brise, le Destin, sans nier toutefois que le terrain où il s'engage ne soit glissant et périlleux. Lipse ne manque point de le lui signaler, mais peu importe à Langius, il maintiendra le Destin stoïcien et l'expliquera et l'accommodera au christianisme. Il est d'abord un point de dogme qui lui semble irréfutable, car il est admis par tous les philosophes qui croient à Dieu et à la Providence : c'est que s'il y a une Providence, il y a une loi et un ordre des choses, et si cet ordre existe, il y a une nécessité absolue et calculée de tous les événements; or qu'est cela sinon le destin (2)? La discussion ne porte donc plus alors sur ce fait de l'existence du Destin, mais sur la manière dont il faut entendre ce concept. Il peut être compris, soit à la façon des astrologues qui rattachent toutes les actions et tous les événements à l'influence des astres et à la position des étoiles, soit à celle des physiciens et d'Aristote qui le confond avec l'ordre des causes naturelles: mais bien plutôt il faut le comprendre à la façon des Stoïciens, telle que Langius va l'adopter, car il ne peut point cacher son estime et sa prédilection pour cette école (3) qu'il christianise. On a soulevé bien des objections contre ce destin stoïcien, que Langius appelle le Destin violent.

(i) Ibid., chap. xviii.

(2) Ibid.

174 CHAPITRK II

Suivant certains critiques, les Stoïciens feraient Dieu soumis au destin, et notre volonté dirigée par lui. Sans doute une telle conception serait inadmissible, mais les vrais Stoïciens n'ont jamais ouvertement, dit-il, soutenu de telles doctrines; ou si quelque chose de semblable a pu leur échapper dans la chaleur de la composition, comme il peut arriver quand on écrit ou quand on disserte, c'est plutôt dans les mots que dans la réalité et dans le sens. « Notre Sénèque, ajoute-t-il, n'a soumis Dieu au Destin que par manière de parler (i). » En somme, semble-t-il conclure, si ces doctrines laissent quelque doute sur leur orthodoxie, elles ne heurtent pas directement le christianisme; comment pourrait-il en être autrement avec une secte qui a affirmé avec tant de précision et de force la majesté et la providence de Dieu? Voici donc la correction qu'un philosophe chrétien peut apporter à la conception stoïcienne du Destin. Dans son sens étymologique (en faisant venir le mot « fatum » du verbe « fari », parler), le destin, entendu comme la parole de Dieu (2), apparaît comme le décret immuable de la Providence, inhérent aux choses mobiles, décret qui fixe irrévocablement l'ordre, le lieu, le temps de chacune d'elles. Peu importe à Langius s'il se met ainsi en contradiction avec certains théologiens qui confondent Destin et Providence; il lui semble à lui très utile de maintenir une distinction entre les deux termes : la Providence est la force qui crée, elle est en Dieu; le Destin est la force qui se réalise, elle est dans les choses et vient de Dieu (3).

Dès lors le Destin, ainsi entendu, se distingue nettement du destin stoïcien : il est soumis à Dieu, contrairement à celui des Stoïciens; il n'admet point un enchaînement continu de causes naturelles, ni un ordre de choses qui soit établi de

(i) Ibid.^ chap. xviii

(2) Ibid.. chap. xix.

(3) Ibid.

LE stoïcisme de « LA CONSTANCE ))

toute éternité, mais avec des causes secondes l'intervention du contingent et du fortuit dans les événements, et par conséquent la liberté laissée à l'homme (i). Or, comme la volonté fait partie des causes secondes, Dieu ne peut ni la violenter, ni la supprimer.

La conclusion pratique de ce long développement, ne seraitelle pas, dans le cas présent, une conclusion paresseuse (2)? Puisque la Providence a fixé par le destin le sort de la malheureuse Belgique, Lipse peut la laisser mourir, tous ses efforts ne la sauveront point. Cette conclusion parait à Langius erronée : on espère jusqu'à la dernière minute, ditil, le salut d'un malade; mais néanmoins, il y voit un argument propre h exhorter Lipse à la constance; quoi qu'il arrive, que la patrie chancelle ou qu'elle tombe, qu'elle périsse tout à fait ou seulement dépérisse, il ne doit pas s'affliger sans mesure.

Mais le jour baisse, on annonce le repas. Entraînés par la discussion, Langius et son hôte avaient oublié l'heure; il fallut se séparer non sans regret, mais avec la promesse très ferme de consacrer le lendemain à la constance, qui sera en effet le sujet de la deuxième partie du traité.

