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LA PHILOSOPHIE MORALE DES STOIQUES

Du Vair avait laissé voir dans la Sainte Philosophie Tiniporiancc qu'il fallait donner dans la vie morale à la lutte contre les passions. La vie politique, à laquelle de bonne heure il fut mêlé, et dans laquelle il se jetait avec courage au moment où il écrivait la Philosophie morale des Sloiques. le confirme dans cette idée, surtout, lorsqu'au milieu de ce tourbillon des passions humaines qui emportaient les uns et les autres, il eut pris contact avec la nature humaine et constaté ses faiblesses. Kst-ce le désir d'opérer une réaction qui le lit se jeter ainsi dans la morale stoïcienne, ou est-ce le seul souci de développer logiquement un programme qu'il avait si nettement donné dans la Sainte Philosophie'^ Ces deux motifs peuvent en même temps expliquer la genèse de son ouvrage.

Du N'air avait l'esprit de suite, et il ne pouvait laisser à l'état d'ébauche le plan de vie qu'il avait esquissé dans la Sainte Philosophie. C'était bien celui qu'il voulait développer et vivre, et sa vie d'action allait du re>ie lui indiquer le moment précis de le faire.

Que 1.1 f i.iJiiL-ii<.ii du Manuel d'Kpicièie ait. oui ou non,

procédé la Philosophie morale des Stoiques, cela ne modifie point ce fait certain, qu'il écrivit ce dernier ouvrage lorsqu'il était déjà fortement engagé dans la lutte politique et par conséquent aux prises avec les passions humaines (i).

Il est tout naturel alors qu'il se soit rappelé le Manuel « qu'il avait si fort gousté » et qu'il ait subi l'influence de ses contemporains (2) et de cet auteur anonyme dont le petit traité des Saines Affections (3) enseignait si bien l'art de se gouverner soi-même et, par ce fait, le moyen d'arriver au bonheur. Autour de Du Vair, tout semble au contraire nier ce bonheur; sa patrie qu'il aimait d'un amour profond n'avait jamais été si malheureuse; jamais la vertu, la droiture n'avaient été écrasées avec autant de violence; et cependant pour lutter, il ne fallait point se laisser aller au découragement, il fallait croire encore au bien, à la vertu, au bonheur accessible cà la vertu; il fallait se retremper l'âme dans les principes fermes et rigoureux d'une morale naturelle qu'oubliaient trop alors les fanatiques défenseurs du catholicisme.

Du Vair, formé comme Juste Lipse à la saine et large philosophie des Pères de l'Eglise, ne pouvait oublier ce principe qui est en quelque sorte fondamental dans leur doctrine : que la vérité, quel que soit le courant qui l'amène, païen ou chrétien, est toujours la vérité, car elle émane de Dieu luimême. Si donc, dans l'âpreté de la lutte politique, l'ambition

(i) Cf. Radouant, ouvr. cit., p. 144, note 2. Cf. art. déjà cité de M. Victor Giraud, Revue d'Histoire litt. de la France.

(2) Cf. Philippe de Mornay, Excellent discours de la vie et de la mort, iD-jf). 11 avait été chercher dans Sénèque de quoi « rabaisser la présomption qu'on a toujours d'obtenir en ceste vie ce qui n'y fut, ni sera oncques depuis la transgression de nos premiers pères ».

(3) Cf. Le traité des Saines Aj^ections (Paris, chez Abei L'Angelier, iM.DCXXXJCIII). Dans la préface du Manuel (éd. de iOo3), Du Vair dit de cet ouvrage : « J'ay veu un petit livre des saines affections qui m'a bien pieu pour estre plein de belles et graves sentences, propres pour affermir nos esprits en un tel temps que cestuy-ci. »

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