PREMIER ESSAI I) ADAPTATION DT STOICISMK AT' CHRISTIANISME 12 I
souffrance, mais la lui fait aimer. Le chrétien arrive à dépasser le stoïcien infiniment: au mépris de Fépreuve fait place Famour de Fépreuve. et ce qui produit ce changement inattendu, c'est la contagion de cet exemple unique du Christ, représentant la loi divine vécue dans une vie d'homme. C'est ce que nous fait comprendre Tertullien lorsqu'il substitue la patience à la constance du stoïcien et s'écrie : « Elle nous est recommandée par un exemple unique, celui de Dieu... 11 a voulu naître, grandir, être méconnu, être crucifié. Il a voulu se saouler de souffrance : les crachats, les fouets, les sarcasmes, les accoutrements honteux, la couronne torturante, il a tout épuisé pour faire tout au rebours de Fimpatience humaine i . >» Et voilà, en effet, l'explication de toutes ces vertus nouvelles, qui vont transformer la morale antique, et faire l'originalité et la force du christianisme : charité qui devient amour et qui fait aimer ceux que Fon secourt, qui fait ajouter au froid et raisonnable calcul qui préside au partage des bienfaits la générosité et la chaleur de c(eur. qui fait voir autre chose dans l'homme qu'un être abstrait raisonnable et libre, mais un frère, appelé aux mêmes destinées, qui doit partager le même héritage; charité qui va jusqu'à l'oubli et au don de soi dans le pardon, et qui fait oublier la stricte justice trop pratique, trop juridique, des Latins.
Pour nous résumei", nous pouvons donc dire que si le stoïcisme a été largement tuilisé par les Pères de Fl^glise. il ne Fa pas été à Faveugle. Les dogmes ont été examinés, passés au crible de la critique, acceptés, rejeiés. complétés ou transfoiiués, sui\ant que le besoin s'en faisait sentir. C'est celte méthode que nous retrouverons au xvr' siècle, lorsque l'humanisme aura lemis en présence les deux doctrines ei qu'un besoin de rénovation morale tourneia nécessairement
(i) (^f. Tertullien. Dr pjtirtiti.t, c.ip m
les esprits vers Theureux essai de conciliation des premiers siècles de l'Église. Ce seront encore les mêmes dogmes fondamentaux qui seront mis en lumière, pour être acceptés ou rejetés, la même morale pratique que les néo-stoïciens accueilleront avec enthousiasme, d'autant plus qu'elle pénètre jusqu'au xvi^ siècle par un autre courant : celui du moyen âge.