Nous pénétrons cette fois dans un cadre tout fleuri; quelque chose de l'amour passionné des fleurs s'est réveillé dans l'àme de Lipse. Mais l'humaniste surveille en lui le fils du pays des tulipes, il reste avant tout un disciple fidèle de l'antiquité; aussi est-ce avec des épithètes, des métaphores, des évocations lointaines de l'histoire ou de la mythologie qu'il vante les jardins de Langius et le culte de la nature. Les jardins conviennent à merveille aux sages et aux doctes, et c'est

(i) Ibtd., chap. XX.

(2) IbiJ., chap. XXII.

là leur plus grand charme; idée bien classique et que nous avons de la peine à comprendre avec nos âmes modernes, si largement ouvertes au sentiment de la nature. N'est-ce point au verdoyant Lycée que nous devons tant de dissertations sur la nature, aux ombrages de l'Académie tant d'autres sur les mœurs? Là, les poètes peuvent composer des chants immortels, les lettrés méditer et écrire, les philosophes discuter sur la tranquillité, sur la constance, sur la mort, sur la vie (i)! Puis l'auteur trouve fort à propos, avant de reprendre la discussion, de rappeler cette idée si chère aux humanistes : que l'étude des lettres est une excellente préparation à celle de la philosophie. Lipse tient à défendre sa réputation d'homme de lettres et de philosophe. Langius l'autorise donc à cultiver les Lettres et à aimer les neuf sœurs, à condition toutefois de ne point en faire son unique étude. La vraie nourriture fortifiante ne peut en effet venir que de la philosophie; savoir n'est rien, si l'on n'y joint la sagesse (2).

A quoi bon corriger Tacite, si l'on ne sait point se corriger de ses propres défauts; éclaircir Suétone par des commentaires, si l'on ne sait pas dissiper les ténèbres des erreurs; purger minutieusement Plaute de ses taches, quand on laisse son âme toute rugueuse de souillures et de malpropretés? La sagesse seule peut inspirer la constance, ouvrir le temple de la droite raison ; et devant ce jeune disciple brûlant de connaître enfin cette sagesse et de posséder la constance, Langius, après maintes réticences qui servent surtout de prétextes à quelques beaux développements littéraires, reprend sa dissertation où il l'avait laissée, c'est-à-dire à l'argument de l'utilité des fléaux considérés dans leur origine et dans leur but (3).

(i) Ibid.^ liv. II, chap. m.

(2) Ibid., chap. iv.

(3) Ibîd., chap. vi.

LE stoïcisme de LA « CONSTANCE » I77

Les fléaux viennent de Dieu, sans doute, mais comme de Dieu rien ne peut venir que d'éternellement et d'immuablement bon, les fléaux ont leur utilité. N'était-ce point déjà là la conviction des anciens qui, pour dégager ce rôle protecteur des dieux, appelèrent Jupiter du nom de Jovis? Sénèque, un stoïcien, dit formellement que rien de mal ne peut venir des dieux, puisque le mal n'existe pas en eux. Mais cet argument, de pure théorie, aura-t-il quelque puissance contre ces maux véritables dont souffre Lipse et qui l'ont chassé loin de sa patrie? Fort peu sans doute, si Langius n'avait point transporté la discussion sur le terrain tout pratique des faits. Les maux qui accablent Lipse sont précisément ceux qui ne viennent point directement de Dieu, mais sont l'ouvrage des hommes (i).

Dès lors, pourquoi se révolter d'y voir la malfaisance et le péché? N'est-ce point plus étonnant, au contraire, de sentir cette malfaisance tourner en notre salut, ce péché se convertir en bien? Et les exemples de la Bible viennent en nombre appuyer cet argument. Tel tyran qui ne respire que la menace et le carnage s'égare par sa propre intelligence, Dieu le traînant par des liens cachés et malgré lui jusqu'à ses fins. Caïus César foule aux pieds le nom sacré de patrie et servira par son ambition criminelle Dieu et la patrie. Attila, par sa cruauté, rappellera au devoir les chrétiens trop plongés dans les vices et les voluptés. Vespasien et Titus détruiront la Judée et les Juifs à la seule fin, non point d'étendre les limites de l'Empire, mais de satisfaire la vengeance divine contre une nation impie.

