‹ La renaissance en France (volume 2)Chapitre 30 sur 54 · Le comte du Mai · texte numérisé non relu

Le comte du Mai

était mort le 10 avril 1473 (n. s).

en présence d'un monument qui daterait de 147$ environ, ce qui le place en plein règne de Louis XI.

Quoi qu'il en soit, le tombeau de Charles d'Anjou, assez semblable à un berceau, est porté sur deux étroits massifs que renforcent de chaque côté des bandes de marbre noir terminées en griffes de lion. Une scotie, une large surface courbe et deux cavets occupent la hauteur ; puis vient une bordure de godrons qui forme comme un cadre autour de la statue couchée du comte. Dans cet ensemble habilement combiné, tout est harmonieux. Nulle surcharge de détails, mais

des ornements en nombre suffi

nt séparés par des profils d'une grande pureté. Actuellement, on ne peut plus faire le tour du monument, et c'est à grand'peine que l'on aperçoit sur la face tournée vers le mur, entre deux admirables rinceaux, l'écusson du défunt". Du côté opposé, le décor change, et nous avons un cartouche à queue d’aronde tenu par deux Amours dont l'écharpe ondoie d'une façon tant soit peu démesurée. Tout cela ne ressemble guère à notre moyen âge et le sculpteur évidemment obéissait à un parti pris de se rapprocher autant que possible des anciens sarcophages.

On ne se trompera pas cependant sur le pays où vécut Charles d'Anjou, non plus que sur le temps de sa mort, si l’on veut simplement jeter un coup d'œil sur les vêtements du prince. Non seulement ils indiquent un grand seigneur français, mais un contemporain de Louis XI. La cotte, serrée à la taille et doublée à la partie supérieure d’une sorte de pèlerine qui couvre le haut des bras, se portait au-dessus de l'armure vers 1470. Il en est de même des solerets, camards du bout, que l'on trouve concurremment avec les gênantes poulaines dès le

commencement du XVI°

siècle. C'est le premier pas vers les chaussures appelées pieds d'ours, qui font leur apparition sous Charles VII.

Francesco Laurana — et nous l'en félicitons grandement — savait donc apporter une juste mesure dans l'emploi du nouveau style. Pour lui, il ne s'agis-

sait pas de tr

nsformer les hommes de son époque en Grecs ou en Romains, mais de rajeunir seulement ce qui était susceptible de l'être, sans nous jeter dans un monde auquel nos mœurs et nos habitudes nous rendaient étrangers. Sous ce rapport son œuvre a une supériorité incontestable, et le tombeau de Charles d'Anjou, outre qu'il est la première manifestation de la Renaissance de ce côté des Alpes, occupe une place distinguée dans l'histoire de l’art.

Le goût très prononcé du comte du Maine pour la Renaissance italienne

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