Puis, passant à l'utilité de leurs fins, Langius examine les maux dans leurs effets, et il note qu'ils servent à l'exercice des gens de bien, en les fortifiant, en les éprouvant, en les por-

(i) Ibid., livre II, chap, vu.

tant en avant. L'épreuve trempe les âmes, tandis qu'elles s'amollissent, s'efféminent lorsqu'elles sont toujours heureuses : le moindre souffle de la fortune suffit alors pour les abattre et les briser. L'affliction est la pierre de touche de la valeur des hommes, et ne trompe jamais. Or ceux qui ont souffert avec courage et patience restent comme une lumière pour ce monde ténébreux. Bias a perdu ses biens et sa fortune, mais encore aujourd'hui il crie aux mortels de porter comme lui tout avec eux. Régulus pour garder sa foi est mort dans les tourments, mais cet éclatant exemple de fidélité à la parole vit toujours. Papinius est massacré par le tyran, mais la hache qui le frappe nous encourage à mourir avec tranquillité d'àme (i). Enfin tant de personnages d'élite ont été injustement et violemment opprimés ou mis à mort, et aux ruisseaux de ce sang nous puisons chaque jour la constance et la vertu.

Mais le plus souvent nous ne faisons que subir les peines d'un juste châtiment, et c'est là, la seconde fin utile de beaucoup de maux. Les Belges depuis longtemps se sont laissé corrompre par les jouissances et les richesses-. N'est-ce point un avertissement salutaire si Dieu leur arrache leurs biens? N'est-ce point une correction indulgente? Car alors Dieu ne frappe que les corps, et tout ce qui est vraiment choses extérieures n'est point nous (2).

Enfin l'épreuve sert de punition et, à ce titre, elle est bonne et salutaire; car si la correction amende ceux qui sont susceptibles de réforme, ceux qui ne le sont pas, la punition les supprime (3).

Une quatrième fin reste à examiner sur l'utilité des maux, et cette fois le philosophe s'arrête, hésitant; il n'y voit point

(i) Ibid., livre II, chap. viii.

(2) Ibid.^ chap. ix.

(3) Ibid., chap. x.

LE stoïcisme de LA « CONSTANCE »

assez clair. Est-ce parce que les arguments stoïciens lui font défaut, ou parce qu'au contraire il se sent incapable de les revêtir d'une forme chrétienne (i)? Les fléaux peuvent-ils vraiment contribuer à la conservation ou à l'ornement de l'univers? Le stoïcisme répond sans hésiter que chaque dommage a son utilité, car ce dommage ramène l'ordre troublé; ne faut-il pas avant tout que se conserve cet ordre général du monde? Sénèque l'a dit avec élévation et profondeur : « Que l'homme sage ne s'indigne donc pas du mal qui lui arrive; qu'il se souvienne que les choses mêmes qui semblent le blesser concourent à la conservation de l'univers (2). » Mais quand il s'agit de préciser comment, les arguments invoqués sont assez faibles : ceux par exemple qui expliquent la guerre ou la peste par la souveraine sagesse, limitant le nombre des hommes; Langius semble le comprendre et ne s'y arrête point. Lipse du reste lui tient en réserve encore une dernière objection très importante : celle de l'inégalité des peines. Pourquoi, dit-il, voit-on quelquefois des peuples innocents plongés dans la ruine? Pourquoi les châtiments mérités par les pères retombent-ils souvent sur les enfants (3)?

Langius fronce le sourcil. C'est qu'il n'a point d'autre réponse à faire à ce discours que l'aveu très humble de son ignorance. Oui, il ignore les causes de cette apparente injustice, mais il croit cependant fermement à la souveraine justice. Puis, de quel droit demander à Dieu de rendre ses comptes ? Un esclave les demande-t-il jamais à son maître, un sujet à son prince? Néanmoins, pour satisfaire Lipse, il va reprendre quelques lieux communs et répondre aux trois vieilles objections que l'on élève à ce sujet : celle des méchants

(i) Ibid.^ livre II, chap. xi.

(2) Ibid.^ chap. XI.

(3) Ibid., chap. xii.

l8o CHAPITUK II

impunis, celle de la punition des innocents, et enfin celle de rhérédité des peines.

On parle de l'impunité des méchants; mais qui nous dit qu'elle soit fondée en réalité? Comment pouvons-nous affirmer que la vengeance divine oublie mal à propos les méchants? Dieu n'est-il pas le meilleur juge du temps et de la valeur de la punition? Le remède le plus salutaire peut être funeste s'il n'arrive point à son heure. On peut donc en conclure que si le jugement des impies est remis à plus tard, cela ne veut nullement dire qu'ils soient acquittés. Il est impossible du reste de juger des peines que Dieu inflige; car s'il y en a d'externes dont nous pouvons nous rendre compte, il y en a aussi d'internes et de posthumes qui nous échappent, et ce sont celles-là qui sont parfois les plus douloureuses (i).

Loin de nous fier à ces prospérités extérieures, il faut penser, avec Tacite, que si l'on ouvrait les âmes, elles étaleraient aux yeux des plaies et des cicatrices, tant elles sont déchirées par la cruauté, les passions et les mauvaises pensées, tout comme le corps peut l'être par les coups de fouet (2). Les peines posthumes et éternelles, la théologie en parle suffisamment pour qu'il ne soit point nécessaire d'y revenir. Quant aux peines extérieures, elles ne font point défaut, l'histoire est là, très éloquente, pour les dire. César, ce superbe, ce vainqueur déjà dieu dans sa propre opinion et dans l'opinion des autres, est assassiné, percé de vingt-trois coups de poignard et, comme une bête féroce, noyé dans son sang. Que resia-t-il au bout de peu de temps de Marc-Antoine, ce maître de l'Orient, assassin de Pompée et de la République? Vivant, il glisse dans son sépulcre; mourant, il ne peut s'arracher à celle qui cause sa mort. Mais il faut laisser au temps faire son oeuvre; la lenteur du supplice n'exclut point

(i) Ibt'ci.f livre II, chap. xiv.

(2) Ibid.

LE stoïcisme de LA « CONSTANCE » l8l

la punition (i). Jamais la peine au pied boiteux ne perd la trace du scélérat qui la précède.

La seconde objection semble plus sérieuse. Il est impossible de nier que des peuples, des individus ne soient punis qui certes ne le méritaient point. Langius tourne la difficulté par cette réponse, qu'il est impossible de juger de l'innocence d'un peuple ou d'un homme; que c'est vanité de juger ainsi l'âme des autres, lorsqu'il est si difficile de voir clair dans la sienne. Dieu seul est à même de discerner les coupables de ceux qui ne le sont pas. Dieu seul voit au fond des cœurs (2).

Quant à la troisième objection sur la réversibilité des peines, on peut la réfuter en constatant que, journellement, ce sont ceux-là mêmes qui réprouvent cette théorie, qui en font l'application la plus constante. Les bénéfices que le prince a accordés aux ancêtres, en récompense de leur valeur, ne se transmettent-ils pas à leur postérité? Et il en est de même des confiscations et des peines pécuniaires qui ont été imposées pour crime. Ainsi, en face de Dieu, il y a une certaine solidarité, une chaîne non interrompue de crimes; qu'y a-t-il donc d'étonnant si Dieu punit dans nos descendants, non proprement les fautes diverses qu'ils commettent, mais celles dont ils sont solidaires par une sorte de communion d'origine, jamais interrompue? Dieu réunit ce que notre ignorance ou notre faiblesse sépare, le temps n'existe point pour lui, il punit les vieux péchés dans les royaumes et les empires, car ils ne font pour lui qu'un seul et même ensemble (3). Quelquefois il en choisit un- ou quelques-uns comme victimes expiatoires pour tout un peuple. Ce sont là des mystères que la sagesse demande de ne pas approfondir.

(i) Ibid., livre II, chap. xv.

(2) Ibid., chap. xvi.

(3) Ibid., chap. xvn.

l82 CHAPITRE II

Il vaut mieux répéter avec saint Augustin : « Beaucoup de jugements sont cachés, aucun n'est injuste (i). »

Les maux publics ne sont du reste pas aussi graves que Topinion les fait paraître, et ceux dont souffre la Belgique ne sont point comparables à ceux dont l'histoire nous donne l'exemple. Lipse a beau interrompre son interlocuteur en lui énumérant toutes les horreurs de la guerre civile, la famine, la peste, les rapines, les tyrannies : ce dernier trouvera dans l'histoire des catastrophes mille fois plus terribles, celle de la ruine des Juifs, par exemple, dont il énumère toutes les victimes, celle de la ruine des Grecs et des Romains, et comme l'auteur sait parfaitement son histoire, il ne sera point à court d'exemples. Mais il est inutile d'insister davantage sur cette partie de l'ouvrage; le stoïcien a fini de parler.

Que tous ces maux apprennent donc à Lipse à supporter ses propres malheurs : ce sont choses humaines. Le travail est plus facile à supporter quand il est partagé entre plusieurs; il en est de même de la douleur. Que toutes ces vérités pénètrent donc l'âme du jeune disciple, qu'il les médite! Et comme Langius se levait vivement pour se retirer, Lipse s'écria, comme il est d'usage dans les m3'stères : « J'ai fui le mal, j'ai trouvé le bien. »

Dans cette phase toute pratique de son stoïcisme, Lipse ne fait que suivre le chemin qui lui a été tracé par ses prédécesseurs : même éclectisme dans le choix des arguments inspirés d'ailleurs par des motifs d'ordre subjectif, même souci de concilier dogmes chrétiens et stoïciens.

Mais déjà, dans le livre de la Constance, apparaissent quelques hardiesses qui distinguent Lipse des néo-stoïciens qui l'ont précédé, et qui préparent le philosophe de la seconde

(i) Ibid., livre II, chap. xvii.

LE stoïcisme de LA « CONSTAN'CE » l83

phase, celui qui tentera, quoiqu'il s'en défende, une restauration à peu près complète du stoïcisme sous forme chrétienne. Il accepte sans scrupule les dogmes les plus discutés et dont il a besoin, celui du « fatum ^), par exemple, dont Calvin, l'apôtre de la prédestination, hésitait même à prononcer le nom; il se contente de les adapter tant bien que mal au christianisme. Or, suivant Lipse, les Stoïciens n'ont point été si rigoureux qu'on veut bien le dire. Lorsqu'ils faisaient Dieu soumis au destin et détruisaient notre liberté, c'était une manière de parler. Quel singulier plaidoyer! Mais s'il ne convainc pas tous les lecteurs, il n'en met que mieux en relief la méthode inaugurée par Lipse, qui sera de défendre envers et contre tous le stoïcisme, même dans les dogmes qui paraissent les plus inconciliables avec les dogmes chrétiens; et c'est en ce sens qu'il pourra être considéré comme le véritable restaurateur d'une doctrine où tout un siècle avait déjà largement puisé avant lui, mais jamais cependant avec tant de hardiesse. Dans la Constance, Lipse n'évoque que certains arguments stoïciens, ceux qui l'intéressent directement : c'est une première forme de son éclectisme; dans la Manuductio et la Physiologia^ il évoque toute la doctrine, et c'est la manière dont il choisit ses citations, un peu au hasard, sans souci de l'ordre historique, qui marque une nouvelle phase de son éclectisme. Il abandonne alors ses préoccupations personnelles pour ne plus songer qu'à défendre une thèse qui est à la fois celle d'un humaniste, d'un philosophe chrétien et d'un philologue. Il veut montrer la supériorité de la philosophie sur tous les arts libéraux et, parmi les philosophes, celle de la secte stoïcienne sur toutes les autres sectes. Il prépare du reste une vivante apologie du stoïcisme dans les Commentaires de Sénèque^ un de ses plus illustres représentants, et Sénèque certes restera l'âme cachée de cet ouvrage; mais voyons d'abord comment il le présente au public.

LE stoïcisme de LA « MANUDUCTIO »

Nous avons vu dans quelles circonstances particulièrement calmes et heureuses, si on les oppose à celles qui virent naître la Constance^ Juste Lipse écrivit la Mamiductio^ sorte d'abrégé de la morale stoïcienne, et la Physiologia^ véritable essai de métaphysique stoïcienne.

Juste Lipse, rame au repos, peut écrire pour le public, il espère faire ainsi œuvre utile, et le préparer à son grand ouvrage : les Coifimentaires de Séneque (i). Sénèque, en effet, occupe sans cesse sa pensée. Il n'en parle jamais qu'avec une véritable émotion; Sénèque est, pour lui, le vrai moraliste. (( Tous ceux qui aiment la vertu doivent l'aimer... Il n'est aucun de ses ouvrages qui n'inspire générosité et honnêteté... 2) » Il est l'homme religieux par excellence, car il fait vivre en son âme, dans toute sa plénitude, les idées de Dieu, du Souverain Bien, de la Providence : « Comme il sait sans cesse et avec quelle force, dit-il, vous inculquer l'idée de Dieu, source du Souverain Bien, de sa providence,

(i) Cf. opéra omnia (Vesaliae, 1675), tome IV, Manuductio . Ad lectorem : « Habes manuductionem : et finem ex ipsa vides fructumque, id est facem aliquam ad Annaeum Senecam tibi praelucentem »

(2) Ibid., lib. I, diss. xviir. p. 676.

l86 CHAPITRE III

de sa puissance, de sa sagesse, de sa justice et de tout ce que disent les livres saints (i). » 11 est encore le vrai médecin des âmes, car mieux que tout autre, il a su découvrir les passions, origines de nos maux, les châtier avec rigueur, les réprimer avec sûreté. Il tempère, diminue, dissipe la crainte, l'espoir, la joie, la tristesse. Tous ces éloges se succèdent avec un tel relief, une telle vigueur, que les fautes du philosophe latin disparaissent aux yeux de Lipse; elles ne sont peut-être que des calomnies, pourquoi s'y arrêter? Ce n'est point ce sujet qu'il traite, pas plus qu'il n'a dessein de restaurer « une secte vieillie et morte que le temps, la raison et le christianisme ont emportée (2) ».

Lipse ne se pose donc point au début de son ouvrage en historien du stoïcisme, et cependant c'est l'histoire de la philosophie en général, du stoïcisme en particulier, que lui impose son sujet. Que veut-il démontrer en effet? Non plus seulement l'excellence de la philosophie sur toute autre étude libérale, cette thèse est désormais admise; mais parmi toutes les autres philosophies qui jouissent d'un véritable crédit, c'est Texcellence du stoïcisme qu'il veut établir.

Bien qu'il régnât une certaine mode stoïcienne, remise en cours par les moralistes et les littérateurs, il n'était point si facile de donner au stoïcisme la suprématie, car une autre philosophie dominait dans les écoles : « Les Péripatéticiens y sont seuls maîtres », dit-il (3).

Lipse ne veut point les chasser, mais enfin il veut leur donner des collègues, qui leur soient même supérieurs : Aristote, après tout, a mérité des critiques aussi bien que des éloges, et si Lipse ne veut point renverser cette idole, il peut rappeler cependant les témoignages des Pères de l'Eglise,

(ij Ibid., lib. I, diss. xviii, p. 677.

(2) Ibid., Ad lectorem.

(3) Ibid,. diss. iv, p. HBo.

LE stoïcisme de LA « MANUDUCTIO » 187

qui ne lui ont pas toujours été favorables. Tertullien reproche au grand philosophe sa concision; saint Irénée, ses subtilités; saint Jérôme, son habileté; saint Grégoire de Naziance va même plus loin : Aristote manque à ses yeux d'élévation, il s'en tient toujours aux questions basses et terrestres; selon Lactance, Aristote ne sut point vénérer Dieu, ni s'en occuper; et Philon lui-même trouve que piété et sainteté font défaut k sa science (i).

Aristote peut donc garder en dialectique l'empire de la philosophie, mais le partager sur d'autres matières, non point avec les épicuriens, qui depuis fort longtemps ont été enveloppés d'une réprobation unanime, de même que les académiciens, incapables de formuler aucune doctrine, mais avec les platoniciens ou les stoïciens; ce choix restreint reste seul à faire, et comme l'éthique est le point central de toute la philosophie de Lipse, il n'hésite point à choisir les stoïciens.

Les stoïciens sont en effet des maîtres incontestés en morale; Lipse peut alléguer ici les témoignages si éclatants de Sénèque et d'Épictète.

Epictète, comme Sénèque, quoique avec moins de persistance, recueille ses éloges enthousiastes. Lipse avoue qu'il en a fait lui-même son profit; jamais il ne s'est approché de cet esprit élevé, brûlant de Tamour du bien, sans éprouver quelque émotion; plus il le lit, plus il veut le relire. Et voilà pourquoi le stoïcisme aura chez Lipse le pas sur toutes les autres philosophies. Ce n'est plus une question de mode, de tempérament, de crise morale, ni une tendance d'humaniste qui fixe son choix, mais l'intime conviction, que s'est faite l'auteur, de la supériorité de cette philosophie sur les autres, de ses rapports étroits avec le christianisme, et ceci après un

(i) Ihid., lih. I, diss. iv, p. 63i.

examen consciencieux et logique de la doctrine tout entière et de ses principaux représentants. Une tâche assez lourde reste donc à l'historien, quoi qu'il fasse; voyons donc comment il s'en acquitte et si c'est à bon droit que Lipse mérite de figurer parmi les historiens du stoïcisme.

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